Travaux assourdissants, toilettes bouchées et préfabriqués... Des lycéens dénoncent leurs conditions d'étude en Seine-Saint-Denis

Les lycéens dénoncent notamment «le brouhaha des travaux, dans le bruit continu des marteaux piqueurs et des perceuses»[FREDERICK FLORIN / AFP]

Travaux assourdissants, toilettes bouchées, bâtiments préfabriqués... Des lycéens de l'établissement Jacques Feyder, à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), ont rédigé une tribune publiée dans le journal Le Monde pour dénoncer leurs conditions d'étude et de préparation du baccalauréat.

«Aujourd’hui, nous qui venons de passer le bac français, nous élèves de Seine-Saint-Denis, Nedjma, Chaïneze, Karim, Claire, Léa, Alex, Thehasna, Amel, Chantal, Chimamanda, Délia, Nelia, Farah, filles et garçons, hétéros, homos, juifs, musulmans, chrétiens, Blancs, Noirs, métisses, Algériens, Iraniens, Soudanais, Sri-Lankais, Ivoiriens, Tunisiens, Maliens, tous Français, nous avons des choses à dire», commencent-ils par écrire. La tribune titrée comme suit : «L’école de la République ne réserve pas les mêmes conditions à la jeunesse de Seine-Saint-Denis» revient notamment sur la place qu'occupent ces jeunes -ou qui leur est laissée- en France. 

«Notre lycée ressemble à un camp de regroupement»

Une place qu'ils jugent insatisfaisante et dont l'état de dégradation de leur lycée d'Epinay-sur-Seine témoigne, selon eux. «A la rentrée 2018, que nous avons faite trois semaines après le reste de la France en raison de problèmes techniques et administratifs, nous nous frayons un chemin au milieu de ce qui nous est apparu comme un immense chantier au centre duquel étaient alignées et superposées des boîtes, des préfabriqués», expliquent-ils, avant d'ajouter : «Notre lycée ressemble à un camp de regroupement».

Ils dénoncent aussi «le brouhaha des travaux, dans le bruit continu des marteaux piqueurs et des perceuses», «des salles trop petites pour tous nous accueillir, trop froides en hiver et trop chaudes en été» qu'ils ont dû supporter toute l'année et racontent qu'ils n'avaient «ni cour de récréation, ni aucun espace abrité où nous retrouver, discuter, travailler, vivre».

DES EXCLUS DE LA RÉPUBLIQUE ? 

Selon eux, le même traitement n'est pas réservé à tous les jeunes Français, justifiant ainsi le titre de la tribune. «Sommes-nous moins Français parce que nous vivons de l'autre côté du périphérique ?», interrogent-ils. «L’école de la République ne réserve pas les mêmes conditions à la jeunesse de Seine-Saint-Denis, aux fils et filles d’immigrés, aux pauvres qu’aux élèves des centres-villes», poursuivent-ils..

«Alors nous nous demandons : sommes-nous moins Français que vous parce que nous grandissons avec plusieurs cultures, l’une héritée de nos parents, l’autre française, construite ici et maintenant ? Sommes-nous moins Français parce que nous vivons de l’autre côté du périphérique ? Parce que nous sommes plus pauvres ? Ou bien parce que nous ne sommes pas de « vrais » Français ?», demandent-ils encore.

UNE POLITIQUE de relégation du territoire dénoncée

Les lycéens pointent du doigt, enfin, la «politique de relégation systématique du territoire où (ils vivent), un territoire sous-doté» qui se cache derrière le constat qu'ils font et qu'ils partagent. «Ce qui est admis dans le « 93 » ne l’est pas ailleurs», résument-ils, ajoutant que «ce qui est possible pour nous serait scandaleux pour les enfants des centres-villes et de la capitale».

«Mais nous, enfants de la République et porteurs de ses valeurs, nous vous le disons : nous avons la volonté de prendre pleinement notre place dans cette France que nous aimons»,  lancent les élèves du lycée Jacques Feyder, manifestement décidés à se battre contre ce qu'ils considèrent être une profonde différence de traitement. Avant de conclure : «L’égalité ne peut attendre encore une, deux ou trois génération.s»

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