La semaine de Philippe Labro : les balles de Roland, le roman de Bill

«Point par point, Nadal enfonce un clou dans le corps de l’adversaire», écrit Philippe Labro.

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

LUNDI 4 JUIN

Je fais un saut à Roland-Garros, épargné, ce jour-là, par la pluie et le fracas des orages. J’y constate plusieurs choses : – La ferveur populaire n’a pas diminué, au contraire. En réalité, les gens ne viennent pas seulement pour le tennis, mais parce qu’ils aiment être ensemble, marcher, bavarder, se lâcher en faisant la «ola», le tout dans un endroit fermé aux affres de l’actualité. C’est un cocon qui rassure. – Il est vrai que le cocon en question s’améliore, s’agrandit, se modernise chaque année. Nouveau «village». Digitalisation maximale. Vigiles et policiers omniprésents – un tournoi de tennis du Grand Chelem est aussi protégé, sinon plus, qu’un aéroport international. – Nadal est toujours là. J’assiste au troisième et dernier set de sa victoire contre un Allemand, Maximilian Marterer. Ce n’est pas du beau tennis, car il est tout en force, en force, en force… Nadal frappe plus fort, plus longtemps, dans l’échange. Point par point, il enfonce un clou dans le corps de l’adversaire. Qui finit par plier, puis par rompre. Seul le merveilleux petit Diego Schwartzman aura réussi à lui tenir tête. On reverra Diego !

MARDI 5 JUIN

Déjeuner avec le meilleur éditorialiste américain, Jim Hoagland, du Washington Post, deux fois prix Pulitzer, de passage à Paris. Avec le regard bleu malicieux de celui qui a rencontré les plus grands de ce monde et parcouru les contrées les plus importantes du Moyen-Orient, entre autres, avec le poids de l’expérience et le souci de l’équilibre, il évoque le chaos de la politique sous l’influence de Donald Trump. Admet qu’il peut être réélu, mais que son imprévisibilité peut, aussi, provoquer on ne sait quelle crise. Mais que fait donc le parti démocrate ? Y a-t-il, dans ses rangs, une personnalité capable de contrer Trump et de représenter une alternative lors de la prochaine élection présidentielle, dans trois ans ? Ce à quoi Hoagland répond : – Pour l’instant, je n’en vois pas un qui se détache. Mais, tu peux t’intéresser à deux noms : Adam Schiff, membre du Congrès, représentant la Californie. Et un autre «Congressman», Seth Moulton, du Massachusetts. Ce dernier possède les trois éléments indispensables pour devenir un candidat sérieux. Il faut d’abord être plutôt au centre, ensuite avoir «servi» quelque part. Or, il a fait l’Irak, même s’il n’approuvait pas l’intervention américaine. Troisièmement, il faut être télégénique, bien communiquer, attirer assez la lumière pour se faire connaître du grand public. Crever l’écran. Je découvre la photo de cet inconnu. Il est, en effet, suffisamment «handsome» (séduisant) pour répondre au dernier commandement de Jim Hoagland. Si ce nom devait apparaître, d’ici à quelques semestres, vous aurez été, lectrices et lecteurs de CNEWS, les premiers à l’avoir su.

MERCREDI 6 JUIN

Un autre confrère, Nicolas Charbonneau, du Parisien, revient de New York, où il a interviewé Bill Clinton. Ah ! Clinton… On l’avait un peu oublié. Mais voici qu’il publie, en collaboration avec James Patterson, un gros «politicopolar», Le président a disparu (éd. JC Lattès). D’après Charbonneau, Clinton a conservé tout son charisme, avec cette inimitable voix un peu rauque teintée d’un accent du Sud. Il craint l’attaque d’un virus informatique qui pourrait paralyser son pays – et toute son organisation. Le cyberterrorisme, voilà l’ennemi de demain, voire d’aujourd’hui ! Au passage, Clinton décrit la présidence de l’intérieur. Au cours de l’interview, il s’exprime peu à propos de Trump, dont il ne prononce le nom qu’une fois en deux heures. Comme tout homme qui a occupé le bureau ovale de la Maison Blanche, Bill Clinton pourrait se référer à Balzac : «La politique est une science sans principes arrêtés, sans fixité possible ; elle est le génie du moment, l’application constante de la force, suivant la nécessité du jour.»

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