Manque de médecin, absence de péridurale, naissances prématurées... A Mayotte, des grossesses plus compliquées qu'en métropole

A l'hôpital de Mamoudzou, en mars 2018. A l'hôpital de Mamoudzou, en mars 2018.[Ornella LAMBERTI / AFP]

Une étude de l'Agence régionale de santé (ARS) de l'océan Indien pointe du doigt la situation de la maternité à Mayotte.

Sur l'île, les naissances c'est une histoire de chiffres. En 2017, près de 9.800 bébés ont vu le jour à l'hôpital de Mamoudzou, le chef-lieu du département. Un record en France. Mais les conditions de la mise au monde des nouveau-nés à Mayotte sont loin de celles de la métropole. 

Par exemple, à cause du manque de gynécologues-obstétriciens dans le 101e département français, les accouchements sont réalisés à 83% par des sages-femmes. En métropole, cela ne se produit que dans 58% des cas. Une situation qui ne remet toutefois pas en cause la sécurité des futures mères. «L'implication des sages-femmes permet (...) une prise en charge efficace et sûre des accouchements», nuance l'agence de santé qui a réalisé une étude de mars à avril 2016 sur l'ensemble des femmes ayant accouché à Mayotte.

 

75% des femmes qui ont accouché sur la durée de l'étude étaient de nationalité étrangère

Dans le même temps, l'anesthésie péridurale est très peu accessible à cause du manque de professionnels compétents. La demande est également plus faible : «seulement 12,8% des Mahoraises souhaitaient absolument une analgésie péridurale avant leur accouchement, contre 64,3% des métropolitaines», est-il écrit dans le rapport.

Les enfants mahorais ont en outre plus de chance de naître prématuré que leurs concitoyens du continent : 11,8% des naissances vivantes étaient prématurées à Mayotte contre 7,5% sur le territoire métropolitain.

En amont des accouchements, les Mahoraises sont également moins bien suivies. 62% des femmes qui ont donné naissance dans le département sur la durée de l'étude ne possédaient pas de couverture sociale. Conséquence, «63% des mères avaient eu moins de sept consultations prénatales et 65% moins de trois échographies». Examens qui sont normalement obligatoires en France.

«Le suivi prénatal (...) demeure en deçà des recommandations de la Haute Autorité de Santé», explique l'ARS. De nombreuses mères en situation irrégulière craindraient les contrôles d'identité, ce qui les pousserait à limiter leurs déplacements.

Car à Mayotte, 75% des femmes qui ont accouché sur la durée de l'étude étaient de nationalité étrangère (contre 63% en 2010 et 14% en France métropolitaine).

«Certains indicateurs n'ont pas pu être mesurés précisément»

De grandes différences sociales existent aussi entre Mayotte et l'Hexagone. Sur l'île, les mères ont majoritairement entre 25 à 29 ans, n'ont jamais été scolarisées (ou niveau primaire) et leur ménage gagne moins de 500 euros par mois.

En métropole, elles sont âgées en moyenne de 30 à 34 ans, ont un niveau scolaire équivalent au bac et le revenu mensuel moyen de leur ménage dépasse 3.000 euros.

Beaucoup de mères mahoraises, à cause de leur faible niveau d'instruction ou de l'impossibilité de traduire les termes médicaux dans certaines langues locales, n'ont toutefois pas pu répondre à toutes les questions de l'étude, et parfois l'information ne figurait pas dans leur dossier médical.

De ce fait, «certains indicateurs n'ont pas pu être mesurés précisément et la comparaison avec la métropole n'a pas été possible», indique l'ARS qui estime par exemple que le recours à l'IVG ou les complications durant la grossesse pourraient être sous-évalués.

Emmanuel macron promet 170 millions d'euros pour la santé

Depuis le 1er janvier 2020, Mayotte possède sa propre Agence régionale de santé (ARS). Elle dépendait auparavant de celle de l'océan Indien, basée à La Réunion. Cette autonomie était une demande des grévistes lors du grand mouvement social qui a touché l'île en 2018.

Des travaux pour un deuxième hôpital (ou l'agrandissement du premier) ont été annoncés par Emmanuel Macron en octobre 2019 lors de sa venue sur l'île. Le président de la République a également assuré que 170 millions d'euros seront engagés pour améliorer le système de santé.

Dominique Voynet, l'ex-ministre de l'Environnement (1997-2001) qui a pris les reines de l'ARS de l'île, avait néanmoins déclaré en octobre que cette somme était insuffisante. «L'argent ne fait pas tout. On peut augmenter les primes, on attirera des mercenaires», avait-elle assuré, selon des propos rapportés par la chaîne de télévision La Première. Ainsi, elle souhaite avant tout améliorer l'attractivité du département pour combler le désert médical du département devenu français en 2011.

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