Qui sont les protagonistes de l'affaire Benalla ?

De l'Elysée à la préfecture de police de Paris, l'affaire Benalla touche les personnalités des plus hautes sphères du pouvoir [Bertrand Guay / Thomas Samson / Miguel Medina / AFP]

Plus qu'une simple affaire de violences contre des manifestants, les révélations au sujet d'Alexandre Benalla alimentent une véritable affaire d'Etat qui braque le projecteur sur de nombreuses personnalités, de la préfecture de police à l'Elysée.

MICHEL DELPUECH 

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© François Guillot / AFP

Préfet de police de Paris, Michel Delpuech veille à la sécurité de la capitale et de ses évènements, comme la manifestation du 1er mai.

S'il a confié ne pas avoir lui-même autorisé la venue d'Alexandre Benalla et de Vincent Crase sur les opérations de maintien de l'ordre le 1er mai dernier, Michel Delpuech a néanmoins précisé qu'il n'y avait aucune raison pour qu'il ne donne pas son aval. C'est également le préfet qui a «personnellement» accordé à Alexandre Benalla un permis de port d'armes.

Comme Gérard Collomb, le préfet a pris connaissance de la vidéo le 2 mai et a estimé «avoir pris les mesures nécessaires» en informant le directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur, Stéphane Fratacci, déjà «en liaison avec l'Elysée». «Il était établi pour moi que le sujet Benalla était traité par l'autorité hiérarchique dont il dépendait», soit l'Elysée, avait alors justifié Michel Delpuech.  

ALAIN GIBELIN

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©Miguel Medina / AFP

Directeur de l'ordre public et de la circulation auprès de la préfecture de police (DOPC), un des départements de l'institution, Alain Gibelin est également en charge des opérations de maintien de l'ordre lors de grandes manifestations.

Il a assuré lors de son audition le 23 juillet que la préfecture n'avait édicté aucune autorisation pour officialiser la venue d'Alexandre Benalla sur le terrain, rejetant la faute sur son collègue Laurent Simonin, l'une des cinq personnes mises en examen dans l'affaire. Le haut-gradé est revenue sur l'une de ses déclarations, affirmant qu'Alexandre Benalla n'aurait finalement pas assisté à des réunions après sa suspension.

LAURENT SIMONIN 

Sans en réfèrer à ses supérieurs et hors de la procédure réglementaire, c'est sous son invitation qu'Alexandre Benalla s'est rendu sur les opérations de maintien de l'ordre du 1er mai. Laurent Simonin, contrôleur général à la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC), présent place de la Contrescarpe, est mis en examen pour «violation du secret professionnel» et «détournement d'images issues d'un système de vidéoprotection». 

La justice reproche notamment au policier d'avoir contacté Alexandre Benalla pour lui communiquer des images de vidéosurveillance de la manifestation, après les révélations du Monde. Le chef d'Etat major est également poursuivi pour «complicité de port illégal d'insigne», soupçonné d'avoir prêté son propre casque à Alexandre Benalla. 

Maxence CREUSAT

Présent place de la Contrescarpe, dans le 5e arrondissement de Paris, Maxence Creusat,  commissaire en charge du maintien de l'ordre sur le terrain n'aurait rien vu des violences commises.

Il a néanmoins été suspendu et mis en examen pour avoir extrait des images de vidéosurveillance de la manifestation auprès des services de la préfecture, le 18 juillet. Des fichiers qui sont ensuite transmis au collaborateur de l'Elysée. Le policier est poursuivi pour «détournement d'images issues d'une vidéoprotection» et «violation du secret professionnel». 

JEAN-YVES HUNAULT

Commandant chargé de la liaison entre la préfecture de police et l’Elysée, Jean-Yves Hunault fait partie des trois policiers mis en examen pour «détournement d'images issues d'une vidéoprotection» et «violation du secret professionnel». Il est soupçonné, comme Vincent Creusat et Laurent Simonin, d'avoir transmis illégalement des images de vidéosurveillance à Alexandre Benalla. 

VINCENT CRASE

Filmé aux côtés d'Alexandre Benalla, on peut voir le gendarme réserviste intervenir lui aussi de manière musclée contre des manifestants lors du 1er mai. Selon le général Eric Bio-Farina, commandant militaire de l'Elysée, ce dernier n'a jamais reçu l'autorisation d'assister comme observateur au dispositif de sécurité. 

Cet employé de La République en Marche, ponctuellement mobilisé par l'Elysée, est mis en examen pour «violences en réunion», «immixtion dans l'exercice d'une fonction publique» et pour «port prohibé d'arme de catégorie B» - il est soupçonné d'avoir porté à cette occasion une arme à sa ceinture, sans aucune autorisation de la préfécture. Proche d'Alexandre Benalla, ils avaient créé ensemble en 2016 une éphémère et mystérieuse fédération française de sécurité. 

Son supérieur hiérarchique, le délégué général de la République en Marche, Christophe Castaner, a justifié après la révélation de l'affaire ne pas avoir les éléments nécessaires pour décider d'un licenciement. 

Pierre Leleu 

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© Alain Jocard / AFP

Pierre Leleu, commandant d'unité de la CRS 15 de Béthune, était présent place de la Contrescarpe, à Paris, le 1er mai dernier. Ses hommes intervenaient dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre. Auditionné le 27 juillet, le policier est appelé à répondre du contexte dans lequel le dispositif de sécurité intervenait, qualifié de «guerilla urbaine» par Alexandre Benalla dans son interview au Monde.  

Gérard Collomb

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© François Guillot / AFP

En tant que ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, en poste depuis un peu plus d'un an, est en charge de la sécurité du territoire français et est donc responsables des forces de police. 

Premier auditionné par les députés le 23 juillet, le numéro deux du gouvernement a été de nouveau entendu par les sénateurs le lendemain. Il a avoué avoir pris connaissance de la vidéo incriminant Alexandre Benalla le lendemain même des manifestations du 1er mai, informé par son directeur de cabinet. 

Le patron de la police s'est souvenu avoir déjà rencontré Alexandre Benalla avant la manifestation, sans le connaitre personnellement et ignorait sa qualité de conseiller du président. Si le locataire de la Place Beauvau n'a pas considéré qu'il était de son rôle d'avertir la justice à ce moment-là, il a fini par saisir l'IGPN, la police des polices, au lendemain des révélations du Monde.

Stéphane Fratacci

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© Bertrand GUAY / AFP

Le plus proche collaborateur de Gérard Collomb, Stéphane Fratacci, directeur de cabinet du ministère de l'Intérieur, a pris connaissance de la fameuse vidéo incriminant Alexandre Benalla par son chef de cabinet, Jean-Marie Girier, le 2 mai. 

Selon le ministre de l'Intérieur, c'est M. Fratacci qui l'a informé que l'Elysée allait prendre les sanctions nécessaires contre le chargé de mission. L'ancien préfet du Doubs (2012-2015), chargé à l'époque de l'affaire Leonarda, a éludé lors de son audition le 24 juillet la plupart des questions des députés, affirmant ne pas connaître «personnellement» Alexandre Benalla. 

Jean-Marie Girier 

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© Stéphane de Sakutin / AFP

Jean-Marie Girier (au centre), chef de cabinet du ministre de l'Intérieur ne s'est pas encore exprimé sur l'affaire Benalla. Ce collaborateur de Gérard Collomb, qui officiait au même poste lorsque ce dernier était à la tête de la métropole lyonnaise, aurait lui-même recruté Alexandre Benalla fin 2016 au sein de l'équipe campagne présidentielle. 

Patrick Strzoda

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© Thomas Samson / AFP

Directeur du cabinet du président de la République, les fonctions de Patrick Strzoda, 66 ans, placent Alexandre Benalla sous son autorité. C'est lui qui donneau collaborateur le feu vert pour se rendre en tant qu'«observateur» auprès des forces de l'ordre lors des manifestations du 1er mai. 

Le haut-fonctionnaire prend également connaissance de la vidéo le lendemain. En conséquence, il édicte lui-même la sanction contre Alexandre Benalla - une mise à pied de 15 jours, avec suspension de salaire et un changement d'affectation - après en avoir informé Emmanuel Macron, à ce moment en visite d'Etat en Australie, par le biais de son secrétaire général. Le «Dircab» a affirmé ne pas avoir «assez d'éléments» à ce moment pour justifier un recours à la justice.

Alexis Kohler

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© Thomas Samson / AFP

A 44 ans, c'est le plus proche collaborateur d'Emmanuel Macron à l'Elysée. En tant que secrétaire général du palais, Alexis Kohler était aux côtés du chef de l'Etat en Australie, à l'occasion de sa visite d'Etat, le 1er mai. Avisé des agissements d'Alexandre Benalla par Patrick Strzoda et de la sanction prise par ce dernier - jugé alors «totalement appropriée» au vu des éléments dont il disposait -, c'est lui qui transmet l'information au président. 

Lors de son audition devant les sénateurs le 26 juillet, le proche du président insiste, comme Gérard Collomb et Michel Delpuech, ne pas détenir assez d'éléments pour en informer la justice. 

Ismaël Emelien 

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© Ludovic Marin / AFP

Si le secrétaire général Alexis Kohler est considéré comme le «premier adjoint» d'Emmanuel Macron, Ismaël Emelien, conseiller spécial du président, pourrait être le second. Soutien de la première heure, le très discret bras-droit faisait partie des petites mains de la campagne présidentielle, alors qu'elle était encore préparée en secret, avant de prendre en charge sa communication. 

Selon des informations de BFMTV, confirmées par l'Elysée, le très proche du président aurait eu entre ses mains les images de vidéosurveillance, obtenues illégalement par Alexandre Benalla. Le palais assure néanmoins que M. Emelien n'avait pas connaissance de la provenance des fichiers. Le corapporteur de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, Guillaume Larrivé, a déclaré vouloir l'auditionner. 

Vincent Caure

Egalement collaborateur d'Emmanuel Macron, spécialisé dans les réseaux sociaux, le nom de Vincent Caure est cité dans l'audition du ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb. Selon ce dernier, son chef de cabinet, Jean-Marie Girier aurait été interpellé sur l'affaire par «la personne chargée des réseaux sociaux à l’Elysée, Vincent Caure», mais «c’est à vérifier».

CHRISTOPHE CASTANER

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© Ludovic Marin / AFP

En tant que délégué général de La République en marche, Christophe Castaner est entendu le 31 août en audition. Le proche d'Emmanuel Macron doit notamment répondre du rôle de Vincent Crase, salarié du parti, mis en cause dans les violences commises le 1er mai avec Alexandre Benalla.

Au moment des faits, le patron de LREM avait considéré ne pas avoir assez d'éléments pour entamer une procédure de licenciement. Quand à la présence d'Alexandre Benalla à bord du bus de l'équipe de France de football lors de leur défilé sur l'avenue des Champs-Elysées, il avait expliqué qu'il «était en charge de la logistique, notamment des bagages». Une fonction démentie par l'intéressé dans son interview au Monde

Eric Bio-Farina

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© Gérard Julien / AFP

Commandant militaire de la présidence de la République, le général Bio-Farina a notamment sous ses ordres le groupe de sécurité de la présidence de la République, chargé de la protection rapprochée d'Emmanuel Macron.

Auditionné par les députés le 25 juillet, le général de brigade a notamment affirmé n'avoir «absolument pas» autorisé Vincent Crase, gendarme réserviste ponctuellement mobilisé par le palais, à accompagner la police en tant qu'observateur lors des manifestations, comme Alexandre Benalla a pu l'être. Une version qui contredit les propos de Bruno Roger-Petit, porte-parole de l'Elysée, qui avait affirmé le contraire le 19 juillet. 

Lionel Lavergne

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© Gérard Julien / AFP

En fonction depuis 2014, le colonel Lionel Lavergne est à la tête du groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), chargé de la protection personnelle et immédiate du chef de l'Etat.

Si le gendarme était en Australie au moment de la manifestation du 1er mai, il a été auditionné à la fois par l'Assemblée nationale (le 25 juillet) et le Sénat (le 30 juillet) pour répondre de la fonction qu'occupait Alexandre Benalla au sein de l'Elysée. Il a notamment affirmé devant les parlementaires que M. Benalla n'avait «aucune autorité sur les services de sécurité» au sein du Palais. 

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