Christophe Girard, auteur du livre «J’ai failli en finir», est revenu pour CNEWS sur la thématique du suicide dans les rangs de la police. En 2024, ce sont 26 gendarmes et 27 policiers qui se sont donnés la mort.
Un témoignage poignant. Après 30 années de service au sein de la police, Christophe Girard s’est livré, dans un ouvrage publié le 3 octobre 2024 intitulé «J'ai failli en finir» aux éditions de l'Archipel, à un témoignage choc pour CNEWS sur le stress, la dépression et le suicide vécus dans les rangs de la police.
C’est avant tout son talent d’auteur qu’il met en avant dans le cadre de cette interview, consacrée à une thématique sensible : le suicide des policiers. Les forces de l’ordre sont en effet beaucoup sollicitées, et les interventions se comptent par milliers, par jour. Et parfois, elles sont prises pour cible, comme ce fut le cas lors des dernières célébrations du Paris Saint-Germain durant lesquelles un policier de la brigade canine de Rennes a été touché par un projectile à l’œil et a été plongé dans le coma.

Ce métier difficile déplore parfois un bilan sinistre. A titre d’exemple, en 2024, ce sont 26 gendarmes et 27 policiers qui se sont donné la mort. Des chiffres en baisse par rapport à la dramatique 2019 où 21 gendarmes et 59 policiers se sont suicidés, mais qui alertent sur la complexité du métier de policier ou de gendarme.
Durant 30 ans, Christophe Girard a servi dans les rangs de la police, dont 22 ans en Brigade anti-criminalité (BAC) à Paris et à Dijon. Pendant ces années, il a vécu «plusieurs interventions traumatisantes». «J’ai développé un syndrome de stress post-traumatique par accumulation. Cela m’a conduit à une dépression», nous a expliqué l’auteur du livre «J’ai failli en finir».
«un stress post-traumatique»
«Pendant 10 ans, j’ai vécu avec cette dépression sans savoir que cela était lié à un stress post-traumatique. Je n’arrivais pas à la soigner. Elle était devenue de plus en plus forte. Elle m’a conduit à deux tentatives de suicide. La première était liée à un coup de mou. Pour la deuxième, s’il n’y a pas eu mon chien dans le coffre pour me reconnecter à la vie, je ne serai pas la aujourd’hui, clairement», nous a raconté Christophe Girard.
«J’étais à deux doigts d’appuyer sur la détente quand j’ai vu le regard de mon chien dans le rétroviseur intérieur de la voiture. Heureusement, mon chien était là. C’est à travers cela que j’ai pris conscience que c’était une tentative de suicide. Je n’étais pas passé loin. Et c’est à travers cette expérience que je me suis concentré sur le suicide dans les rangs de la police», a-t-il ajouté.
Miraculé, Christophe Girard a décidé de publier son témoignage dans son livre. «C’est après 20 ans de service que je me suis rendu compte que le suicide était le risque numéro 1. On a une dizaine de policiers qui décèdent chaque année en service, que cela soit sur une intervention, en accident de voiture ou autres. En moyenne, on est à 45 suicides par an depuis 1996», a-t-il alerté.
Toutefois, une question se pose : pourquoi notre interlocuteur a-t-il essayé de se suicider à deux reprises ? Selon lui, une intervention aurait mal tourné. Elle l’aurait traumatisé et l’aurait poussé à faire la première tentative. «Cela s’est passé dans le 18e arrondissement de Paris. Les policiers avaient été appelés pour un différend familial. L’auteur avait attendu que les fonctionnaires montent dans les escaliers pour les asperger d’essence et de mettre le feu. Sur les quatre policiers qui sont entrés dans l’immeuble, un seul est sorti vivant», se remémore Christophe Girard, expliquant avoir été ému lorsqu’il s’était recueilli sur les cercueils.
Au cours d’une intervention, toujours dans le 18e arrondissement de Paris, Christophe Girard et ses collègues ont été menacés par une arme, un 357 Magnum. Il s’agit d’une munition adaptée au combat, au tir récréatif et au tir sur cible. L’individu étant armé, Christophe Girard ont décidé de «lui sauter dessus pour le désarmer». Cependant, l’homme a appuyé sur la détente.
«Le coup de feu est parti. La balle a transpercé le cœur de l’individu et est venue mourir dans la gorge d’un de ses comparses qui était derrière lui. La balle est passée entre mon collègue et moi. A l’époque des faits, nous n’avions pas encore de gilets pare-balles», a-t-il affirmé.
Le témoignage est le vecteur le plus puissant à ce jour pour libérer la parole
Comme dans chaque métier, des dispositifs sont prévus pour prévenir ces tragédies, notamment à travers le suivi psychologique. C’est d’ailleurs une étape importante dans la vie de Christophe Girard. Au cours de sa séance avec les psychologues, il a été interrogé sur sa situation familiale et sur ses relations personnelles et professionnelles avec ses collègues.
L’auteur du livre «J’ai failli en mourir» pensait que les interventions dangereuses s’inscrivaient «dans le cadre de mon travail». «Les psychologues n’ont pas pensé que je pouvais avoir un passé aussi lourd. Je n’ai pas eu l’idée de mettre tout cela sur le tapis lors d’une séance. Je pensais que je faisais juste mon travail», a-t-il déclaré à CNEWS.
«Dans 75% des suicides, il y a un stress post-traumatique qui se cache, notamment par accumulation, comme c’était mon cas», a-t-il ajouté précisant que ces cas de suicide ne concernent pas uniquement la police française. «C’est le cas, par exemple, au Canada, en Angleterre, en Belgique ou en encore Suisse», a-t-il noté.
Pour Christophe Girard, le but aujourd’hui est d’éviter ce type de tragédie. De ce fait, «il faut informer» sur les risques. «Il faut parler des ressentis que l’on a, de nos émotions. C’est très dur pour un policier de parler. C’est pour cela que je témoigne. Le témoignage est le vecteur le plus puissant à ce jour pour libérer la parole. On peut mettre autant de numéros de téléphone ou de psychologue à disposition, si la parole n’est pas libérée, la victime n’appellera pas».
«J'ai failli en finir», de Christophe Girard, éd. de L'Archipel.