Forces de l'ordre : les raisons du ras-le-bol

les syndicats de la profession sont reçus aujourd’hui par le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb[FRANCK LODI /SIPA]

Les agressions à répétition ont fait monter d’un cran la colère des policiers, qui expriment un profond mal-être.

«Les policiers n’en peuvent plus». Cette phrase, inscrite en lettres blan­ches sur un tract du syndicat SGP ­Police-FO, illustre l’état d’esprit actuel des gardiens de la paix. Plus d’une ­semaine après la violente agression de deux agents dans la nuit de la Saint-Sylvestre, à Champigny-sur-Marne, les policiers ont ­exprimé leur colère et leur mal-être hier dans l’ensemble des commissariats de France. Un moyen de mettre la pression sur l’Etat, alors que les syndicats de la profession sont reçus aujourd’hui par le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb.

Une violence au quotidien

Le ras-le-bol des policiers, perceptible depuis plusieurs mois déjà, est monté d’un cran en ce début d’année, en raison de multiples agressions. Outre Champigny-sur-Marne, des attaques contre des ­représentants des forces de l’ordre ont également eu lieu à Saint-Dié-des-Vosges et à Aulnay-sous-Bois, le 1er janvier, puis à Argenteuil, le 5 janvier. Mais, comme le ­souligne Frédéric Lagache, secrétaire géné­ral adjoint du syndicat ­Alliance, ces faits ne sont pas exceptionnels. Avec «environ 14 policiers blessés par jour», le «non-respect» est quotidien. Sur le terrain, il «commence par l’insulte et finit par des agressions physiques», explique-t-il.

Le caractère répétitif de ces incidents s’ajoute au manque de moyens et d’effectifs régulièrement dénoncé par les gardiens de la paix, qui demandent ainsi plus de «reconnaissance» et de «protection». Car derrière cette colère, c’est le sentiment d’impunité de certains individus, qui s’attaquent sans peur aux agents, qui préoccupe le plus ces derniers aujourd’hui. Des individus qui, au grand dam des policiers, sont souvent peu inquiétés par la justice. Des ­réformes pénales sont donc réclamées, afin de dissuader les auteurs d’agressions. Le syndicat Alliance est ainsi partisan de la réintroduction des «peines plancher», abrogées en 2014, qui prévoient une peine minimale ­incompressible pour des délits définis par la loi. SGP Police-FO irait même plus loin avec l’idée, selon le quotidien La Croix, de créer une «juridiction ­spécialisée» pour traiter les ­affaires impliquant des membres des forces de l’ordre.

L’Etat cherche la solution

Face à l’exaspération des policiers, le Premier ministre, Edouard Philippe, a rejeté début janvier le retour des peines plancher. Il a cependant rappelé que le gouvernement s’est «engagé pour plus de policiers sur le terrain, par des recrutements massifs».

Gérard Collomb, lors de ses vœux au syndicat Unsa-Police, hier à Paris, a lui aussi promis qu’une «réponse forte» allait être apportée après l’agression de Champigny-sur-Marne. Le ministre de l’Intérieur pilote, en outre, le projet de police de sécurité du quotidien (PSQ). Ce dispositif, qui devrait permettre, selon Emmanuel Macron, de «résorber la défiance qui s’est parfois instaurée dans certains quartiers», doit être testé prochainement dans une quinzaine de villes du territoire.

Une initiative qui n’est toutefois pas la réponse attendue par les forces de l’ordre, selon Frédéric Lagache, qui affirme qu’elle n’aura pas d’effet dans des «secteurs touchés par la délinquance et l’économie souterraine». Il faudrait en priorité «déminer» le terrain, pour ne pas voir la situation s’envenimer encore davantage. 

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