Grève des livreurs Deliveroo : quelles sont leurs revendications ?

Réinstaurer un prix minimal, la transparence sur le calcul des courses ou la prise en compte du temps d'attente font partie des revendications des livreurs Deliveroo [Bertrand GUAY / AFP]

Hier, une cinquantaine de livreurs de la société de livraison de repas à domicile Deliveroo ont manifesté leur colère, à Paris contre un nouveau calcul de rémunération précaire.

A grands coups de klaxons devant les restaurants partenaires, cette manifestation, aussi bien vue à Paris qu’à Nice ou Toulouse, vise à inciter les patrons de restaurants à couper leur compte Deliveroo en soutien à leurs revendications et ainsi faire monter la pression auprès de la société britannique.

Mais alors que les groupements de livreurs appellent désormais les clients à boycotter l’appli et annoncent de nouveaux rassemblements ce week-end, leurs revendications peinent à se faire entendre auprès de la marque au Kangourou.

Un retour au tarif minimum   

L’abrogation du prix de base de la course est le principal point de crispation. Jusqu’ici les livreurs Deliveroo avaient tendance à privilégier les «petites courses», sur de courtes distance. Avec un tarif minimum à 4,70 euros, il était évidemment plus rentable pour ces coursiers à vélo ou en scooter de multiplier ce type de livraison plutôt que d’en faire une grande.

C’est là que le changement de calcul intervient. A partir du mois d’août, la marque a décidé de valoriser chaque course en fonction de sa distance. Plus il y a de kilomètres à parcourir, mieux la course sera rémunérée. Le tarif minimum est ainsi abrogé mais compensé par des livraisons plus rentables sur de longues distances. Avec cette nouvelle grille la plateforme promet «une meilleure tarification, plus juste» et «plus de 54 % des commandes payées davantage».

Or, entre les promesses de Deliveroo, et le ressenti des micro-entrepreneurs, l’écart est troublant. «Sur le terrain, on a bien remarqué que les tarifs sur les longues distances avaient augmenté, un peu, note Jêrome Pimot, co-fondateur du Collectif des livreurs autonomes de Paris (CLAP 75). Mais la rémunération sur les petites courses, elles, a été pratiquement réduite de moitié» et certaines n'atteignent même pas 3 eurosSelon l’association, cette modification, appliquée depuis début août, entraînerait une baisse de rémunération de 30 % à 50 %.

Plus de transparence sur le système de calcul

Cela peut paraître difficile à croire, mais les livreurs Deliveroo, comme la plupart des coursiers de ce type de société, n’ont aucune visibilité sur le calcul de leur rémunération et demeurent ainsi complétement dépendant de l’algorithme, seul à déterminer le prix d’une course.

«On parle souvent de grille tarifaire, mais il n’y a pas de grille tarifaire, il n’y pas de barème, explique Jérôme Pimot, ancien coursier de la société. On peut se retrouver parfois à faire une course totalement identique, à deux tarifs différents, sans même savoir pourquoi». Une «infantilisation» aujourd’hui dénoncée par les collectifs de livreurs qui réclament plus de transparence.

D’autant plus que le système de calcul a beaucoup évolué : alors qu’en 2015, les micro-entrepreneurs de la marque étaient payés à l’heure, ils sont payés à la course à partir de 2017, avant que leur rémunération soit finalement indexée à la distance à partir de 2018.

La fin des doubles courses

Le système de double commande est fréquent dans les entreprises de livraisons de repas à domicile. Sur le principe, elle permet d’optimiser son temps de travail en récupérant deux commandes dans le même restaurant.

Le hic, c’est qu’elle ne sont pas payées comme deux courses distinctes «mais plutôt comme une course et demi sous prétexte que l’on part du même restaurant», selon Jérôme Pimot. Sans compter que les points de livraisons peuvent être très éloignées l’un de l’autre. Une fois de plus, sur le terrain, le manque à gagner est compensé par une prise de risque plus importante sur la route, au détriment de leur sécurité.

La prise en compte du temps d’attente

Le temps d’attente est le fléau de tous les livreurs. Avant d’enfourcher son vélo jusqu’à votre domicile, il peut attendre jusqu’à 30 minutes que votre repas soit prêt. De précieuses minutes qui n’entrent pas dans le calcul de sa rémunération. «Nous, quand on attend la commande d’un client, nous n’avons pas de compteur comme les taxis», s’indigne le porte-voix du collectif.

En attendant que cette idée soit soufflée à l’entreprise britannique, les colletifs de coursiers espèrent pouvoir trouver un soutien auprès du gouvernement et des parlementaires français pour instaurer un véritable dialogue social avec leur «employeur».

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