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«La contrainte du masque n’est rien par rapport à la chance qu’ont les enfants d’aller à l’école», selon le pédopsychiatre Stéphane Clerget

Le masque est désormais obligatoire à l école dès l âge de 6 ans. [ROBERT ATANASOVSKI / AFP]

Faire confiance aux enfants pour s'adapter. Parmi les nouvelles mesures sanitaires instaurées depuis la rentrée des vacances de la Toussaint, le port du masque obligatoire à l’école dès l’âge de 6 ans. Une mesure redoutée par les parents mais totalement à la portée des enfants, selon le pédopsychiatre Stéphane Clerget.

Comment faire comprendre aux plus jeunes enfants que le masque devient obligatoire toute la journée, même à l’école ?

On va expliquer de manière générale et ensuite répondre à chaque enfant s’il a des questions. L’enfant a déjà vu beaucoup de personnes avec des masques et il a déjà posé beaucoup de questions sur la raison du masque. On peut leur redire que le virus est comme une puce, qu’il est dans la salive, et peut sauter d’une personne à une autre et que le masque la retient.

Il ne va pas forcément comprendre mais va l’accepter pour autant. Il y a tellement de choses qu’on lui impose et qu’il ne comprend pas. C’est un peu bizarre dit comme cela, mais l’enfant n’a pas forcément besoin de comprendre précisément tout ce qu’on lui impose. C’est évidemment mieux mais à cet âge-là ce n’est pas indispensable pour qu’il obtempère. Il suffit qu’il voie les autres enfants le faire pour l’accepter. Pour les plus jeunes, c’est beaucoup par imitation et conformisme qu’ils vont le faire.

On peut lui dire aussi que c’est pour protéger l’enseignant. On a déjà expliqué aux enfants qu’ils ne risquaient pas de mourir ou d’être très malades par le virus. On peut être sincère et leur dire qu’eux ne risquent pas d’être mais malades mais qu’ils peuvent transporter le virus.

Peuvent-ils porter le masque toute une journée ?

Les enfants sont surprenants et on se rend compte qu’ils ont plus de capacités d’adaptation qu’on ne le croit. Aujourd’hui (lundi), c’est la première journée et on commence à avoir des retours. Alors, oui bien sûr il y a eu des situations compliquées où les enfants arrivaient sans masque, où certaines écoles ont pu être en manque, certains enfants retiraient le masque… Mais bon, globalement, ce n’est pas trop compliqué.

Le masque est une contrainte supplémentaire mais ce n'est pas traumatisantStéphane Clerget, pédopsychiatre

Ça l’est un peu plus pour les 6, 7 ans mais au-delà ça va. Ils supportent assez bien. C’est vrai qu’il faut au moins trois masques, de préférence à leur taille. Il en existe pour les 2 à 5 ans et les 6 à 11 ans. Mais on se rend compte que les enfants ne s’adaptent pas trop mal à ça. Même si ce n’est pas l’idéal car ils sont gênés pour la respiration quand ils courent, quand ils parlent aussi. Le plus traumatisant est le climat de tension qui pèse autour de la rentrée.

Le port du masque est-il un frein à l’apprentissage des élèves ?

Ce n’est pas rédhibitoire mais c’est un obstacle. Ça ne les empêche pas d’entendre mais c’est évident que pour s’exprimer ça réduit les capacités. Il va falloir apprendre à parler un peu plus fort et à s’exprimer plus avec la respiration ventrale car on va moins les entendre. Mais pour essayer de positiver à tout crin on peut imaginer qu’il y aura moins de bavardages.

Vous parliez d’un climat de rentrée pesant pour les élèves…

Cette rentrée a été compliquée pour les enfants. Il y a les nouvelles contraintes sanitaires qui ont angoissé les parents. Ils ont reçu des lettres de la directrice pour le renforcement des contraintes etc… évidemment on communique tout cela à l’enfant. Ce n’est pas du tout une rentrée joyeuse, les enseignants ont également été angoissés par ces nouvelles contraintes, ils se sont demandé comment ils allaient faire cour avec les masques.

Les enfants ont été angoissés par la deuxième vague, la minute de silence, les attentats… par un climat délétère. Pour contrebalancer, il faut garder le sourire et partager une sorte d’enthousiasme aux enfants. Ne pas plomber le moral des enfants. Il faut parler de ce qui va bien. Jouer avec ses enfants. S’amuser des nouvelles contraintes en ne dramatisant pas la situation. On ne pas partir de l’apriori que c’est dur pour l’enfant. On peut lui demander de raconter la journée et les choses rigolotes qu’il se sont passées autour du masque.

Un retour à l’école avec masque est-il moins préjudiciable pour l’enfant que de rester à la maison toute la journée ?

Finalement, la contrainte du masque n’est rien par rapport à la chance qu’on les enfants d’aller à l’école. De ne pas rester chez eux. Même si pour certains ça s’est bien passé lors du premier confinement : ils étaient à la campagne avec leurs deux parents. Pour d’autres, surtout qui vivaient dans des espaces réduits, dans certains milieux défavorisés, c’était dramatique. Certains ont vécu un véritable décrochage scolaire.

Alors oui, le masque est une contrainte supplémentaire mais ce n’est pas ni traumatisant, ni dangereux en soi. Le rapport bénéfice-inconvénient reste meilleur. Il vaut mieux que les enfants aillent à l’école là où les échanges avec les autres élèves se font quand même.

Le docteur Stéphane Clerget est auteur de plusieurs ouvrages dont Ados, le décodeur, écrit avec Estelle Denis chez les éditions Leduc.S.

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