La justice doit rendre sa décision ce jeudi dans l’affaire d'une supposée corruption impliquant Nicolas Sarkozy, accusé d’avoir reçu de l’argent de la part de Mouammar Kadhafi pour financer sa campagne présidentielle en 2007. L’ancien président encourt sept ans de prison.
La fin d’un long feuilleton judiciaire. La justice française doit trancher ce jeudi : le dictateur libyen Mouammar Kadhafi a-t-il corrompu Nicolas Sarkozy en finançant son accession à la présidence de la République ? L’ancien président se trouve sur le banc des accusés aux côtés de onze autres prévenus, intermédiaires et hommes d’affaires, mais aussi de proches, comme Brice Hortefeux ou encore Claude Guéant.
Le dépeignant en «commanditaire» autant qu'en bénéficiaire, les représentants du parquet national financier (PNF) ont réclamé fin mars sept ans de prison contre l'ancien président de la République, pour ce qu'ils ont qualifié de «pacte de corruption avec un des dictateurs les plus infréquentables de ces trente dernières années». Concrètement, l’ancien chef de l'Etat est accusé d’avoir financé sa campagne présidentielle de 2007 avec de l’argent libyen, à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros.
En échange de l'argent, selon l'accusation, Nicolas Sarkozy aurait notamment favorisé le retour sur la scène internationale de la Libye et se serait engagé à absoudre le beau-frère du Guide, Abdallah Senoussi, condamné à la perpétuité pour son rôle dans l'attentat du vol DC-10 de l'UTA qui avait coûté la vie à 170 personnes en 1989.
À noter que l'intermédiaire Ziad Takieddine, également sur le banc des accusés, est décédé mardi, deux jours avant l’issue du procès, a confirmé son avocate Elise Arfi. Une fois confirmé à la justice, ce décès entraînera l'extinction des poursuites visant celui qui fut l'un des personnages clé de l'affaire : il vivait au Liban et n'avait pas assisté au procès début 2025, mais avait affirmé durant l'enquête avoir versé de l'argent libyen pour la campagne victorieuse de 2007.
«Pas un centime libyen»
En cas de condamnation, Nicolas Sarkozy pourrait choisir de faire appel. L'ancien président n'a eu de cesse de clamer son innocence depuis 2011. Ce recours repousserait de plusieurs mois la menace de la prison si elle venait à être décidée. Si une peine définitive supérieure à deux ans ferme n'est pas aménageable, par la pose d'un bracelet électronique par exemple, un condamné de plus de 70 ans peut toutefois demander à bénéficier d'une libération conditionnelle.
Pendant plus d'une décennie, Nicolas Sarkozy, contre qui le parquet a également requis 300.000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité, a répondu aux accusations en invoquant l'«infamie». Il n'a pas varié à l'audience. Il n'y a «aucune preuve», «rien», «pas un centime libyen», «pas le début d'un commencement de financement», a martelé Nicolas Sarkozy, «lassé» de se «justifier sur des preuves qui n'existent pas».
Initialement portées par des dignitaires de l'ancien régime, les accusations ne seraient selon lui que le fruit d'un complot du clan Kadhafi pour se venger de son rôle déterminant dans la chute du dictateur en 2011. D'après ses avocats, les enquêteurs n'ont pas trouvé trace d'argent libyen dans les fonds de campagne, d'enrichissement personnel ni d'intervention de Nicolas Sarkozy.
Cette affaire libyenne n'est pas la seule dans laquelle est englué l'ex-président, condamné à l'issue de ses quatre précédents procès. Définitivement condamné à un an de prison ferme dans l'affaire dite «des écoutes», Nicolas Sarkozy a dû porter entre janvier et mai un bracelet électronique à la cheville, sanction inédite pour un ancien chef de l'État. Il a déposé un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme.
Nicolas Sarkozy a par ailleurs été condamné en appel à un an de prison, dont six mois ferme, dans l'affaire Bygmalion sur le financement de sa campagne présidentielle perdue de 2012 : son pourvoi en cassation doit être examiné le 8 octobre.