Il y a trente ans, la France était frappée par une vague d'attentats islamistes. Avec elles, le pays découvrait le visage d'un terroriste qui avait pourtant grandi sur son sol, celui de Khaled Kelkal ensuite surnommé le premier «jihadiste made in France».
Contrairement au mois précédent, le pire avait été évité de justesse, ce matin du 26 août 1995. Ce jour-là, le conducteur d’un TGV, qui effectuait un trajet Lyon-Rennes, avait repéré un objet inhabituel, qui semblait avoir été posé sur les rails. Il s'agissait d'une bouteille de gaz.
En s’arrêtant, le chauffeur avait donc, sans aucun doute, sauvé sa propre vie et celle de ses passagers.
D’autant plus que, cet été 1995, la nation entière était sur le qui-vive : la France était secouée, depuis un mois, par une vague d’attaques et d’attentats à la bombe. L’une de ces attaques, il y a trente ans jour pour jour le 25 juillet 1995, avait ciblé le RER B, faisant 8 morts et près de 120 blessés à la station de Saint-Michel, dans la capitale. Une autre, le 18 août, avait fait 17 blessés, avec une poubelle piégée non loin de l’arc de Triomphe.
La bonbonne de gaz avait été analysée et, sur cette dernière, avaient été prélevées les empreintes digitales de Khaled Kelkal, celui qui est ensuite devenu l’ennemi public numéro 1, puis surnommé le «premier jihadiste made in France».
De petit délinquant à terroriste
Khaled Kelkal n’était pas inconnu des forces de l’ordre. Il avait été largement influencé par son frère aîné dans sa jeunesse, commettant quelques larcins, et même des casses à la voiture bélier. Ces actes lui avaient valu un séjour en prison, entre juillet 1990 et juillet 1992.
C’est au cours de sa peine que Khaled Kelkal s'est radicalisé : il y avait rencontré des religieux islamistes et appris l’arabe.
Contre l’avis du parquet, Khaled Kelkal avait obtenu une liberté conditionnelle, pendant laquelle il s’était encore plus mêlé aux milieux islamistes, et même fait quelques voyages en Algérie. Il était revenu «fanatisé».
Le nom de Khaled Kelkal avait aussi fait réagir la police régionale, et ceci pour une bonne raison. L'homme était déjà recherché, depuis le mois de juillet : il était soupçonné d’avoir forcé un barrage à Bron, dans le Rhône, en tirant sur plusieurs policiers.
Des semaines de traque
Des milliers d’affiches à son nom, une chasse à l’homme inédite. Malgré les efforts des forces de l’ordre, Khaled Kelkal était resté introuvable assez longtemps pour commettre deux autres attentats : l’un avait fait exploser une bombe bourrée de clous sur le Marché Richard Lenoir à Paris, le 3 septembre 1995. La bombe, bien que défectueuse, avait fait quatre blessés.
Puis, le 7 septembre 1995, une autre bombe placée dans une voiture garée en face d’une école juive de Villeurbanne avait fait quatorze blessés.
Vingt jours plus tard, le 27 septembre 1995, l’homme avait été repéré dans un bois près de Lyon, par des cueilleurs de champignons. Il avait échappé de peu aux forces de l’ordre, qui, au cours d’une fusillade, avaient blessé son complice et ami d’enfance, Karim Koussa.
Quelques jours plus tard, le 29 septembre, l’homme avait été une nouvelle fois repéré près de Lyon, au lieu-dit «Maison Blanche». Interpellé par une équipe de gendarmes, il avait tenté de résister, un revolver à la main. Il avait finalement été abattu par l’unité d’élite de l’EPIGN. Sa mort avait fait polémique, et son implication dans cette série d’attentats reste imprécise.
«Vous voulez de la violence ? Alors on va vous donner de la violence»
Trois ans avant sa mort, Khaled Kelkal s’était confié à un sociologue allemand, en immersion dans son quartier.
L’homme lui avait alors avoué : «Mes parents me disaient tous les jours : travaille, il faut que tu réussisses... Au lycée, j'étais le seul Arabe. Ma fierté descendait et je devais mettre ma personnalité de côté... Je ne trouvais pas ma place... J'ai commencé à faire sauter les cours, à traîner avec des connaissances et à voler...»
«Vous voulez de la violence ? Alors on va vous donner de la violence. On parle de nous seulement quand il y a de la violence, alors on fait de la violence», avait-il poursuivi. Comme un funeste avertissement.