Anne Hidalgo : «Préparer Paris à être une ville où on respire mieux»

L’élue PS, qui n’a pas encore annoncé sa candidature à sa propre succession, a de nombreux dossiers à gérer. [© N.Revelli-Beaumont/SIPA pour CNews]

Alors que les élections municipales ont lieu dans six mois, Anne Hidalgo a encore de nombreux dossiers à gérer, comme la qualité de l’air, la flambée de la pierre ou encore les travaux sur la voie publique. Avant de se tourner vers une future candidature, la maire entend agir pendant ses ultimes mois de mandat. 

Quelles sont les nouveautés de cette rentrée à Paris ?

C’est une rentrée très dynamique, après un été intense. Près de 560 écoles ont été rénovées et 28 nouvelles «cours oasis» sans bitume ont été installées, pour apporter du confort aux enfants et aux enseignants pendant les grandes chaleurs. C'est aussi trois livraisons d'écoles nouvelles, dans les 13e, 17e et 18e arrondissements. La dernière est d'ailleurs située dans un quartier qui me tient particulièrement à cœur, celui de la Porte de la Chapelle, où je vais toutes les semaines.

De plus, j'ai souhaité pour cette rentrée le remboursement des transports pour les petits Parisiens de 4 à 11 ans et les jeunes en situation de handicap, ainsi que de 50 % du passe Imagine R pour les collégiens et lycéens. C’est plus de pouvoir d’achat pour les familles.

Les mesures de nettoyage autour de Notre-Dame ont-elles été suffisantes ?

A Paris, on travaille depuis longtemps, avant même l'incendie de Notre-Dame, sur le problème du plomb. Nous avons des outils, un suivi et une expertise. La mobilisation des équipes tout l’été et les nettoyages qui ont été menés nous ont permis de préparer une rentrée respectant toutes les règles définies par le ministère de la Santé et d’ouvrir toutes les écoles lundi.

Mais il va d’ailleurs falloir qu’il y ait de la part des autorités sanitaires des précisions sur les règles concernant le plomb en ville, indépendamment de la crise de Notre-Dame. Par exemple, quand on regarde les plombémies les plus importantes, sur deux enfants, elles ne proviennent pas de l'incendie de la cathédrale mais de causes liées à l'habitat.

On a également un sujet de pollution des sols. Par exemple, on a fait des analyses dans nos parcs et jardins, et de petites parcelles de pelouses dans une dizaine d’entre eux affichaient des taux supérieurs à ce qu’on devrait avoir. En fait, la terre a été transportée il y a soixante ans en provenance des plaines d’Archères et était polluée.

Les plombémies les plus importantes ne proviennent pas de Notre-Dame

Le nombre de chantier dans la ville va-t-il enfin diminuer ?

Je remercie les Parisiennes et les Parisiens pour leur patience. Paris est désormais couverte de pistes cyclables, on a inauguré le 7 juillet la place de la Nation, celle de la Bastille devrait être livrée d’ici à octobre-novembre, le théâtre du Châtelet va rouvrir le 13 septembre... On a de très belles livraisons qui arrivent pour les Parisiens.

Selon un calendrier qui est connu et qui a été annoncé, tous les chantiers seront terminés dans les semaines qui viennent, pour préparer Paris à mener sa transition écologique, à être une ville dans laquelle on se déplace mieux, où on respire mieux et où on vit mieux. On dit aux politiques qu’ils doivent être volontaristes et engagés, c’est ce qu’on fait.

Le prix du logement n’est-il pas un échec de votre mandature ?

Je réfute cette idée, n'ayant pas de pouvoirs de régulation sur les tarifs de l'immobilier. Mais ce prix de 10.000 euros touche beaucoup les Parisiens, car le logement est leur principale dépense. Face à cette question, j’ai utilisé plusieurs leviers, car laisser les promoteurs s'occuper seuls du secteur, à Paris, cela ne joue pas sur la baisse des prix. Il y a une force spécifique, une attractivité des grandes capitales, qui fait que la création de logement n'entraîne pas un marché d'offre et de demande classique.

Je me suis donc battue pour que l’Etat rétablisse l’encadrement des loyers [ré-appliqué depuis le 1er juillet], une mesure qui avait produit des effets. Quand la mesure a été mise en œuvre, elle a permis de contenir un peu l'évolution du marché de l'immobilier, notamment dans le locatif. Mais dès qu'elle est tombée, les prix ont explosé.

Il y a également un deuxième sujet qui pèse beaucoup sur les prix, c’est Airbnb. Les plateformes locatives ont fait perdre à Paris environ 50.000 logements – dont 26.000 uniquement dans les quatre premiers arrondissements – qui échappent à la location car ils sont dans ce très juteux marché de la location saisonnière. Sur ce sujet, j’ai une discussion avec l’État, pour qu'il m’aide et me donne les moyens d’une régulation plus forte, pour empêcher cette spéculation.

J’œuvre dans un domaine où j’ai une compétence : on a produit environ 7.500 logements sociaux par an sous cette mandature. Ce qui est énorme. En 2001, quand on a posé cette politique avec Bertrand Delanoë, on était sur 3.500 par an. Ce type de logement représente aujourd’hui 22 % de l’ensemble de la ville, soit 550.000 habitants qui peuvent ainsi rester à Paris grâce à cette aide. 

Enfin, nous travaillons avec Ian Brossat, mon adjoint, à la mise en place d’un dispositif, la Foncière de Paris, qui permet de dissocier le foncier du bâti. Geler le coût du foncier permettra de diviser par deux le prix de l’accession à la propriété pour les classes moyennes.

La Foncière de Paris permettra de diviser par deux le prix de l'accession à la propriété

La circulation différenciée est-elle efficace contre la pollution ?

D’abord, nous devons continuer à réduire le trafic automobile. C’est clair, il faut que chacun comprenne. On ne peut pas regarder la planète brûler, sans comprendre que sa propre action a des effets. Quand il y a des pics de pollution, la circulation différenciée doit être mise en place pour réduire l’utilisation de la voiture et améliorer la qualité de l’air.

Mais je regrette le manque de contrôles. Les agents de la ville le font, mais pas toujours la police nationale, qui a été très mobilisée avec les gilets jaunes. Je demande depuis 2015 à l’Etat d’automatiser les contrôles, je propose même de financer l’installation du matériel. D'ailleurs cette mesure ne s'applique pas qu'à Paris, mais aussi à une vingtaine ou une trentaine de communes autour. Je souhaite donc que dans ce périmètre, on puisse contrôler à distance les plaques d’immatriculation. Il en va de la santé des habitants de la métropole.

On est dans un pays qui est trop centralisé. Il y a des choses très archaïques. Comment vous expliquez que les questions de trottinettes sur les trottoirs, à Paris ou ailleurs, doivent se régler dans le bureau du ministre ou à l’Assemblée nationale ? 

Vous appelez d’ailleurs à revoir le projet de loi en préparation sur le sujet ?

Cela fait un an ! Quand les premières trottinettes sont arrivées à l’été 2018, j’ai écrit à la ministre des Transports en disant : il y a un problème car juridiquement, ces objets-là n’existent pas. Donc il faut que la loi LOM [loi d'orientation des mobilités] nomme ces objets et donne à tous les maires la capacité de les réguler, comme c'est le cas dans d’autres villes du monde, comme San Francisco.

J’ai reçu un accueil très poli et enthousiaste, mais la loi LOM a pris beaucoup beaucoup de retard et cette particularité n’a pas été inscrite dedans. Je continue donc d'utiliser les pouvoirs que j’ai pour débarrasser les trottoirs des encombrants afin de mettre ces trottinettes à la fourrière.

Serez-vous bien candidate pour les municipales, en mars prochain ?

Je ne suis pas dans le temps de la campagne, je suis dans le temps de la réalisation de mon mandat et je n’ai pas fini mon travail au service des Parisiens. Viendra ensuite le moment de la campagne.

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