Après la nomination de Jean Castex à la tête du nouveau gouvernement, il restait à découvrir les noms des membres de son équipe. Une annonce qui a mis du temps à venir, mais a finalement eu lieu ce lundi soir. Frédéric Dabi, politologue et directeur général adjoint de l’institut de sondage Ifop, décrypte les choix du nouveau Premier ministre, et d'Emmanuel Macron, pour ce remaniement.
Quelle première analyse peut-on faire de ce nouveau gouvernement ?
Déjà, on peut noter un fort taux de renouvellement par rapport au gouvernement précédent. On assiste au départ de certains poids-lourds de la macronie, comme Christophe Castaner. Il y a aussi des ministres qui ne sont pas reconduits alors qu'ils étaient là depuis 2017, comme Muriel Pénicaud à l'emploi. On aurait pu imaginer que ce remaniement serait l'occasion d'un rééquilibrage à gauche mais finalement avec Le Maire, Lecornu, Bachelot, Riester...etc, on va plutôt dans le sens d'une coloration à droite.
Ce nouveau gouvernement marque-t-il un changement de ligne de la part d'Emmanuel Macron ?
On ne peut pas dire ça, non. On retrouve les mêmes ministères, même s'il y a quelques nouveaux intitulés, et il n'y a pas de surprise ni de changement au niveau de l'Economie. Sachant qu'actuellement, les principales préoccupations des Français tournent justement autour des résultats économiques, avec le chantier environnemental également.
Sur ce dernier point, la nomination de Barbara Pompili est néanmoins intéressante dans le sens où ce n'est pas quelqu'un de technique comme pouvait l'être Elisabeth Borne avant elle. Les principaux changements, à l'Intérieur et à la Justice, sont surtout le résultat d'un déficit d'incarnation. On sait que, pour vivre, un ministère a besoin de deux choses : l'action et l'incarnation.
Que dire de la nomination de Gérald Darmanin à l'Intérieur ?
C'est l'une des deux principales surprises de ce remaniement. C'est étonnant de voir un proche de Nicolas Sarkozy arriver place Beauvau. Ils ont des parcours très semblables et Gérald Darmanin a été son directeur de campagne... Pour lui c'est une vraie promotion. Etant donné que Darmanin est également proche d'Edouard Philippe, il y a peut-être aussi une volonté de montrer que l'entourage de l'ancien Premier ministre n'est pas malmené.
Au ministère de la Justice on retrouve Eric Dupond-Moretti, un ténor du barreau, est-ce une première ?
Non car nous avons eu Robert Badinter en 1981 qui était pénaliste lui aussi. Mais l'arrivée d'Eric Dupond-Moretti est malgré tout la deuxième grande surprise de ce remaniement. On pensait plutôt que quelqu'un comme Guillaume Larrivé serait nommé. Là, on a un avocat dont les récentes prises de position sont susceptibles de créer des tensions immédiates, notamment avec les magistrats que M. Dupond-Moretti n'a jamais épargnés.
Le retour de Roselyne Bachelot, retirée de la vie politique depuis 2012, est-il significatif ?
Pas forcément. Elle est nommée à la Culture qui est un ministère passionnant mais pas du tout au cœur des attentes des Français à l'heure actuelle. C'est un retour symbolique. Elle coche plusieurs cases puisqu'elle est plutôt populaire, elle fait partie du paysage politique depuis 25 ans et elle est marquée à droite tout en étant bien vue à gauche.
![Christophe Castaner et Nicole Belloubet ne font plus partie du gouvernement.[STEPHANE DE SAKUTIN / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_200_112/public/000_1tj7bg_5f0366e786e84.jpg?itok=J00i3Isg)
![Le Premier ministre Jean Castex sera à la tête d'un gouvernement chargé de gérer la crise post-coronavirus.[THOMAS COEX / AFP / POOL]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_200_112/public/000_1ul979_5f035359e9751.jpg?itok=QDrH5fzv)