Les six erreurs majeures du quinquennat de Hollande

Déchéance de nationalité, affaire Julie Gayet, confidences aux journalistes... François Hollande a quelques cailloux dans la chaussure de son quinquennat. Déchéance de nationalité, affaire Julie Gayet, confidences aux journalistes... François Hollande a quelques cailloux dans la chaussure de son quinquennat. [STEPHANE DE SAKUTIN / AFP]

Et si c'était à refaire ? Alors que le quinquennat de François Hollande s'achève dimanche prochain, retour sur les six faux pas majeurs qui ont plombé son bilan.

La promesse de l'inversion de la courbe du chômage

Il en avait fait son cheval de bataille pour le quinquennat, mais a probablement promis trop vite. Le 9 septembre 2012, François Hollande s'engage à inverser la courbe du chômage «d'ici un an». Et ce, alors même qu'un rapport de la Cour des comptes, publié dès juillet 2012, qui ne présage pas le même optimisme en matière de finances publiques. Par la suite, le locataire de l'Elysée persiste et signe, jusqu'à lier sa candidature à un second mandat à l'objectif d'une inversion «durable».

Cinq ans plus tard, même si la tendance se dessine enfin, l'inversion demeure incertaine. Après une légère inflexion en 2016, avec plus de 105.400 chômeurs de moins inscrits à Pôle emploi, leur nombre a de nouveau bondi de 43.700 (+ 1,3 %) au mois de mars.

L'affaire Leonarda

Le 10 octobre 2013, l'expulsion vers le Kosovo d'une collégienne rom, Leonarda Dibrani, et de sa famille, suscite un tollé. François Hollande essuie une rebuffade publique de la jeune fille, qui décline son offre de «poursuivre sa scolarité» en France mais sans sa famille. La parole présidentielle est balayée d'un revers de la main, en direct à la télévision, par une adolescente depuis l'étranger. L'autorité du chef de l'Etat en prend un coup.

Dans l'ouvrage «Conversations privées avec le président», publié en août dernier par les journalistes Karim Rissouli et Antonin André, François Hollande reconnaît sa bévue : «Une solution aurait été beaucoup plus simple : ne pas parler et se contenter d'un simple communiqué. Si je devais refaire le film, je traiterais cette affaire de la même manière, mais je laisserais Valls en faire le service après-vente télévisé.» Un Premier ministre, c'est aussi fait pour être envoyé au front.

Le flagrant délit d'adultère

Le 10 janvier 2014, le magazine people Closer fait état d'une liaison entre François Hollande et l'actrice Julie Gayet. Un dossier de sept pages, titré «L'amour secret du président» et dévoilant des photos volées de paparazzis, est publié. On y distingue le président, un casque sur la tête, et la comédienne sortir séparément du même immeuble.

François Hollande réagit dans la foulée, déplorant «les atteintes au respect de la vie privée auquel (il a) droit comme tout citoyen», évoquant d'éventuelles poursuites judiciaires à l'encontre du magazine. A la première question sur sa vie amoureuse, lors des traditionnels vœux à la presse, le 14 janvier, le président rétorque que «c'est n'est ni le lieu ni le moment de le faire», ajoutant que «les affaires privées se traitent en privé». Il précise néanmoins qu'il ne portera pas plainte contre le magazine à l'origine des révélations – contrairement à Julie Gayet, qui a assigné le journal au civil et porté plainte au pénal pour «atteinte à l'intimité de la vie privée».

Dix jours plus tard, le chef de l'Etat, dos au mur, annonce «la fin de sa vie commune» avec sa compagne officielle, Valérie Trierweiler, qui en tirera un livre assassin, «Merci pour ce moment».

Les pauvres, ces «sans-dents»

«Le président n'aime pas les pauvres. Lui, l'homme de gauche, dit en privé : "les sans-dents", très fier de son trait d'humour.» Du livre de Valérie Trierweiler, paru au début de septembre 2014, on retiendra surtout ces quelques lignes, qui font l'effet d'une petite bombe. Avant même la sortie officielle de l'ouvrage, les réseaux sociaux s'en emparent, donnant le change à ses détracteurs pour étayer leurs arguments anti-Hollande.

Une semaine plus tard, François Hollande tente de désamorcer la polémique. «Je ne veux pas qu'on puisse dire ou écrire que je me moque de la douleur sociale, car c'est un mensonge qui me blesse», confie-t-il dans une interview au Nouvel Observateur. Avant d'expliquer ladite formule – sans pour autant la renier : «J'ai rencontré des gens dans les pires difficultés, usés par la vie. Ils avaient du mal à soigner leurs dents. C'est le signe de la pire misère.»

Le bourbier de la déchéance de la nationalité

A la suite des attentats du 13 novembre 2015, François Hollande juge le pays au bord de la guerre civile. Il tente alors d'apaiser le climat en reprenant à son compte la déchéance de la nationalité pour les binationaux nés français condamnés pour terrorisme. Si la proposition est applaudie par les parlementaires, l'état de grâce ne dure pas. Malaise chez les quelque 3,3 millions de binationaux sans aucun lien avec le terrorisme, levée de boucliers au sein de la majorité parlementaire, désaccords au sein même du gouvernement Valls II, huées de l'opinion publique... Les voyants sont au rouge.

Mais François Hollande s'entête. Une solution alternative lui est pourtant soufflée par ses soutiens : abandonner la déchéance de nationalité et rétablir l'indignité nationale pour tous les terroristes – une hypothèse finalement exclue. Après trois mois de vains débats, le président se rétracte, confirmant le fiasco annoncé. «Ce n'est pas en enlevant la nationalité que l'on peut combattre le terrorisme», explique-t-il en avril 2016 dans une interview au quotidien allemand Bild.

Avoir prôné une telle mesure clivante, François Hollande s'en mord les doigts. Lors de son allocution télévisée du 1er décembre dernier, au cours de laquelle il annonce son renoncement à briguer sa succession à l'Elysée, il évoque ainsi le «seul regret» de son quinquennat à ce jour : «Avoir proposé la déchéance de nationalité [...] J'ai pensé qu'elle pouvait nous unir, alors qu'elle nous a divisés.»

Les confidences aux journalistes

Ecrit par les journalistes d'investigation Gérard Davet et Fabrice Lhomme, sur la base d'une soixantaine d'entretiens avec le chef de l'Etat, l'ouvrage «Un président ne devrait pas dire ça», publié en octobre 2016, provoque une déflagration politique. En cause : des propos qui y sont rapportés, notamment sur les magistrats, l'immigration ou ses propres ministres.

A la suite de ces révélations, la popularité de François Hollande touche le fond : il est créditée de 4 % selon Ipsos, du jamais vu. Les conséquences politiques sont ravageuses. Gérard Davet est aujourd'hui convaincu que le livre «a créé les conditions de son empêchement (à se représenter). François Hollande n'avait pas envisagé à quel point l'exercice de transparence allait se retourner contre lui». Maintenant, il sait.

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