Le procès du meurtre de Catherine Burgod, une postière de Montréal-la-Cluse (Ain), se tient en ce moment devant les assises du département, treize ans après les faits. Trente ans de réclusion ont été requis contre le meurtrier présumé, Mamadou Diallo, qui clame son innocence.
Les faits
Le 19 décembre 2008, la guichetière, 41 ans, mère de deux enfants et enceinte de cinq mois, a été retrouvée dans l’agence postale de l’Ain, poignardée à 28 reprises. D’après l’accusation, le mobile serait crapuleux et le butin serait de 2.600 euros.
Les soupçons sur Gérald Thomassin
L'enquête s'est vite orientée vers un trentenaire habitant en face de la petite poste de ce village : Gérald Thomassin, acteur césarisé en 1991 comme «meilleur espoir» pour son rôle dans «Le petit criminel», un film de Jacques Doillon.
Le profil de Gérald Thomassin, ancien toxicomane, intriguait tout comme son comportement après le meurtre. Il a été vu un mois après les faits pleurant sur la tombe de la mère de famille défunte. Il a également confié des détails troublants sur la scène de crime à deux femmes rencontrées au cimetière.
En juin 2013, il a appelé son frère et, très alcoolisé, lui a avoué être l'auteur du meurtre, avant de se rétracter le lendemain. L'ancien acteur, qui clamait son innocence, a alors été mis en examen et écroué.
Mamadou Diallo confondu par ses empreintes
Coup de théâtre en 2017 : le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) a signalé aux juges d'instruction une correspondance entre l'ADN prélevé sur un sac trouvé à proximité du corps de la victime et un homme, Mamadou Diallo, mis en cause quelques mois plus tôt dans un vol de carte bancaire. Une affaire classée sans suite.
Cet ambulancier, lycéen au moment des faits, effectuait en décembre 2008 un stage en entreprise à Nurieux, situé à 5 kilomètres du village de Montréal-la-Cluse.
Devant les juges, ce nouveau suspect a reconnu s'être rendu le matin du meurtre dans l'agence postale où il a affirmé avoir découvert le corps de la quadragénaire. Selon lui, il a paniqué et pris la fuite, après s'être emparé d'une liasse de billets. Décrit unanimement comme non violent, il a toujours nié être l'auteur du crime.
«Il s'en veut énormément d'avoir pris les billets et de ne pas avoir dénoncé ce crime mais il avait peur d'être accusé», a expliqué à l'AFP son avocate Sylvie Noakovitch. Aucune trace de son ADN n'a été découverte ni «sur le corps ni sur le coffre-fort» retrouvé ouvert, a ajouté l’avocate, en dénonçant une enquête qui, selon elle, a négligé «d'autres pistes».
La disparition de l’acteur
Fin août 2019, une confrontation a été organisée entre Mamadou Diallo et Gérald Thomassin, qui ne s’est pas présenté.
A l’époque, la trace de l'acteur a été perdue après un contrôle SNCF dans un train reliant Rochefort (Charente-Maritime) à Nantes (Loire-Atlantique). Une information judiciaire pour «enlèvement et séquestration» a été ouverte en octobre 2019. Il reste depuis introuvable.
Un non-lieu a été prononcé concernant sa possible implication dans le meurtre de la postière.
Le procès
Malgré les nombreuses zones d'ombre du dossier, Mamadou Diallo comparaît seul dans le box de la cour d'assises de l'Ain.
Pour Sylvie Noakovitch, «on prend (Mamadou) Diallo parce que c'est le seul qui reste mais il n'y a rien contre lui à part de l'ADN sur lequel il s'est expliqué».
Les experts psychiatres n’ont relevé aucun trouble chez cet homme de 32 ans et son casier judiciaire fait uniquement mention d'un excès de vitesse.
Par ailleurs, cette énigme judiciaire a fait l'objet d'un livre signé par la journaliste Florence Aubenas, «L'Inconnu de la Poste», paru en février 2021 après plusieurs années d'enquête.
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