La semaine de Philippe Labro : l'image outre-Atlantique, le courage transatlantique

Michelle Obama et Donald Trump n’ont strictement rien en commun, mais tous deux maîtrisent la communication[Brendan Smialowski / AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre. 

MARDI 13 NOVEMBRE

Il est 22h25, ce soir, à la Philharmonie de Paris. Le trio Gautier Capuçon (violoncelle), Lisa Batiashvili (violon), Jean-Yves Thibaudet (piano) vient d’achever un concert sous les ovations de 2.200 spectateurs. Comme souvent, les musiciens jouent un rappel. Gautier s’adresse au public :

– En hommage aux victimes du 13 novem­bre 2015, nous souhaiterions vous interpréter le lied Opus 6 de Tchaïkovski, None but the Lonely Heart.

Bien sûr, nous sommes le 13 novembre, et bien sûr, c’est aux 130 morts et 413 blessés que nous devons penser. Le Bataclan et ses séquelles, les innom­brables traumatismes, les familles brisées, la pieuvre islamiste, tout cela est inscrit dans notre mémoire collective, et j’ai trouvé émouvant – et ­important – que ce «rappel» musical soit le «rappel» d’une inoubliable tragédie. La ­musique – classique ou autre, peu ­importe – possède cette vertu d’universaliser un sentiment, de souder les gens, d’aller au plus profond de nos cœurs et de nos âmes.

MERCREDI 14 NOVEMBRE

Une Américaine, un Américain. Ils n’ont rien, strictement rien, en commun. Elle, c’est Michelle Obama, auteur de «Devenir», qui paraît ce jour aux Etats-Unis, tout comme chez nous, aux éditions Fayard. Lui, c’est Donald Trump, président des Etats-Unis.

Qui représente réellement l’Amérique ? Cette femme noire, arrière-arrière-petite-fille d’esclaves, ayant réussi, à force de volonté et d’intelligence, à obtenir les diplômes nécessaires pour exercer la profession d’avocat, puis ayant épousé un homme devenu président des Etats-Unis – premier Noir à la Maison Blanche ?

Ou bien ce milliardaire, héritier d’une fortune et des conseils d’un père et d’avocats véreux (dont Roy Cohn, qui défendait notamment le sénateur McCarthy), bête de télé-réalité qui, avec une émission (The Apprentice), dont la phrase culte était «Vous êtes viré !», a compris le pouvoir des images, et qui, grâce à son coup de génie d’avoir senti que l’Amérique des «petits Blancs» était en ­colère, s’est fait élire, contre toute ­attente ? Rien en commun.

A ceci près que tous deux maîtrisent et connaissent la force de la communication et le pouvoir de l’argent. Les contrats ­signés par Michelle Obama, les conditions imposées aux lecteurs qui veulent assister à l’une de ses séances de dédicaces, la formidable opération de marketing entourant son livre, la quasi-perfection du lancement des trois premiers millions d’exemplaires, tout cela relève d’une science de la «société du spectacle».

De son côté, Trump, twittos impénitent, ne jauge et ne juge les autres qu’à leur puissance, leur fortune, et occupe à lui seul la scène politique intérieure américaine – il ne pense qu’à sa réélection. Pour conserver la présidence en 2020, il ­utilisera les mêmes méthodes de marketing et de médiatisation, il jouera avec l’image. En ce sens, Michelle et Donald sont les produits de la même culture américaine.

JEUDI 15 NOVEMBRE

Quel contraste entre ces deux personnalités et le vainqueur de la Route du Rhum, Francis Joyon, 62 ans ! Le «vieux» marin démontre qu’on n’est pas «vieux» à cet âge, qu’il n’y a pas forcément besoin de piloter le bateau le plus moderne et le plus sophistiqué, et que la ténacité est une qualité indispensable pour remporter une compétition aussi difficile.

Les Français vont tomber amoureux de ce visage buriné, travaillé par la vie en mer, le temps qui passe et les épreuves. L’actualité est si riche en ce moment qu’on pourrait penser que l’exploit de Joyon va vite être balayé. Je ne crois pas. Il est trop authentique, trop audacieux, trop ­«Tabarly».

Son final est digne d’un thriller. Sept jours, 14 heures, 21 minutes et 47 secondes l’inscrivent dans l’histoire de la navigation. Question : pourquoi les Français sont-ils aussi performants dans cette discipline – cet art de vivre une passion ?

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