Gilets jaunes : à l'heure des comptes

Dégradations et blocages ont touché le pays en marge du mouvement des gilets jaunes, mais les effets sur l’économie à long terme devraient être moindres.

Les gilets jaunes voulaient mettre l’économie française au ralenti, et ils semblent bien avoir atteint leur objectif. Malgré une mobilisation en nette baisse, samedi dernier, lors de l’«acte V» (le ministère de l’Intérieur a annoncé 66 000 personnes, soit deux fois moins qu’une semaine auparavant), les conséquences de la grogne sociale ont, au total, été nombreuses. Pour les professionnels les plus durement touchés, comme pour les victimes des dégradations, le moment est désormais venu de faire les comptes.

Des milliards d’euros de pertes

Il y a quelques semaines, les commerçants avaient été les premiers à tirer la sonnette d’alarme. Le ministère de l’Economie a, depuis, confirmé des baisses importantes du niveau de fréquentation, allant de 10 à 40 % lors des différents samedis de mobilisation. Les chiffres d’affaires ont logiquement été très durement affectés, avec un manque à gagner qui pourrait atteindre 2 milliards d’euros, si l’on en croit le Conseil national des centres commerciaux, hier.

Moins visibles, les répercussions du mouvement des gilets jaunes ont aussi touché le secteur du tourisme. La ville de Bordeaux, particulièrement marquée par les violences du samedi 8 décembre, a ainsi enregistré 50 % d’annulations de réservations pour la période de Noël et du nouvel an, selon le Groupement national des chaînes hôtelières. Son président, Jean-Virgile Crance, a également déploré une baisse de 20 à 25 % du taux d’occupation au plan national pour le début d’année 2019. En parallèle de ces baisses sensibles, certains secteurs d’activité annoncent également des frais importants, liés au coût des dégradations subies.

C’est le cas des sociétés autoroutières, comme Vinci, qui exploite les tronçons du sud de la France et qui a vu certains de ses péages dévastés. Les dégâts se montent à des «dizaines de millions d’euros», a estimé l’entreprise dimanche. La société a d’ailleurs bien l’intention, grâce à la vidéosurveillance, de retrouver les automobilistes ayant passé les péages sans payer, pour leur réclamer le montant de leur trajet, a-t-elle prévenu hier. Pour les assureurs aussi, la facture sera conséquente. Les premières évaluations d’indemnisations devraient ainsi tourner autour de 100 à 200 millions d’euros.

Un redressement à moyen terme

Mais si la mobilisation des gilets jaunes a eu un effet indéniable, avec un recul de 0,1 point de croissance, annoncé par le ministre Bruno Le Maire il y a une semaine, celui-ci doit être replacé dans un contexte plus global. Le manque à gagner des cinq semaines de contestation sera au final minime à moyen terme.

Le plus important, selon les experts, est que les consommateurs reprennent confiance, pour dépenser plutôt qu’épargner. Les mesures gouvernementales annoncées sous la pression des gilets jaunes et censées améliorer le pouvoir d’achat, pourraient aller dans ce sens. «Oui, il y a eu des pertes sèches, dans le tourisme et avec la casse», reconnaît Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques. «Mais si le mouvement s’arrête, l’effet devrait devenir positif en 2019 avec ce supplément de revenu et l’argent qui n’a pas été dépensé ces dernières semaines». De quoi être plus optimiste pour les mois à venir.

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