Limitation à 80 km/h : Matignon prêt à laisser les présidents de conseils départementaux assouplir la mesure

Edouard Philippe ne voit «aucun inconvénient» à laisser aux présidents des conseils départementaux la capacité de déroger aux 80 km/h sur les routes secondaires, comme le prévoit un amendement porté par le groupe LREM, en passe d'être voté à l'Assemblée nationale.

Interrogé, jeudi 16 mai, sur France info, le Premier ministre a toutefois tenu à insister sur le fait que cette nouvelle capacité des élus, si elle venait effectivement à être introduite, soit «systématiquement assortie de mesures», dans le but de garantir «le plus haut niveau de sécurité routière possible».

Une déclaration riche de symboles, dans la mesure où le chef du gouvernement n'a eu de cesse de défendre la mesure bec et ongles, et cela depuis le premier jour.

Une mesure impopulaire 

Entrée en vigueur le 1er juillet 2018, portée personnellement par Edouard Philippe, la décision d'abaisser de 90 à 80 km/h la limitation de vitesse sur la plupart des routes secondaires n'a pourtant jamais vraiment pris dans l'opinion publique, au point d'avoir été considérée comme l'un des signes précurseurs de la crise des gilets jaunes.

Selon les sondages réalisés ces derniers mois, près de huit Français sur dix sont favorables à l'abandon ou du moins à l'assouplissement de la mesure.

Dans ce contexte, lors du grand débat national, mis en place dans l'espoir de de mettre fin au mouvement, Emmanuel Macron avait ensuite ouvert la porte à des aménagements. 

A ce stade, le débat doit maintenant être tranché par le projet de loi d'orientation sur les mobilités, qui vient de revenir à l'Assemblée après avoir été examiné au Sénat, à majorité de droite, et largement défavorable à la mesure.

Lors de son passage à la chambre haute, un amendement donnait compétence aux présidents des conseils départementaux (pour les départementales) et aux préfets (pour les nationales) de relever la vitesse maximale autorisée sur les routes, aujourd'hui, l'Assemblée nationale de par un autre amendement, porté par le député LREM Jean-Marc Zulesi, veut revenir sur le dispositif des sénateurs en excluant de l’assouplissement les nationales, qui sont gérées par les préfets.

Les présidents de conseils départementaux responsables en cas d'accident grave ?

Concrètement, la solution qui se dessine à l'Assemblée se traduirait donc par un recul partiel d'Edouard Philippe, initiateur de la mesure controversée.

Mais, dans le même temps, elle augmenterait fortement la responsabilité politique des présidents de conseils départementaux, qui pourraient être tenus pour responsables en cas d'accident grave sur un tronçon à la vitesse relevée.

En leur laissant la seule responsabilité, la majorité mise aussi sur le fait que peu d'entre eux oseront franchir le pas, trop soucieux de ne pas assumer les accidents mortels.

Interrogé dans la foulée des déclarations du Premier ministre, le Sénateur LR Michel Raison ne s'est toutefois pas privé de critiquer vertement Edouard Philippe.

Selon le sénateur de la Haute-Saône, l’amendement porté à l’Assemblée, ne traduit ni plus ni moins qu'une volonté de «culpabilisation des élus», comme il l'a déclaré sur la chaîne Public Sénat.

Selon lui, «le Premier ministre va expliquer aux présidents de départements, en les culpabilisant, que s’il y a un accident, ce sera de leur faute. C’est un mensonge et c’est très maladroit sur le plan politique car c’est un contournement machiavélique de ce que l’on a voté au Sénat».

Cet amendement de l'Assemblée nationale, qui devrait être adopté, pourrait être à la source d’un blocage dans la commission mixte paritaire qui aura lieu après la lecture de l’Assemblée nationale : «le Sénat s’opposera à cette décision» prévient Michel Raison. 

Les associations d'automobilistes et de victimes divisées

Sans surprise, l'association 40 millions d'automobilistes, grande adversaire des 80 km/h, a, elle, salué jeudi un «recul» d'Edouard Philippe, et une victoire pour nous et la sécurité des routes», mais déplore aussi une situation devenue plus confuse qu'auparavant.

«On revient à la même situation qu'avant, quand les présidents de conseils départementaux fixaient la vitesse au cas par cas, à 70 ou 90 km/h. Sauf qu'on a ajouté ce 80 km/h stupide. Ça va être un énorme micmac et un imbroglio pour tout le monde», a ainsi déclaré à l'Agence France-Presse son délégué général Pierre Chasseray.

De son côté Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière, a affirmé que les Français allaient «payer le prix du sang de la pseudo responsabilité des élus qui préfèrent leur mandat à la sécurité des citoyens».

Selon elle, Emmanuel Macron a «lâché» son Premier ministre sur la question «depuis des mois». 

À suivre aussi

Ailleurs sur le web

Derniers articles