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Laurent Wauquiez : «Je veux réinventer la droite»

Laurent Wauquiez, ultra-favori dans la course à la présidence de LR, dans son QG de campagne, dans le VIIe arrondissement de Paris. Laurent Wauquiez, ultra-favori dans la course à la présidence de LR, dans son QG de campagne, dans le VIIe arrondissement de Paris. [© NICOLO REVELLI BEAUMONT]

Fiscalité, économie, terrorisme, laïcité... L’ancien ministre entend imposer sa marque et convaincre sur de nombreux sujets.

Sans complexes... ni concurrence ? Grand favori de la course à la présidence du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez espère l’emporter dès le premier tour de l’élection, ce diman­che, face aux deux autres prétendants, Florence Portelli et Maël de Calan.

Si la partici­pation s’annonce modeste – autour de 100 000 votants –, sa victoire enverrait, selon son équipe, un «message de clarté» aux Français. A 42 ans, le vice-président du mouvement, proche de ­Nicolas Sarkozy, avec qui il doit s’en­tretenir aujourd’hui, entend donner un nouveau souffle à sa famille politique, fragilisée par la déroute électorale à la présidentielle et les dissensions internes.

Vous dites vouloir incarner une «droite vraiment de droite». Qu’est-ce que cela signifie ?

C’est une droite sereine et déterminée, qui assume ses idées. Une droite qui valorise le travail et la méritocratie plutôt que l’assistanat, et qui a à cœur de défendre les classes moyennes et populaires. C’est également une droite qui, sur les sujets régaliens, refuse de reculer face à l’intégrisme et au communautarisme. Enfin, c’est une droite qui lutte contre le gaspillage de l’argent public, par exemple en combattant les abus et les fraudes, ou en réalisant des économies sur les usines à gaz administratives.

Si vous êtes élu, comment ­comptez-vous relancer le parti ?

Je veux réinventer la droite avec une nouvelle génération, de nouveaux visages. Je veux faire émerger des jeunes députés pour «aérer» le paysage politique. Des personnes âgées de moins de 30 ans, dotées de profils différents et qui ne sont pas nécessairement des professionnels de la politique. Je veux un parti moderne et interactif, où les adhérents sont des acteurs plutôt que des spectateurs. Etre encarté à LR doit permettre d’influencer les débats, faire des propositions, choisir des candidats, prendre la responsabilité d’un mandat électif... Ce qui a tué la droite, c’est son incapacité à se renouveler.

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Comment convaincre une famille politique déjà très fragmentée ?

Ma mission est de rassembler. Peu importe ceux qui pratiquent le jeu des petites phrases, des petites trajectoires personnelles. C’est comme un peloton de cyclistes : à un moment, l’un prend l’échappée, et il entraîne tout le monde avec lui. C’est ce que je compte faire, montrer qu’il y a une belle aventure à construire – celle de réinventer la droite – et emmener tout le monde avec moi. Je suis fan de rugby, et ce sport est un travail d’équipe. Je souhaite que la droite retrouve ce sens du collectif. Emmanuel Macron voudrait avoir un chèque en blanc et qu’il n’y ait aucun espace politique entre lui, Mélenchon et Le Pen. Je veux faire renaître un «pack» à droite.

Vous souhaitez vous appuyer sur votre expérience de terrain…

Nous avons un président qui est déconnecté de la réalité des Français. Il ne sait pas ce que cela représente d’être un retraité qui touche 1 700 euros et doit payer seul sa maison de retraite. Or, faire de la politique, c’est se confronter à la réalité de la vie quotidienne. Je veux faire de LR le parti des classes moyennes, des sans-voix, de ceux pour qui les fins de mois sont difficiles. En tant que maire [du Puy-en-Velay, en Haute-Loire, de 2008 à 2016, ndlr] – la plus belle des écoles de vie –, j’ai commencé en bas de l’échelle politique et j’ai grimpé peu à peu. Jusqu’à être aujourd’hui président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui a été, en 2016, la mieux gérée de France en termes d’économies, selon la Cour des comptes.

Y a-t-il tout de même quelque chose à garder dans la politique menée par l’exécutif ?

Bien sûr que oui. Je n’ai pas de problème à soutenir tout ce qui va dans le bon sens pour le pays, comme la révision du Code du travail. Mais c’est une petite réforme, technique, qui ne changera rien au quotidien. Ce qui intéresse les Français, c’est de savoir si leurs fins de mois sont plus faciles qu’avant, si la sécurité se dégrade ou s’améliore, si le communautarisme progresse ou recule… Or, nous avons un président qui ne porte pas ces problématiques. Je veux que la droite s’en empare.

Avant même le premier tour, votre véritable adversaire, c’est donc déjà Emmanuel Macron ?

Ce que veut Macron, c’est créer un gigantesque marigot central, en achetant des gens à coup de postes ministériels. Certains viennent de la droite, d’autres de la gauche. Ce sont des personnes insincères. Et dans LREM, personne d’autre que Macron n’a voix au chapitre. Ce n’est pas bon pour la démocratie. Je veux que les Français aient le choix, ne soient pas condamnés à voter Le Pen ou Mélenchon dès qu’ils sont en désaccord avec Macron. Pour citer Star Wars, LR ressemble à la contrée de rebelles qui survit au fin fond de la galaxie et parvient à faire tomber l’Empire à la fin.

Pourtant, seuls 23 % des Français estiment que la droite a des solutions pour redresser le pays…

Ils ont raison ... pour l’instant. Parce que mon camp a perdu, et déçu. Je ne suis pas dupe : j’ai tout à reconstruire. Mais, au fond, le doute qui s’est installé n’est pas tant sur ce qu’on porte – je crois les Français attachés aux valeurs de droite. Le problème, c’est ce que la droite a promis, sans jamais le faire. Or, moi, je ne me contente pas de discours, je fais. Quand je dis que je n’augmente pas les impôts, je ne les augmente pas dans ma région.

Dès lors, où faire des économies ?

La France est un des pays d’Europe qui a le plus gros pourcentage de son PIB consacré à la dépense publique [56,2 % en 2016, ndlr]. Je veux faire des économies sur le fonctionnement de l’administration. Par exemple, instaurer un seul régime de retraite, ou une unique prestation sociale, permettrait d’économiser des milliards d’euros juste sur le fonctionnement administratif sans diminuer les prestations. Je ne veux pas toucher à l’assurance maladie, car je suis attaché à la gratuité des soins, mais j’estime qu’offrir l’aide médicale d’Etat à des étrangers qui n’ont pas cotisé une seule heure de travail, ce n’est pas raisonnable.

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Vous êtes attaché à certaines traditions, comme les crèches de Noël. Comment définissez-vous la laïcité ?

C’est une tradition française et la laïcité, c’est aussi assumer notre histoire et nos racines, qui sont judéo-chrétiennes. Or, la principale menace contre la laïcité aujourd’hui, ce ne sont ni les crèches ni les croix, mais l’intégrisme salafiste et les prières de rue. Il faut arrêter d’être aveugle. Quand le président dit vouloir gérer au cas par cas le retour des jihadistes en France, moi je dis clairement qu’ils doivent rester en Syrie ou en Irak pour être jugés. Nous avons une vraie guerre à mener, et il faut être ferme.

Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent de flirter avec les thèses d’extrême droite ?

Ça me fait sourire. La droite n’a-t-elle plus le droit de parler de sécurité, d’immigration, d’identité ? Seulement du déficit public ? Moi, je suis à droite, sereinement, et je traite tous les sujets, sans lâcheté. Je n’aime pas la politique de l’eau tiède, mais celle qui a du souffle, à l’image de Charles Pasqua ou de Philippe Séguin. D’ailleurs, j’ai été clair : tant que je m’occuperai de la famille de LR, il n’y aura aucune alliance avec le Front national. Mais je veux parler à ses électeurs, car selon moi, il n’y a pas que des fascistes et des extrémistes. Il y a aussi des gens déçus et en colère.

Au-delà du FN, comment voyez-vous les autres partis politiques ?

Je souhaite que le PS parvienne à se reconstruire, car on a besoin de la voix de la gauche. Avec beaucoup de cynisme, Macron a tenté de l’étouffer, mais les Français vont vite réaliser qu’il a misé sur une ultracommunication pour éviter d’expliquer ses choix pour le pays. Or, il faut des véritables partis, avec une vraie colonne vertébrale et une identité – ce que je ne retrouve pas chez LREM. A ce titre, je préfère un Jean-Luc Mélenchon qui, au moins, assume ses idées et son programme.

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