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L'édito d'Eugénie Bastié : «10 ans après les crimes de Merah, le terrorisme islamiste absent de la campagne»

Dans son édito de ce mercredi 16 mars, Eugénie Bastié, journaliste au Figaro, revient sur le 10e anniversaire des attentats de Toulouse et Montauban.

Souvenez-vous, il y a dix ans, c’était une autre campagne présidentielle qui était brusquement interrompue. Non pas par les missiles de Poutine, mais par les balles d’un mystérieux tueur à scooter qui semait la mort dans la région de Toulouse entre le 11 et le 19 mars 2012. Ses victimes s’appellent Imad Ibn Ziaten, Abel Chennouf, Mohamed Legouad, le rabbin Jonathan Sandler et les trois enfants de l’école juive d’ Ozar Hatorah Gabriel, Arié et Myriam . Il faut ajouter à ces morts une autre victime oubliée Loïc Liber, militaire devenu tétraplégique.

A l’époque la France se glace, secouée par l’horreur de ces crimes. Tous les candidats annulent meetings et interviews. On évoque alors en premier la «piste d’ultra-droite» et lorsqu’on découvre que l’assassin est un islamiste franco-algérien de 23 ans, on parle alors de «loup solitaire» pour souligner le caractère isolé et la dérive personnelle de l’assassin. En réalité, on se rendra vite compte que Merah, loin d’être isolé, appartenait à toute une nébuleuse jihadiste toulousaine et avait fait un bref séjour dans un camp d’entrainement au Pakistan.

Depuis une quarantaine d’attentats se sont succédé sur notre territoire, mais curieusement, dix ans après ce sanglant mois de mars, la question du jihadisme semble absolument absente de la campagne présidentielle. En 2017, elle était très débattue : François Fillon notamment formulait des propositions remarquées dans son livre Vaincre le totalitarisme islamique. La question aurait –elle été résolue ?

La menace terroriste au second plan des préoccupations publiques ? 

La menace terroriste semble moins présente, et les attentats moins fréquents, même si l’attaque récente d’Yvan Colonna par un détenu islamiste pour motif religieux nous montre bien que ce problème existe toujours, notamment dans nos prisons où croupissent de nombreux jihadistes qui finiront par sortir un jour.

Les candidats de droite à la présidentielle, entrainé par Eric Zemmour qui en a fait son axe principal, se sont plutôt focalisés sur la question de l’immigration que sur celle de l’islamisme. Or la menace d’un jihadisme endogène à la Merah (un enfant de l’immigration mais qui est né et a grandi en France) engage des problématiques d’intégration qui ne peuvent être traités sous le seul angle de l’immigration. Même si on arrête demain les flux migratoires, cette menace existera toujours.

La révolte des gilets jaunes, la crise du Covid, la guerre en Ukraine sont venus nous rappeler lors des cinq dernières années que la menace terroriste n’était pas la seule qui planait sur nos démocraties. Mais, 60 ans après la guerre d’Algérie et 10 ans après les attaques de Merah, la question du refoulé colonial, du ressentiment d’une partie de la jeunesse issue de l’immigration entretenu par des idéologues islamistes sont toujours un terreau favorable au surgissement d’une violence terroriste. Encore un sujet qui n’a pas été traité dans cette drôle de non- campagne et qui ressurgira probablement dans les années qui viennent.

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