Entamée en mars mais stoppées par le coronavirus, les négociations sont désormais dans une phase critique à Paris, à veille de la date limite pour former des alliances en vue du second tour des municipales. Les téléphones surchauffent entre les candidats.
Anne Hidalgo, en position de force après son bon score au premier tour (29 %), est au cœur des discussions. Pour l'heure, celles-ci patinent avec les Verts de David Belliard, alliés traditionnels de la gauche dans la capitale. Deux points d'achoppement persistent.
La première concerne l'urbanisme. Depuis des mois, l'arrêt des grands projets de construction est l'une des priorités des écologistes parisiens, en particulier de la ZAC Bercy-Charenton (12e) et la friche Ordener-Poissonniers (18e). Les socialistes, eux, défendent la nécessité de construire de nouveaux logements. Dans l'entourage de la maire, on se dit prêts à «réviser» ces projets. Reste à voir si cela sera suffisant.
Une mairie en vue pour les écologiste
La seconde mésentente est davantage politique. EELV demande des postes de maires d'arrondissement et de conseillers de Paris ainsi que dans l'exécutif. Cela passerait notamment par la création d'un «super adjoint au maire» en charge de la politique de la ville (équivalent au «vice-Premier ministre» demandé par Nicolas Hulot à Emmanuel Macron). Un accord aurait déjà été trouvé pour une mairie d'arrondissement.
Les écologistes disposent d'un maire depuis 2001, Jacques Boutault, dans le 2e arrondissement. Un poste amené à disparaître au lendemain des municipales avec la fusion des quatre arrondissements centraux.
Or, avec 10 % des scrutins recueillis au premier tour, David Belliard n'a qu'un poids limité dans ces négociations. Surtout, aucune liste écologiste n'est arrivée en tête dans un arrondissement et les meilleures scores obtenus (10e, 18e et 19e) sont à chaque fois des deuxièmes places derrière le PS. Une entente n'est donc pas indispensable pour Anne Hidalgo, même si, sur le plan de l'image, l'absence d'un accord ferait tache pour elle.
Une équation trop complexe pour Cédric Villani ?
Par ailleurs, les discussions entre la maire sortante et Cédric Villani semblent très compromises. Elles sont «gelées mais pas finies», veut-on croire dans l'entourage du mathématicien. En revanche, les discussions «se poursuivent» entre le dissident et LREM. L'optimisme n'est toutefois pas de mise chez les marcheurs : malgré «certaines convergences sur le projet», cette alliance «a l'air ratée des deux côtés». Le mathématicien devrait faire tapis et annoncer sa décision ce lundi soir ou mardi matin, selon son entourage.
Là encore, Cédric Villani pèse peu avec ses 7 % obtenus au premier tour. De plus, ses listes n'ont franchi la barre des 10 % (nécessaires pour accéder au second tour) que dans le 14e arrondissement, où le mathématicien s'est présenté en personne. Pas en mesure de faire basculer un arrondissement, il ne peut donc se montrer trop gourmand. Maintien indépendant ou retrait pur et simple ne sont pas à exclure.
Enfin, les discussions semblent avoir capoté pour de bon entre La République en Marche et Les Républicains. Une entente «se fera soit localement dans le 5e arrondissement, soit pas du tout», anticipe-t-on chez les macronistes. «LREM ne veut pas ouvrir ses listes car craint une hémorragie de colistier», raille un villaniste.
Un revers entériné ce lundi matin par Rachida Dati sur Europe 1 : «j'ai tendu la main à tous. En refusant, les dirigeants d'En Marche trahissent doublement leurs électeurs». Faute d'un accord, la candidate LR cible donc désormais directement les électeurs de LREM : «j'en appelle aux Parisiens qui veulent tourner la page d'Anne Hidalgo à voter Dati pour Paris».
Mais la partie de poker menteur risque de durer plusieurs heures encore. Les listes définitives peuvent être déposées jusqu'à ce mardi 2 juin à 18h en préfecture. Un devoir assuré par les têtes de liste d'arrondissement, et non par les candidats eux-mêmes, ce qui laisse la place à des revirements de dernière minute.
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![Les trois favorites sont dans des situations bien différentes.[© Bertrand GUAY / POOL / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_200_112/public/match_a_trois_illustr_5ecfeb7284855_0.jpg?itok=3DzRfpmX)