François Bayrou a jugé ce vendredi «trop étroit» un débat sur le droit du sol comme suggéré par son ministre de la Justice Gérald Darmanin. Il plaide pour un élargissement autour de la question «Qu'est-ce que c'est qu'être Français ?».
«À quoi croit-on quand on est Français ?». Au lendemain du vote d'une proposition de loi durcissant le droit du sol à Mayotte, le Premier ministre a jugé, sur les ondes de RMC ce vendredi 7 février, «trop étroit» un débat sur le droit du sol. Une idée pourtant suggérée par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, mais le chef du gouvernement a plaidé pour une discussion «plus large».
«Qu'est-ce que c'est qu'être Français ? Qu'est-ce que ça donne comme droit ? Qu'est-ce que ça impose comme devoir ? Qu'est-ce que ça procure comme avantages ? Et en quoi ça vous engage à être membre d'une communauté nationale ? À quoi croit-on quand on est Français ?», seraient, selon le locataire de Matignon, les questions qui «fermentent» le débat public contemporain.
🔴 🎙️ François Bayrou : "Qu'est-ce que c'est qu'être français ? Pour une situation comme Mayotte, il y a des milliers de personnes qui arrivent avec l'idée que s'ils mettent des enfants au monde là, ils seront Français. Il faut reconsidérer tout ça."#GGRMCpic.twitter.com/luF49nJL7g
— Les Grandes Gueules (@GG_RMC) February 7, 2025
Lors d'un entretien accordé à LCI lundi 27 janvier dernier, le Premier ministre avait fait polémique en abordant la question de l'immigration. «Je pense que les apports étrangers sont positifs pour un peuple, à condition qu'il ne dépasse pas une proportion. La rencontre des cultures est positive mais dès que vous avez l'impression d'une submersion, dès ce moment-là, vous avez du rejet. En France, on s'en approche, un certain nombre de régions et de villes ont ce sentiment pour moi, c'est une notion de proportion».
Ce vendredi, il a tenu à nuancer ses propos. «On peut entrer dans un débat, il faut réfléchir à la manière dont (il) est organisé», mais «on ne va pas tout repousser» à la présidentielle, a-t-il affirmé au lendemain de l'adoption, par les députés de l'Assemblée nationale, d'une proposition de loi du député républicain (LR) Philippe Gosselin, visant à durcir les restrictions au droit du sol à Mayotte, archipel français de l'océan Indien où se rendent chaque année en bateau des milliers de candidats à l'immigration des Comores voisines.
Dans les colonnes du JDD ce jeudi, le chef des députés LR, Laurent Wauquiez, avait indiqué que «l'objectif était que Mayotte soit la première étape», avec «l'idée d'étendre ces restrictions sur le reste du territoire français».
Les députés doivent «apprendre à débattre sans s'insulter»
François Bayrou a rappelé avoir proposé «depuis déjà douze ans ou quinze ans» de se pencher sur la situation de Mayotte et de la Guyane, îles sur lesquelles «des milliers et des milliers de personnes arrivent avec l'idée que, s'ils y mettent au monde des enfants, ils seront Français. Tout cela, évidemment, ça mérite d'être reconsidéré», a ajouté le chef du gouvernement.
«Tous les problèmes qu'on identifie, on va les traiter, on va en tout cas les débattre, on va les approfondir et il n'y a pas de raison de repousser éternellement», a-t-il développé, assurant qu'il fallait «apprendre à débattre, à échanger des convictions ou des arguments, sans s'insulter, sans se condamner à la vindicte publique, sans être cloué au pilori, sans être considérés comme des ennemis de la Nation», a ajouté François Bayrou, faisant allusion à la qualification «d'antisémite notoire» de la députée LFI Ersilia Soudais par le député RN Frédéric Falcon ce jeudi au sein de l'Hémicycle, lors d'une séance particulièrement houleuse.
De son côté, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, s'est prononcé pour l'abrogation pure et simple du droit du sol à Mayotte, estimant par ailleurs «que le débat public doit s'ouvrir sur le droit du sol» au sein de l'Hexagone et qu'il faut, sur le sujet, une réforme de la Constitution, que ce soit par le biais d'un référendum ou à l'occasion de la présidentielle de 2027.