Alors que Salah Abdeslam est muré dans le silence face aux autorités, un document déclassifié en octobre dernier et versé au dossier judiciaire, dont Le Parisien se fait écho ce vendredi 10 janvier, rapporte les confidences du jihadiste à des codétenus.
Les écoutes sont édifiantes et témoignent de l’état d’esprit du jeune homme. Elles ont été enregistrées par les services de renseignement belges, peu après l’arrestation de Salah Abdeslam à Bruxelles. Le seul survivant du commando des attentats du 13 novembre est alors incarcéré à Bruges, où il a pour voisins de cellule Mehdi Nemmouche, auteur de l’attentat du Musée juif de Bruxelles en 2014, et Mohamed Bakkali, logisticien présumé des attentats de Paris et de l’attaque du Thalys en 2015.
Aux deux hommes, Salah Abdeslam revient sur ce qu’il a fait lors des attaques du 13 novembre et sa fuite vers la Belgique. Le tout sur un ton léger, voire presque amusé parfois.
Le terroriste présumé raconte notamment le moment où il s’est débarrassé de son gilet explosif, qui avait été retrouvé par les enquêteurs. «T’avais déjà jeté le truc ?», lui demande Bakkali. Ce à quoi lui réponds Abdeslam : «Oui évidemment, t’es ouf ou quoi ? (rires) En fait j’ai demandé un renseignement à un type. Il m’a regardé de la tête aux pieds : il regardait ma veste. Il voyait qu’il y avait quelque chose de bizarre. On dirait que je faisais 90 kg mon frère. Avec la sacoche et tout, on dirait que j’avais de grosses fesses».
Après avoir jeté le dispositif explosif – dont les expertises révéleront qu’il ne fonctionnait pas – Salah Abdeslam se cache dans la cage d’escalier d’un immeuble de Châtillon. Au cours de la nuit, il passera au McDonald et discutera avec un groupe de jeunes, avant que ses complices ne viennent le chercher.
Interviewé par la télévision belge pendant sa fuite
Au petit matin, le 14 novembre, et malgré l’instauration de l’Etat d’urgence, Salah Abdeslam quitte la France pour rejoindre la Belgique. Lors du troisième barrage policier, où il dit avoir eu peur face «aux mitraillettes » des forces de l’ordre qui «entourent la voiture», le terroriste présumé et ses complices seront même interrogés par une équipe de télévision belge – il n’a pas encore été identifié à ce moment-là. «Elle me dit : vous trouvez normal qu’il y ait des barrages comme ça ? J’ai dit : oui c’est normal, vu les circonstances, il faut bien renforcer les barrages hein !».
Dans une autre conversation, lors de laquelle il revient sur son arrestation à Bruxelles, Salah Abdeslam s’inquiète d’avoir fait tomber une lettre. Il s’agit du document dans lequel il prête allégeance à Daesh. «Je dois me méfier ou bien ? J’ai pas mis mon nom dessus, tu crois qu’ils peuvent savoir si c’est la mienne ?», demande-t-il à ses voisins de cellule. Mehdi Nemmouche lui dit alors de garder le silence lors des interrogatoires. Un conseil que Salah Abdeslam a respecté jusqu’à présent.
Le procès des attentats de Paris et Saint-Denis devrait avoir lieu à l’horizon 2021.
![Le Jihadiste est détenu à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne). [DSK / POLICE NATIONALE / AFP] Le Jihadiste est détenu à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne).](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_200_112/public/salah_abdeslam_femme_5d7fe97f1d383.jpg?itok=ohGAx3FX)
![Le procès devrait réunir 1.700 parties civiles, 350 avocats, une foule de journalistes français et du monde entier ainsi que des familles de victimes et des survivants[AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_200_112/public/bataclan_12_5d1f795a70e97.jpg?itok=rLy_FWHb)