Des policiers municipaux mieux armés ?

Face aux risques du métier, des députés préconisent d’adapter la règle actuelle, comme le réclame la profession.

Vers l’armement systématique des policiers municipaux ? C’est la proposition choc d’un rapport parlementaire sur la sécurité remis ce mardi au Premier ministre, Edouard Philippe. Face aux difficultés croissantes du métier et aux menaces de plus en plus protéiformes, «nous ne devons rien nous interdire», avait lancé en février dernier le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb.

Dans cette optique, le projet, rédigé par les députés LREM Jean-Michel Fauvergue, ex-patron du Raid, et Alice Thourot, ancienne avocate, autoriserait tout agent – «sauf décision motivée du maire» – à patrouiller avec une arme à feu à la ceinture, à l’image de la police nationale.

Des menaces plus élevées

«Il ne s’agira pas nécessairement d’imposer l’armement permanent de tous, mais bien d’acter le fait que tous peuvent être en situation de l’être», précisent les deux élus. Inédite, la mesure ne serait pas pour autant une révolution des usages. En effet, pas moins de 84 % des policiers municipaux sont déjà équipés d’une arme, toutes catégories confondues – de la matraque au pistolet semi-automatique, en passant par la bombe lacrymogène –, et près de la moitié (44 %) disposent d’une arme à feu, selon les chiffres officiels de 2016.

Dans le viseur du dispositif, plusieurs objectifs. D’abord, aider les agents à répondre plus efficacement à une attaque terroriste, même perpétrée dans une petite commune, comme à Trèbes (Aude) en mars. En outre, l’uniforme du policier est désormais une cible privilégiée des jihadistes, comme en témoignent les meurtres de Clarissa Jean-Philippe en 2015, ou de Xavier Jugelé en 2017.

Par ailleurs, un port d’arme élargi donnerait, selon le rapport, des gages supplémentaires aux forces de l’ordre, qui dénoncent depuis des années les agressions à répétition, le manque de moyens matériels et humains, mais aussi la défiance d’une partie de la population à leur égard.

Si la mesure pourrait provoquer la colère de certains élus et associations anti-armes, qui y voient une dérive à l’américaine, elle semble déjà bien accueillie par les agents concernés. Car ces derniers «n’ont parfois pour se défendre et protéger les citoyens que leurs mains», rappelle le Syndicat de défense des policiers municipaux (SDPM).

Des prérogatives musclées

Au-delà du port d’arme, les policiers municipaux pourraient, d’après le rapport, voir leurs compétences au jour le jour renforcées. Ils pourraient ainsi consulter certains fichiers de police jusque-là réservés, sanctionner les ivresses en public ou, prochainement, punir d’une amende la consommation de cannabis.

Parmi les 78 propositions, figurent enfin la création d’une école nationale de la police municipale et une coopération accrue avec les services de sécurité privée. Des outils innovants qui pourraient être en ligne de mire du gouvernement.

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