Après avoir refusé de participer en 2020, la France insoumise se lance tête baissée dans la campagne des municipales de 2026 avec un objectif : rallier un maximum de communes pour développer son ancrage local.
A un mois des élections municipales, la France insoumise (LFI) entre dans l’arène. Alors qu’il avait décidé de ne présenter aucune liste en 2020, indiquant soutenir les «initiatives citoyennes», le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a littéralement changé de cap pour 2026 et s'apprête à défendre pas moins de 500 listes dans l'Hexagone.
Selon les dernières estimations, plusieurs communes, à l'image de Roubaix, Saint-Denis, La Courneuve, ou encore Evry-Courcouronnes, pourraient à ce jour basculer du côté de la France insoumise. Ce «rendez-vous» doit «constituer une nouvelle étape» dans son développement et son implantation locale, peut-on lire sur le site du mouvement.
Roubaix (Nord)
Il s’agit de l’un des principaux objectifs de LFI. Lancé très tôt dans la bataille municipale à Roubaix, le député Insoumis David Guiraud espère bien offrir à son mouvement sa première ville de près de 100.000 habitants. Il devra néanmoins surmonter l'abstention (77% aux municipales de 2020) et les divisions à gauche pour espérer la conquérir.
A la faveur de la division entre le centre qui détient la mairie et la droite, le candidat - et député - de 33 ans va essayer de transformer en victoire le très bon score dans la commune (52.5%) de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle. Et ce malgré une liste «d'union» divers gauche qui voudrait éviter la nationalisation du scrutin.
À gauche justement, une liste commune autour du duo Mehdi Chalah et Karim Amrouni soutenue par Les Écologistes, le Parti communiste, le Parti radical de gauche et Place publique va tenter de remporter la ville, où Céline Sayah, déléguée départementale du Rassemblement national Jeunes, est par ailleurs investie en tant que tête de liste par son parti.
David Guiraud est aussi opposé au centriste Alexandre Garcin, devenu maire en décembre après la condamnation définitive de Guillaume Delbar (DVD) dans une affaire de fraude fiscale. Le candidat divers droite André Hibon appelle, lui, à «un Front Républicain» contre LFI. «Je ferai tout pour que Roubaix ne devienne pas Mélenchon ville».
Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)
Autre commune qui pourrait passer dans l’escarcelle de la France insoumise : la nouvelle ville de Saint-Denis, fusionnée à Pierrefitte depuis le 1er janvier 2026, et qui compte désormais près de 150.000 habitants. Cinq candidats se sont déclarés à un peu plus d’un mois du scrutin dans la ville la plus peuplée de la banlieue parisienne.
Mais la bataille s’annonce rude entre la liste du maire sortant, Mathieu Hanotin, 47 ans, élu socialiste ayant fait basculer en 2020 la ville historiquement communiste, soutenu par Les Écologistes, Génération.s et Place publique, et celle de la France insoumise, soutenue notamment par le Parti communiste.
C’est en effet l’autre force de gauche en présence : l’Insoumis Bally Bagayoko, un enfant de la ville, né à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) mais ayant grandi à Saint-Denis, espère profiter des résultats très confortables de son parti dans le département mais aussi dans la ville. Jean-Luc Mélenchon y a par exemple fait 61% à la présidentielle de 2022.
Même si Saint-Denis est historiquement un bastion de gauche, la droite et le centre veulent y croire. Pour 2026, ils se sont donc rangés derrière Quentin Gutierrez, 37 ans, un ex-macroniste désormais rattaché au parti d’Édouard Philippe Horizons, soutenu par le socle commun, et notamment Les Républicains et Renaissance.
La Courneuve (Seine-saint-denis)
C’est également une ville clé pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. La Courneuve, commune de près de 50.000 habitants ancrée dans la Seine-Saint-Denis, pourrait voir un candidat de la France insoumise accéder à sa mairie pour succéder au communiste Gilles Poux, qui ne se représente pas.
Élu à l’Assemblée nationale à la faveur de la dissolution de l’été 2024, Aly Diouara (LFI), a annoncé sa candidature le 6 janvier dernier et fait déjà office de favori dans la ville. Et pour cause : cet enfant de la cité des 4.000 dispose d’un véritable ancrage local, et incarne la «Nouvelle France» voulue par Jean-Luc Mélenchon.
Le fondateur du mouvement citoyen «La Seine-Saint-Denis au cœur» (SSDAC), apparaît comme le plus à même de l’emporter dans cette ville où Manon Aubry (LFI) avait recueilli près de 60% des suffrages aux élections européennes en 2024. Lors des élections départementales en 2021, Aly Diouara avait réuni 30% des voix «sans étiquette politique».
Il sera néanmoins opposé à deux autres enfants des 4.000 : Oumarou Doucouré (PS) et Nadia Chahboune (sans étiquette), respectivement premier et quatrième adjoints de la majorité sortante.
Evry-Courcouronnes (essonne)
À Evry-Courcouronnes, dans l’Essonne, la campagne bat son plein. À 49 ans et après deux premières tentatives (2014 et 2020), la députée Farida Amrani (LFI), et sa liste «Changeons Evry» vont tenter de déboulonner le très installé maire sortant Stéphane Beaudet qui dirige la commune de près de 70.000 habitants depuis 25 ans.
Pour se frayer un chemin jusqu’à l’Hôtel de ville, elle devra donc battre l'actuel président de l'association des maires d'Île-de-France (AMIF). Elu d’abord à Courcouronnes en 2001, celui qui - proche de la droite - se revendique désormais «sans étiquette politique» a été réélu au 1er tour (54,78%) en 2020, un an après la fusion entre les deux villes voisines.
D'autant plus que la liste insoumise a reçu, le 6 février dernier, le soutien inattendu de la section PS d'Evry-Courcouronnes, un renfort de choix dans la campagne, alors que les instances nationales du Parti socialiste soutiennent officiellement l’écologiste Julien Monier, candidat adoubé par la cheffe de file Marine Tondelier.
En cas de victoire, Farida Amrani annonce que dix mesures (plans «propreté» et «santé mentale», encadrement des loyers, gratuité dans les cantines scolaires, référendums locaux et restructuration des maisons de quartier notamment) seront appliquées en priorité.