La semaine de Philippe Labro : des combats hors-jeu, le match sans faute

«Emmanuel Macron avait, ce matin-là, tracé son propre chemin, qui n’avait aucun rapport avec les câlineries et dépoussiérages de pellicules sur l’épaule de la veille...» [LUDOVIC MARIN / AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

MERCREDI 2 MAI

Il n’y aurait pas les «black blocs», ça ne me déplairait pas de parler du printemps, enfin revenu dans notre vie quotidienne. Du soleil, du muguet (il m’a paru un peu plus cher qu’autrefois) à chaque coin de rue. Mais il y a eu ces images de dégradations, de la casse pour la casse, des magasins saccagés, la sensation désagréable qu’un millier d’individus peut créer. Ces inconnus, venus d’on ne sait guère où, ont bousillé les défilés du 1er Mai des syndicats et des militants. Anarchisme et nihilisme ont dénaturé ce qui était une traditionnelle mobilisation sociale.

Il n’y aurait pas ce phénomène, cela ne me dérangerait pas d’évoquer toutes les questions laissées de côté durant les vacances. Ainsi de l’étonnant appel des supporters américains de Donald Trump pour qu’il obtienne le prochain Nobel de la paix. Cela paraît absurde, grotesque, et n’est venu que d’une frange de son électorat – pour la simple raison que les futures négociations avec la Corée du Nord seraient dues à la politique menée par le républicain, il y a quelques mois.

«Il avait montré les muscles, agité la menace d’un bombardement, utilisé le vocabulaire le plus agressif, arrogant, et on peut imaginer que Kim Jong-un qui, de son côté, avait répliqué avec la même violence verbale, a reculé et décidé de tendre la main au Sud, d’apaiser les tensions, d’avancer le projet d’une rencontre jusque-là inconcevable. Mais personne n’est dans la tête de l’habile et retors dictateur. Où veut-il en venir ? Quelles concessions cherche-t-il ? Il ne faut jamais faire confiance à la Corée du Nord.» Ainsi s’exprimait, tout récemment, un éditorialiste du New York Times. Comme le dit si souvent l’imprévisible Donald Trump : «On verra.»

On a vu les embrassades, accolades, déclarations d’affection et d’amitié entre le géant aux cheveux orange et le jeune président français à Washington, il y a dix jours. Là encore, avec le recul, dû à l’absence de chronique, que retenir de ces images et de ces discours ? Il me semble que les mots resteront plus longtemps dans les mémoires que les images, en particulier ceux du président Macron devant le Congrès américain. Applaudi à de multiples reprises, Emmanuel Macron avait, ce matin-là, tracé son propre chemin, qui n’avait aucun rapport avec les câlineries et dépoussiérages de pellicules sur l’épaule de la veille. Syrie, commerce, écologie, multilatéralisme… Il a abordé tous les sujets, allant à l’encontre des choix de Trump. Les ovations qui lui ont été réservées ne provenaient pas seulement des membres démocrates du Congrès.

Enfin, il n’y aurait pas eu ces «blocs» violents et ces commerces qui brûlent, cela ne m’aurait pas dérangé non plus de parler un peu de football. Instant amusant : invité mardi soir à dîner chez des amis, je me rends compte que je vais rater le match Real Madrid-Bayern Munich. La télévision se trouve dans le salon-cuisine de nos amis, et nous dînons dans une pièce plus loin. Trois hommes, trois femmes, autour de la table.

Alors, même si je tâche de faire montre de courtoisie et de partage dans une conversation agréable et diverse, je décide d’être l’invité le plus coopératif avec mes hôtes. Je me lève très fréquemment pour débarrasser les couverts («Non, non, laissez-moi faire !»), changer les assiettes, aller chercher les autres plats («Je vous en prie, ça me fait plaisir») à seule fin de jeter, à chaque fois, un regard sur l’écran, allumé, sans le son. Le dessert ? «Ne vous dérangez pas, je vais le chercher.» «Mais non, me disent mes hôtes, décidément bien polis et tolérants, on prendra le dessert et le café devant votre poste.» Car il est devenu mien. J’assiste aux dix dernières minutes, indifférent à tout échange. Mon impolitesse a fini par faire rire les autres. Mais j’ai pu satisfaire ma soif de sport. Et puis, ça m’a permis d’oublier les «blocs noirs».

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