Une correctrice lance les «anti-perles du bac»

Cette nouvelle initiative a été chaleureusement accueillie par les enseignants. [FREDERICK FLORIN / AFP]

Comme les traditionnelles perles du bac ne la faisaient plus rire, une professeure de lettres a décidé de collecter les vraies pépites que sont capables de produire les élèves.

Françoise Cahen, enseignante au lycée d’Alfortville (Val-de-Marne), a lancé et partagé un site participatif le 4 juillet, à la veille de la publication des résultats, afin d’encourager les professeurs à y laisser les phrases qui les ont agréablement surpris au fil de leurs corrections. «Non, le lycéen d’aujourd’hui n’a pas le QI d’une huître, et nous allons noter ici les éclairs de génie des candidats au bac 2017», peut-on lire sur la plateforme Padlet.

Ainsi, certains lycéens ont été remarqués pour leur plume, d’autres pour la qualité de leur réflexion. En corrigeant la dissertation d’un élève de bac pro, traitant du sujet «La parole en spectacle», un professeur est ainsi tombé sur cette belle conclusion : «La puissance des mots doit être prise au sérieux car des mots bien pensés peuvent panser bien des maux».

La répartie dont ont su faire preuve les lycéens de première, lors de leurs oraux de français, a également impressionné certains correcteurs. «Un jeune homme, habillé de façon "street", après une question de culture G sur le mythe de Sysiphe, s’écria : "Ce qu’on appelle une raison de vivre est en même temps une excellente façon de mourir" (phrase qui est une citation de Camus). Il me surprit abondamment», témoigne un enseignant sur le site.

Un autre élève aurait très justement expliqué, également pendant son oral de français : «Mais finalement, c’est encore difficile aujourd’hui, comme ça l’était pour les serviteurs de Marivaux, de prétendre appartenir à un milieu social plus élevé quand on est d’origine populaire, car nous aussi, comme Arlequin, nous sommes trahis par notre niveau de langage, notre vocabulaire, qui est lié à notre éducation, à l’endroit où on a grandi ».

«Ras-le-bol de ne souligner que les faiblesses des élèves»

Interrogée par Franceinfo pour son initiative, Françoise Cahen a affirmé qu’elle cherchait à valoriser les élèves en soulignant leurs compétences : «J’ai créé cet espace parce que je trouve malsain l’instinct qui pousse certains à exhiber les faiblesses des lycéens. Qu’ont-ils à prouver au juste ? Mes collègues aussi en ont assez des perles, qui renforcent la fameuse impression du "niveau qui baisse"».

Malgré le fait qu’elle entende «l’amusement attendri» que provoquent les maladresses des élèves, l’enseignante en lettres a pointé du doigt la «condescendance malsaine des adultes qui auraient besoin de prouver combien les plus jeunes seraient moins intelligents, moins cultivés». Si bien que ces sempiternelles perles passeraient sous silence «ces jolis moments où nous tombons sur des pépites. Et à mon avis, ces moments ne sont pas moins nombreux», a-t-elle ajouté à Franceinfo.

Cet appel à retranscrire les anti-perles du bac a été chaleureusement accueilli par les enseignants, qui profitent de la plateforme pour exprimer leur «ras-le-bol de ne souligner que les faiblesses des élèves».

Le site participatif a déjà été retweeté plus de mille fois en deux jours seulement. L’occasion, peut-être, d’inaugurer une nouvelle tradition pour le baccalauréat

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