Européennes : le spectre de l'abstention

En 2014, seuls 43% des électeurs français avaient fait le déplacement dans l'isoloir.[©MAISONNEUVE_SIPA]

Les élection européennes peinent à mobiliser les électeurs. L'abstention qui se profilet risque de délégitimer le vainqueur, qui sera élu par défaut.

Sera-t-elle encore premier parti de France ? A quelques jours des élections européennes, qui se dérouleront dimanche dans l’Hexagone, le casse-tête de l’abstention est plus que jamais dans tous les esprits. Depuis vingt ans, en effet, moins d’un Français sur deux se rend en moyenne aux urnes pour élire les eurodéputés, la participation tombant même à moins de 43 % lors de l’édition 2014. Sauf qu’une abstention record pourrait, cette année, avoir des effets décisifs à l’échelle nationale.

Un boycott à haut risque

Les dernières enquêtes d’opinion ne prêtent pas à l’optimisme : près de six électeurs sur dix ne comptent pas se déplacer le 26 mai prochain. Et, au-delà de la défiance vis-à-vis des élus en général, les causes sont plurielles. Elections intermédiaires, sans véritable proximité avec les citoyens, les européennes seraient vues comme un scrutin de second ordre, où tout est permis – voter par conviction ou s’abstenir. Du fait de la méconnaissance des institutions européennes, et notamment de la marge de manœuvre du Parlement européen jugée trop faible, c’est aussi un sentiment d’impuissance qui explique cette désertion.

«Les Français s’inscrivent dans une logique de vanité du vote : ils boycottent les urnes, car ils n’y voient pas d’intérêt personnel, ce que cela peut leur rapporter, contrairement à la présidentielle ou aux municipales», relève Frédéric Dabi, de l’Ifop. Sans compter les têtes de listes des partis qui, méconnues du public il y a encore quelques mois, n’ont pas réussi à remotiver les troupes et inverser avec succès la tendance.

Une abstention record ne serait pas sans risques pour les résultats du vote. Alors que LREM juge qu’elle ferait le jeu des extrêmes, en faisant bondir leur nombre de voix, les partis visés estiment au contraire qu’elle scellerait la victoire d’Emmanuel Macron, dont les électeurs, eux, comptent bien se déplacer. Autre conséquence d’une participation minime, la moindre légitimité que cela confèrerait au vainqueur du scrutin. «Une victoire de LREM sans grande mobilisation sonnerait comme un désaveu du président», selon Frédéric Dabi, qui résume : «celui qui l’emporte sera celui qui aura convaincu le plus d’abstentionnistes».

Des jeunes à conquérir

Face à ce constat d’indifférence, tous les partis cherchent à reconquérir les indécis. A commencer par les jeunes de 18 à 24 ans, dont plus des trois-quarts (77 %) prévoient de ne pas glisser de bulletin dans six jours. Soucieux de surfer sur les récentes marches ou grèves scolaires de lycéens pour le climat, tous les partis rivalisent ainsi de propositions vertes dans leurs programmes : «croissance verte», «banque européenne du climat», «tribunal de justice climatique», «droits de douane anti-pollution», «défense du localisme»...

Dans un esprit plus ludique, certains, comme LREM et le PCF, ont même développé des jeux vidéo en ligne, montrant leurs têtes de liste respectives affronter leurs adversaires – le RN et LFI pour la macroniste Nathalie Loiseau, les patrons et les lobbies pour le communiste Ian Brossat... Sans oublier les enjeux très nationaux de ce scrutin, vu par beaucoup comme un vote-sanction du parti au pouvoir, pourraient remobiliser les électeurs. Par exemple, selon Frédéric Dabi, «l’absence presque totale de mesures écologiques de la part d’Emmanuel Macron depuis deux ans». 

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