Initialement prévu en avril dernier, le procès de douze personnes suspectées d'avoir volé des centaines de bouteilles de vins prestigieuses, pour un préjudice de près de cinq millions d’euros, se tiendra à compter de ce mercredi devant la Cour d'appel de Bordeaux.
L’un des plus gros trafics de vins en France. Douze membres présumés d'un réseau surnommé le «gang des grands crus», dont cinq ressortissants chinois, comparaîtront devant la cour d'appel de Bordeaux (Gironde) ce mercredi 26 novembre pour le vol d'au moins 900 bouteilles de vin, représentant un préjudice de cinq millions d'euros.
Actif depuis 2019, ce réseau ciblait des entrepôts de sociétés et maisons de négoce afin de dérober des bouteilles de prestige en Gironde et Dordogne. Parmi les victimes figure le chef étoilé Georges Blanc dans l'Ain.
Ces criminels «chevronnés» utilisaient des méthodes inspirées du grand banditisme, agissant notamment de nuit, à l'aide de fourgons volés et de techniques sophistiquées, telles que le perçage des entrepôts, désactivation ou contournement des alarmes, caméras, etc.
«Ils restaient manifestement assez longtemps sur les lieux de l’infraction, ils prenaient leur temps et choisissaient les vins qu’ils souhaitaient», a déclaré Patrick Leonard, directeur interrégional de la police judiciaire de Bordeaux à l'époque.
Une première opération conjointe menée par la gendarmerie et la police des différents départements avait permis l'interpellation d'individus suspectée de vol et recel de vins prestigieux. Les enquêteurs avaient également saisi près de 900 bouteilles de très grands crus du Bordelais - Château d'Yquem, Lafite Rotschild, Angélus, Petrus, Château Margaux, Cheval Blanc - et d'ailleurs, comme des Romanée-Conti de Bourgogne.
L'année suivante, une seconde opération menée par la gendarmerie à Aubervilliers avait permis «d'identifier une importante filière de recel de la marchandise dérobée, composée de commerçants et de restaurateurs de la communauté asiatique».
Des véhicules dérobés et des dégâts matériels dans les entrepôts
Selon les enquêteurs, les vins volés étaient soit exportés en Chine, soit écoulés sur le marché noir en région parisienne ou revendus à des particuliers par des réseaux informels.
«Certains vins sont devenus une cible privilégiée pour les voleurs, surtout que derrière, ils se revendent très facilement, pas comme un tableau», avait expliqué le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) à l'AFP.
Le préjudice estimé à environ cinq millions d'euros inclut au moins trois millions d'euros de vin, le reste correspondant notamment à des véhicules dérobés et des dégâts matériels dans les entrepôts.
Déjà reporté en 2023 devant le tribunal correctionnel pour irrégularités dans l'ordonnance du juge d'instruction, le procès a également été renvoyé en avril dernier devant la cour d'appel après le pourvoi en cassation formé par l’un des avocats des prévenus pendant l’audience.
Selon l'arrêt de la Cour de cassation, la cour d'appel devra d'abord décider si elle peut juger l'affaire, ou la renvoyer au parquet pour mise en conformité de l'ordonnance.