La semaine de Philippe Labro : la culture de la haine, l'amour de la culture

A quelques jours de Noël, la terrible fusillade survenue à Strasbourg nous replonge dans une douloureuse réalité. [Photo : ABDESSLAM MIRDASS / AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

MARDI 11 DÉCEMBRE

La réalité, malheureusement, nous rattrape toujours. La réalité, c’est l’annonce, en début de soirée, d’une fusillade à Strasbourg, sur le marché de Noël. Le bilan va vite s’alourdir dans la nuit. Au moins trois morts, treize blessés. La réalité, c’est que, malgré le très manifeste recul de Daesh sur le terrain, au Moyen-Orient, il demeure en Europe et en France un danger permanent.

On ne connaît qu’une très faible partie des choses : qui sait vraiment combien d’attentats ont été déjoués cette année ? Les responsables ne parlent pas, et ils ont raison. Avec le prolongement de l’incompréhension entre les gilets jaunes et l’exécutif, avec cette actualité chargée, la certitude que le terrorisme jihadiste est une réalité va alourdir ce que l’on appelle la «trêve des confiseurs», entre Noël et le jour de l’an.

Je me promenais sur les Champs-Elysées, aux abords de la place de l’Etoile – la place Charles-de-Gaulle, pardon ! –, quelques minutes avant l’attentat à Strasbourg. Je croisais des gens de toutes origines, des touristes, étrangers comme provinciaux. J’en ai interrogé quelques-uns. Pourquoi êtes-vous là ? Comment vous sentez-vous ? Les réponses étaient intéressantes. Les gens aiment se parler entre inconnus.

– Parce que c’est le rendez-vous du monde, votre avenue est une attraction, un miroir, un phare. Nous sommes venus de loin pour jouir de ce lieu.

– Parce qu’il faut bien continuer à trouver des cadeaux pour la famille, les amis, les voisins, parce qu’il faut bien vivre, Monsieur. Je veux dire : il faut bien survivre.

L’auteur de cette belle réplique était un homme dans la soixantaine qui portait sur son visage le sourire discret de celui qui veut encore croire à la douceur, à l’espoir, à l’affection. Je l’ai félicité, et puis mon portable a sonné, et j’ai lu : «Fusillade à Strasbourg.» La réalité.

MERCREDI 12 DÉCEMBRE

Au lendemain d’une victoire efficace et brillante du PSG à Belgrade, dans ce stade dont on m’avait décrit l’atmosphère infernale, avec des risques de provocations et de troubles – en fait, tout s’est déroulé sans autre vérité que celle d’une foule partisane, mais bien vite assommée par la supériorité des Parisiens –, c’est à Pierre Ménès, dans ces mêmes pages, qu’il revient de s’exprimer.

J’ai néanmoins envie de souligner la maturité et l’intelligence de Kylian Mbappé lors de ses réactions d’après-match. Le jeune prodige parle avec clarté, modestie, lucidité, maturité et pondération. C’est surprenant, réconfortant. Le football français a beaucoup de chance d’avoir, parmi tous ses représentants, un homme de ce caractère.

VENDREDI 14 DÉCEMBRE

Puisque Noël n’est plus loin, je souhaite vous recommander deux remarquables ouvrages. A offrir sans hésiter. Les falaises, de Georges Wolinski (éditions du Seuil). Maryse, la veuve de notre talentueux ami, assassiné le 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo, a eu la bonne idée de compiler une série de dessins figurant tous des falaises, en haut ou en bas desquelles Wolinski dit des choses fortes. Une lumineuse préface d’Elisabeth Roudinesco explique l’obsession de «la falaise wolinskienne». Indispensable.

Le grand livre du pop !, de Jean-Bernard Hebey et Christian-Louis Eclimont (éditions Marabout) est un impressionnant ouvrage de 288 pages, un véritable trésor de ce qu’a été la culture pop pendant trois décennies. C’est confondant de redécouvertes, faisant appel à notre mémoire, à notre jeunesse. Hebey est un collectionneur d’une érudition rare, et il passe en revue, à coups d’illustrations et de reproductions, une série d’icônes et d’événements, allant de Bob Dylan à James Bond, de Woodstock à Françoise Hardy, ou encore de Martin Luther King aux Moody Blues. C’est sensationnel. L’un des plus beaux cadeaux que vous puissiez faire. 

Vous aimerez aussi

Ailleurs sur le web

Derniers articles