La famille de Jean Monnet veut porter plainte contre Philippe de Villiers

Selon Philippe de Villiers, Jean Monnet a été «l’instrument [...] de la vision américaine de l’Europe à venir». Selon Philippe de Villiers, Jean Monnet a été «l’instrument [...] de la vision américaine de l’Europe à venir».[Bertrand GUAY / AFP]

La famille de Jean Monnet, l'un des «pères fondateurs» de l'Europe, envisage de porter plainte contre l'ancien député Philippe de Villiers, auteur d'un livre dans lequel il l'accuse d'avoir été un agent de la CIA.

Selon Le JDD, les descendants du haut fonctionnaire, décédé en 1979, ont «confié à un avocat pénaliste le soin d'étudier les suites judiciaires à donner» à l'ouvrage de Philippe de Villiers, paru en mars, intitulé J'ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu (Fayard), à la fois «sur le contenu du livre et sur certaines interviews que son auteur a accordées dans le cadre de sa promotion».

Dans son pamphlet sur les origines de la construction européenne, le fondateur du Puy du Fou, eurosceptique convaincu, décrit Jean Monnet comme une marionnette aux mains des Américains. Il écrit notamment que le président de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (1952-1955) a été «l’instrument plus que l’inspirateur de la vision américaine de l’Europe à venir».

«On essaie de porter atteinte à la mémoire de mon grand-père. Pour nous, sa famille, c'est inacceptable et très douloureux», s'indigne Jean-Gabriel Lieberherr, petit-fils de Jean Monnet, dans Le JDD. «On peut avoir une opinion sur la construction européenne, en dire tout le mal qu'on veut, mais pas attaquer et salir les hommes comme le fait Philippe de Villiers», poursuit-il.

Des allégations contestées par les historiens

D'autant plus que les révélations de l'ancien candidat à la présidentielle (en 1995 et 2007) dans son livre sont démontées par les historiens spécialistes de la construction européenne, qui y voient plutôt une forme de complotisme.

«Monnet détestait toute forme de compromission. Il y a bien eu un soutien financier au Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe [une entité créée par Jean Monnet, ndlr] par la Fondation Ford, mais cette aide n’avait rien de fastueux. La meilleure preuve, c’est que le Comité n’a cessé de tirer le diable par la queue», a ainsi expliqué à Sud Ouest l’historien Eric Roussel, biographe de Jean Monnet, qui ajoute que celui-ci n'a jamais fait un usage personnel de cet argent.

En 2017, François Asselineau, candidat à la présidentielle cette année-là, avait déjà fait ce type d'insinuations, qui avaient déjà, à l'époque, été rejetées totalement par les historiens.

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