Les 577 députés vont élire, ce jeudi, le président de l’Assemblée nationale. L’occasion pour la gauche d’affirmer la solidité de son alliance et pour les macronistes de prouver leur habilité à former une coalition. Le groupe majoritaire pourra ainsi choisir le président de l’Assemblée, mais aussi démontrer sa légitimité à nommer un Premier ministre.
Une élection décisive. La nouvelle Assemblée nationale doit se réunit en séance publique ce jeudi 18 juillet pour la première fois, afin de lancer la XVIIe législature. Une séance au cours de laquelle sera élu le nouveau président ou la nouvelle présidente de la chambre basse du Parlement.
Au cours de cette élection, les députés voteront à bulletin secret. Au bout de deux tours, si aucun candidat n’obtient la majorité absolue, soit au moins 289 voix, un troisième tour sera organisé, permettant à un député d’être élu avec une majorité relative. Le choix de la présidence pourrait ainsi faire la lumière sur les forces en présence au coeur de l’Assemblée nationale, et donner un indice sur la couleur politique du futur Premier ministre, et du futur gouvernement.
Alors que plusieurs personnalités ont officialisé leur candidature, à l'image de Sébastien Chenu pour le Rassemblement national, ou encore de Yaël Braun-Pivet pour la coalition présidentielle, le Nouveau Front populaire a fait le choix de proposer une candidature unique pour le perchoir. Plusieurs profils ont ainsi été étudiés, à l'image de Cyrielle Chatelain, Sandrine Rousseau ou encore François Hollande, et c'est finalement André Chassaigne qui a été choisi par l'alliance de gauche.
Un Premier ministre du même camp que le président de l’Assemblée ?
Les élections législatives ont rendu leur verdict : à la surprise générale, le Nouveau Front populaire a recueilli la majorité des voix, devenant ainsi la principale force politique au sein de l’Assemblée nationale, avec au moins 182 sièges. Une grande victoire pour l’alliance de gauche, qui n’a pourtant pas été perçue ainsi par l’ensemble de ses opposants. Et pour cause, faute de majorité absolue, la légitimité du Nouveau Front populaire pour proposer un Premier ministre et pour former un gouvernement a été questionnée, voire remise en question, par la coalition présidentielle, la droite républicaine mais aussi le Rassemblement national.
En outre, les tergiversations et divisions internes au sein de l’alliance pour proposer une candidature unique pour le poste de Premier ministre, ont renforcé les doutes concernant sa capacité à gouverner. Si la France insoumise, arrivée en tête dans le plus grand nombre de circonscriptions, revendique le droit de proposer un candidat, le Parti socialiste fait valoir sa dynamique en vertu du résultat de Raphaël Glucksmann aux élections européennes. Prise au piège dans ses calculs politiques, la gauche joue gros sur cette élection dont le vainqueur prouvera qu’il est en mesure de composer un gouvernement et de rassembler autour de son programme.
Des tergiversations qui pourraient profiter à la coalition présidentielle. En effet, sous l’impulsion du président de la République, qui joue la montre depuis le résultat des législatives, une partie du camp macroniste tente depuis plusieurs jours de bâtir une majorité alternative au NFP pour ce poste-clé, que la présidente sortante Yaël Braun-Pivet entend bien conserver. Un accord avec la droite, par exemple, pourrait permettre au bloc présidentiel de dépasser la gauche en nombre de voix. La stratégie : trouver des solutions pour former cette fameuse coalition «républicaine», sans La France insoumise ni le Rassemblement national, afin qu’Emmanuel Macron puisse obtenir la légitimité de nommer un Premier ministre qui ne serait pas issu du Nouveau Front populaire.
Des calculs très serrés
Selon nos calculs, le jeu des alliances sera très serré. Pour former cette coalition «républicaine», le camp macroniste, qui dispose de 174 sièges au total, devrait compter sur l’ensemble des voix du Parti socialiste (la seule partie de la gauche jugée «acceptable» par l'ensemble du groupe), soit 59 sièges, ainsi que sur l’ensemble des voix de la droite républicaine, soit 46 sièges. Cela donne un total de 279 sièges, soit 10 de moins que la majorité absolue.
Il faudrait pour les macronistes ajouter la totalité des «divers droite» (14 sièges) pour enfin obtenir une majorité absolue de 4 sièges. Cela exigerait donc que l’ensemble des macronistes, mais surtout que l’ensemble, sans exception, des LR, acceptent de travailler avec l’ensemble du PS, et inversement. Un calcul qui paraît intenable compte tenu des déclarations des uns et des autres, et notamment d’Olivier Faure ou de Bruno Retailleau.
Autre possibilité de coalition : toute la gauche hors LFI (121 sièges), avec l’ensemble du camp présidentiel (174 sièges). À nouveau, si on obtient bien une majorité absolue confortée de 6 sièges (295), là encore ce calcul paraît intenable au regard des déclarations des uns et des autres, et notamment de Gérald Darmanin, qui s’est fermement opposé à gouverner avec les écologistes, à qui il reproche l’épisode de Sainte-Soline en 2023. Il faudrait donc ajouter une partie de la droite républicaine pour que l’alliance puisse tenir, mais toujours pour les mêmes raisons, cela semble plus que compromis.
En ce sens, aucune coalition ne devrait obtenir de majorité absolue lors de cette élection. Elle a donc de grandes chances de se jouer au troisième tour, sur une majorité relative. Si le NFP reste uni, le NFP devrait l’emporter. Une grande coalition de droite alliant des macronistes, des LR et des élus du RN pourrait toutefois devancer la gauche, mais il s’agirait d’une incohérence pour les macronistes, qui ont été très nombreux à appeler au «front républicain» pour faire barrage au Rassemblement national lors des législatives.
Une candidature centriste pour rassembler ?
Finalement, au regard des résultats des législatives avec trois blocs de taille comparable et un jeu des alliances plus qu’incertain, cette élection pourrait s’avérer déterminante pour l’avenir politique du pays. La coalition qui nommera le président ou la présidente de l’Assemblée nationale pourrait ainsi acquérir la légitimité requise pour qu’Emmanuel Macron n’ait d’autre choix que de nommer un Premier ministre issu de ses rangs.
À moins qu’une autre candidature «surprise» puisse rassembler davantage, à l'image de celle du centriste Charles de Courson. Cet ex-représentant du groupe indépendant LIOT, qui a ferraillé contre la réforme des retraites, a promis, s'il avait le poste, d'être le «garant du bon fonctionnement» de l'Assemblée dans une «période inédite et chaotique».
![Alors que le Parti socialiste plaide pour une candidature issue de la société civile, La France insoumise réclame quant à elle des «garanties» d'application du programme. [Thomas SAMSON / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/fotojet_66955d2d04cf6.jpg?itok=J2nyoqCY)