Fondée en 2019, l'entreprise rennaise Agriodor développe des parfums qui chassent les parasites des cultures. Une alternative aux pesticides alors que les insectes ravageurs engendrent plus de 60 milliards d'euros de pertes agricoles chaque année.
Un produit dont l’odeur naturelle fait fuir les insectes ravageurs des cultures. Une solution pour la moins prometteuse, si ce n'est salvatrice, conçue par le laboratoire rennais Agriodor. En trois ans, cette jeune pousse française a mis au point des «parfums» capables d'empêcher les insectes de boulotter les cultures, et notamment celle de la betterave, victime du virus de la jaunisse.
L’idée ? «Donner aux agriculteurs un outil de biocontrôle», une alternative aux insecticides, en «parfumant les champs sans polluer l’environnement ni nuire à leur santé».
En direct des parcelles communes avec l'@ITBetterave, nos parfums vont d'abord repousser les #pucerons, puis perturber leur appétit et leur reproduction, pour protéger @_MissBetter. #betterave#jaunisse#pnri#biocontrolehttps://t.co/GnCFLml6fS
— Agriodor (@AgriOdor) May 13, 2024
Accompagnée d'éthologues, agronomes et chimistes, l'entreprise, fondée sur les travaux de l'INRAE, a élaboré une «stratégie olfactive». En clair, les chercheurs ont étudié le comportement du puceron vert pour déterminer les odeurs qu'il n'aime pas, avant de fabriquer le cocktail qui le fera fuir. S’orienter, trouver de la nourriture ou un partenaire sexuel… «La vie des insectes est gouvernée par l’odeur», expliquait à Ouest-France Ené Leppik, cofondatrice d'Agriodor.
Capturer l'odeur des plantes
Mais comment recréer les signaux olfactifs d’une plante ? Tout se passe au laboratoire analytique d'Agriodor à Rennes. Les plantes émettent des odeurs «à l'état de traces». Pour les prélever, la technicienne Marie Gresle a crée un espace fermé autour de la plante : une sorte de petite cage entourée de plastique transparent.
L'air de la cage est pompé et dirigé sur une cartouche de résine, où les odeurs vont se fixer, explique l'AFP. Un solvant va ensuite permettre de les récupérer et de les analyser, notamment à l'aide d'un spectromètre de masse. C'est là que les effluves se transforment en chiffres. Après ce procédé, Marie Gresle peut identifier et quantifier les molécules composant les odeurs : «L'idée est de déterminer combien de molécules dans un certain volume d'air créent un comportement de fuite chez l'insecte».
🔴 Dans le cadre du #PNRI et face à la #jaunisse de la #betterave, les solutions odorantes d' #agriodor fédèrent, en granulés, à appliquer avec un épandeur à engrais. Avec une action répulsive vis-à-vis de ces ravageurs (pendant 15 jours environ).
✅ [email protected] pic.twitter.com/awKN3qC624— Agriodor (@AgriOdor) November 6, 2023
La recette, secrète, contient entre autres du clou de girofle et du basilic. C'est sous une forme de granulé minéral que le produit est ensuite épandu sur les champs. Et il faut dire que depuis son autorisation en 2024 en France, les résultats sont plus que prometteurs : l'entreprise avance dans ses résultats d'essai de 2024 une diminution de 24% de pucerons, et de 25% de betteraves sucrières touchées par rapport à la protection d'un insecticide. «Toute la différence avec les pesticides, c'est que les odeurs, ça ne tue pas», souligne la cofondatrice à l'AFP alors que 60 milliards d'euros de pertes agricoles sont enregistrées chaque année d'après Agriodor.
Vers une commercialisation cette année ?
Actuellement, le parfum répulsif d’Agriodor n’est autorisé en France que par dérogation. Après 2024, le ministère de l'Agriculture a accordé en février dernier une nouvelle dérogation de 120 jours sur 500 hectares sur l'ensemble de l'Hexagone.
Une main tendue par le gouvernement qui ne satisfaisait pas déjà en 2024 le dirigeant d'Agriodor : «Si on veut obtenir une autorisation de commercialisation en Europe, il nous faudra dix ans, et débourser 3 millions d’euros. Et il faut une autorisation spécifique pour chaque culture. Financièrement, ce n’est pas tenable pour une société de notre taille», a déploré Alain Thibault.
Cette solution, testée sur quelques parcelles actuellement, continue de se développer en attendant une possible commercialisation dans les années à venir.