L’écologie, censée être un enjeu majeur pour l’Europe, peine à s’imposer lors de la campagne pour les élections Européennes. À l’occasion de la journée mondiale de l’Environnement, ce mercredi 5 juin, CNEWS propose un résumé des propositions des principales listes sur ce thème.
Alors que la lutte contre le changement climatique est l’enjeu majeur du XXIe siècle, le sujet peine à s’imposer dans la campagne pour les élections européennes, dont le scrutin a lieu ce dimanche 9 juin en France. Il est souvent éclipsé par les questions économiques, de défense, ou encore d’immigration.
Les principales listes candidates ont toutefois presque toutes un volet «environnement» dans leurs programmes, et un ensemble de propositions plus ou moins concrètes pour lutter contre les changements climatiques, qui menacent les productions agricoles et les conditions de vie sur Terre.
Jordan Bardella - Rassemblement national
La protection de l’environnement et les enjeux climatiques ne sont pas les thèmes phares de la campagne de Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national, et largement en tête dans les intentions de vote dans de nombreux sondages.
Dans son programme, le Rassemblement national se positionne contre le Pacte vert européen, qui relève selon lui de «l’écologie punitive au détriment de notre agriculture». Le parti d’extrême droite est également opposé à l’interdiction de la vente de voitures neuves à moteur thermique à partir de 2035, adoptée en 2022 par le Parlement européen et les États membres.
La liste conduite par Jordan Bardella souhaite se concentrer sur le nucléaire et sortir du marché européen de l’énergie, afin de faire baisser les factures des Français tout en soutenant une énergie décarbonée. Le RN souhaite également investir dans des nouvelles technologies, comme l’hydrogène ou la géothermie.
Enfin, le candidat propose, sans beaucoup plus de détails, une «coopération intra-européenne» pour la gestion et la protection des forêts, et «d’anticipation des effets du changement climatique».
Valérie Hayer – Renaissance
En matière d’environnement, le programme de Valérie Hayer, représentante de la majorité présidentielle lors de ces élections européennes, s’articule surtout autour de l’agriculture et de l’énergie.
Elle propose notamment la réduction de l’utilisation des pesticides et produits phytosanitaires d’ici à 2030, tout en formulant le souhait de ne jamais laisser les agriculteurs sans solution viable permettant de maintenir leur production. Pour rappel, en 2023, le gouvernement d’Emmanuel Macron s’est abstenu lors du vote de la proposition de la Commission européenne sur le renouvellement de l'autorisation du glyphosate pour dix ans dans l'UE.
Valérie Hayer soutient également la mise en œuvre d’un «Pacte bleu», pour mieux protéger les espaces marins, en s’opposant à l’exploitation minière des fonds marins et en luttant contre la pollution plastique des océans.
Le programme de la majorité présidentielle mentionne également la volonté d’étendre le mécanisme de la «taxe carbone» aux frontières, déjà appliquée pour certaines matières premières polluantes (fer, aluminium, ciment…) à d’autres secteurs, et à certains produits manufacturés, pour lutter contre la concurrence déloyale au niveau international.
En matière d’énergie, la liste de Renaissance souhaite sortir des énergies fossiles «avant 2050», grâce à des investissements massifs dans le nucléaire, dont elle souhaite tripler la production, mais également dans les énergies renouvelables.
Raphaël Glucksmann – PS, Place publique
Le mieux placé des candidats de gauche, Raphaël Glucksmann, tête de liste du Parti socialiste, a émis un certain nombre de propositions en matière environnementale. Il souhaite dans un premier temps soutenir la création d’une agence de la planification écologique européenne, qui permettrait d’évaluer les politiques publiques et de mettre en place des indicateurs sociaux et environnementaux à l’échelle de l’Europe. Il est également favorable, comme Valérie Hayer, à la mise en place d’un Pacte bleu pour la protection des aires marines.
Raphaël Glucksmann souhaite aussi s’appuyer sur la rénovation énergétique des bâtiments et des logements, notamment des écoles, ou encore favoriser les transports en commun, en investissant notamment dans le ferroviaire. Il souhaite par exemple relancer de petites lignes de train pour désenclaver certains territoires ruraux.
En matière d’énergie, le candidat socialiste souhaite sortir de la dépendance aux énergies fossiles, avec un objectif de 75% d’énergies renouvelables dans la consommation finale à l’horizon 2040, tout en conservant une part de nucléaire dans le mix énergétique.
Lui aussi s’est dit favorable à une taxe carbone aux frontières pour protéger les producteurs européens. Il souhaite par ailleurs remplacer la Police Agricole Commune (PAC) par la Politique Agricole et Alimentaire Commune (PAAC), en remplacement l'aide à l'hectare par une aide à l'emploi et à la transition biologique. Il souhaite aussi mettre en place des prix planchers pour les agriculteurs.
François-Xavier Bellamy – Les Républicains
Tête de liste des Républicains aux européennes, François-Xavier Bellamy se dit opposé à «l’écologie de gauche totalitaire qui prône la décroissance et veut imposer un contrôle social sans précédent des comportements individuels». Sa vision de la lutte contre les changements climatiques «doit encourager le progrès et la science».
Il est ainsi favorable à l’extension du système de «barrière verte» aux frontières extérieures de l’Europe, qui vise à taxer les produits importés trop polluants ou qui ne respectent pas des standards environnementaux européens. François-Xavier Bellamy souhaite également revenir sur l’interdiction de la vente des véhicules thermiques neufs en 2035, mais soutient l’objectif de neutralité carbone de l’Europe d’ici à 2050.
Le candidat conservateur propose également un vaste programme de construction de centrales nucléaires, cette énergie étant selon lui indispensable pour atteindre la neutralité carbone. «Chaque État membre doit être libre de déterminer son mix énergétique et la part d’énergies renouvelables qu’il souhaite tant que sa production énergétique est décarbonée», plaide-t-il dans son programme
Concernant l’agriculture, François-Xavier Bellamy souhaite augmenter le budget de la PAC, et notamment les budgets alloués à la recherche pour développer des alternatives aux produits phytosanitaires, comme le glyphosate.
Manon Aubry – La France insoumise (LFI)
La liste de la France insoumise, portée par Manon Aubry, s'oppose à l'idée de «pause» réglementaire européenne sur les normes environnementales demandée par Emmanuel Macron à la mi-mai. Au contraire, la candidate appelle non seulement à une pleine mise en œuvre du Pacte vert européen mais aussi à son renforcement lors de la mandature 2024-2029 grâce à un «deuxième volet plus ambitieux».
Manon Aubry souhaite sortir du marché carbone en taxant les «super-pollueurs» et leurs «super-profits». L’idée est de réhausser l'objectif de réduction global des émissions de gaz à effet de serre de la loi climat à au moins 70% d’ici à 2030, pour parvenir à la neutralité carbone en Europe d’ici à 2040. LFI défend la rénovation des passoires thermiques, la réduction «drastique» du transport aérien et le développement d’alternatives à la voiture individuelle et au fret routier.
En matière d’énergie, le parti veut «planifier la sortie du nucléaire et des énergies carbonées et s’orienter vers un mix énergétique 100 % renouvelable à horizon 2050». Cela implique la suppression des subventions accordées aux énergies fossiles mais aussi l’interdiction de «toute nouvelle exploitation d’énergies fossiles dans l’Union européenne». Les «activités économiques attentatoires à l’environnement» seraient pénalisée et les fonds européens redirigés en faveur du développement de l’hydrogène vert.
Au sujet de l'agriculture, le programme de Manon Aubry prône la sortie des accords de libre-échange et notamment l'arrêt définitif des négociations avec le Mercosur, l'espace de libre circulation des biens et des services en Amérique latine. La candidate défend également l'interdiction du glyphosate et la mise en place d'un «plan de sortie de l'ensemble des pesticides de synthèse».
Il s’agit également de mieux redistribuer l’argent de la PAC, notamment en faveur des petits producteurs, de soutenir les nouvelles installations, en particulier de «projets agroécologiques» et d'aider financièrement les exploitants souhaitant se convertir à des modes de production durables. Plus globalement, LFI entend protéger les agriculteurs de toute concurrence déloyale via une clause de sauvegarde.
Marie Toussaint – Europe Écologie Les Verts
Les enjeux environnementaux sont évidemment au cœur du programme de Marie Toussaint, tête de liste d'Europe écologie-Les Verts (EELV). Pour sortir des énergies fossiles, la candidate propose la création d'un fonds européen de souveraineté écologique visant l'acquisition de la majorité du capital des plus grosses entreprises pétro-gazières européennes, afin de les engager dans la transition vers le 100% renouvelable d'ici à 2040.
EELV prévoit respectivement la sortie du charbon et du gaz d'ici à 2030 et 2035. Le parti mise sur les énergies solaire et éolienne mais suggère aussi d'exploiter les centrales nucléaires existantes, sans toutefois en construire de nouvelles. Globalement, il s'agit de désinvestir l'argent public européen «des activités toxiques pour la planète» et de contraindre les banques et entreprises à suivre le même chemin.
Marie Toussaint veut aussi interdire les substances chimiques dangereuses ainsi que l'exportation des pesticides et matières toxiques hors d'Europe. Elle souhaite voir les conséquences de l'exposition à ces produits reconnues dans la loi et veut créer un fonds de réparation pour indemniser les victimes. En parallèle, EELV appelle à financer une stratégie massive de dépollution grâce à une taxation de la pollution environnementale sur le principe du pollueur-payeur.
En ce qui concerne l'agriculture, le programme écologiste défend la fin des accords de libre-échange déloyaux et le plafonnement des aides de la PAC pour une meilleure répartition. Le parti prône en outre l'interdiction progressive de l'élevage hors-sol et des fermes usines, en prévoyant de garantir trois ans de revenus aux agriculteurs pour accompagner la transition.
La liste EELV entend également protéger la biodiversité en instaurant une véritable reconnaissance des droits de la nature au niveau juridique, avec une Haute autorité européenne aux limites planétaires et un défenseur des droits chargé de la justice environnementale. Elle prévoit de doubler les investissements dans la préservation et la restauration de la nature, pour lutter notamment contre l'artificialisation des sols et la déforestation, mais aussi pour déployer un cadre européen de gestion de l'eau.
Marion Maréchal – Reconquête
Le programme de Marion Maréchal, tête de liste de Reconquête, le parti d’extrême droite d’Éric Zemmour, ne comporte que peu de propositions sur la préservation de l’environnement, et s'inscrit plutôt dans l'opposition aux réformes et normes environnementales.
Le parti se dit contre le Pacte vert européen et souhaite revoir les objectifs sur la neutralité carbone de l’Europe. Il veut notamment revenir sur l’interdiction de la vente de voiture neuves thermiques à l’horizon 2035 et supprimer «la directive imposant près de 45% de renouvelable dans la production énergétique européenne».
Opposée à la plupart des lois et normes environnementales, Marion Maréchal veut supprimer tous les financements français et européens à l’éolien, supprimer le conditionnement des aides de la PAC aux respects des nouvelles règles environnementales, et stopper les décisions d’interdiction de produits phytosanitaires sans alternative satisfaisante.
Reconquête dit vouloir «défendre la France rurale contre l’extrémisme vert et l’offensive antispéciste», et s’oppose à «toutes les offensives antispécistes et animalistes».
Sur le volet énergétique, Marion Maréchal prône un «plan européen de relance de la filière électronucléaire», et souhaite relancer le débat sur l’exploration des ressources en gaz de schiste.
Léon Deffontaines – Parti communiste français (PCF)
D'après son programme pour les européennes, le Parti communiste n'est pas partisan du Pacte vert européen qu'il estime «lié au principe du marché et d'une certaine approche «punitive», contre-productive, de l'écologie».
En tant que tête de liste, Léon Deffontaines demande un «engagement de réduction des émissions de gaz à effet de serre par les multinationales et les banques européennes» qui, «par leur activité à l'étranger» ont «une contribution bien plus importante aux émissions mondiales que les émissions territoriales».
En matière d'énergie, le parti souhaite «le maintien d’une filière publique allant de la production à la distribution et à la commercialisation» fondée sur «la maîtrise des prix et sur un mix énergétique entre le nucléaire et les énergies renouvelables». Le PCF plaide pour l'inclusion du nucléaire «dans les circuits de financement européen des énergies vertes» afin de permettre la production d'hydrogène vert dans les centrales françaises.
En ce qui concerne le dossier agricole, Léon Deffontaines «refuse tout accord de libre-échange» et préconise «l’augmentation de la part d’aides couplées dans le premier pilier de la PAC pour soutenir des pratiques agro-écologiques». De la même manière, il veut favoriser les installations avec des «bonifications de crédit financées par la Banque centrale européenne […] allant dans le sens de l’agroécologie» et prévoit un «régime public d'assurance» pour accompagner les agriculteurs face aux effets du dérèglement climatique.
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