Le Sénat discute ce mardi 24 février de la réforme constitutionnelle sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Le but étant de créer un État calédonien doté d'une nationalité propre.
Un cycle inédit de négociations s'ouvre pour la Nouvelle-Calédonie. Ce mardi 24 février, l’archipel océanien verra le Sénat discuter de la réforme constitutionnelle sur son avenir institutionnel. Ce projet de loi prévoit la création d'un État calédonien, retranscrit dans les accords de Bougival signés le 12 juillet 2025 et dans son complément, l’Élysée-Oudinot ratifié le 19 janvier dernier.
Dans le détail, ce document entend proposer un report des élections provinciales, «la possibilité de procéder à des transferts pérennes de compétences régaliennes», sauf pour quelques secteurs comme la sécurité et la défense ou encore un projet de relance économique, mettant en avant le nickel, une ressource présente en grande quantité sur l’archipel.
Si le vote du projet de loi constitutionnelle semble bien parti au Sénat, le parcours pourrait se compliquer devant l’Assemblée nationale et au Congrès de Versailles, nécessaire à une réforme constitutionnelle, où la majorité des trois cinquièmes requise est loin d'être atteinte.
Des obstacles en route
En effet, le FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste) qui n'avait pas ratifié les accords de Bougival, tente de faire vaciller le texte au Parlement, en s’appuyant par exemple sur les doutes exprimés par les socialistes et sur des membres de La France insoumise.
La semaine dernière, des parlementaires et les chefs des groupes PS des deux chambres ont cosigné une tribune dans Le Monde annonçant qu'ils ne voteraient pas un texte jugé «lourd de menaces et de dangers» et réclamant «un accord consensuel et inclusif».
Le mouvement entend également peser via les élections municipales. «Dans les municipales, on va aller chercher, sur la base des dernières échéances électorales, des options favorables» au FLNKS, a déclaré Emmanuel Tjibaou, devenu en 2024 le premier député indépendantiste calédonien en quarante ans.
«Les municipales, clairement, ça fait partie d'un objectif où il faudra aller chercher plus de communes», a-t-il ajouté. Le mouvement détient pour l’heure, 13 des 33 localités de la Nouvelle-Calédonie.
La mobilisation
Le 14 février dernier, un millier de personnes selon les organisateurs - 400 selon les autorités - s'étaient rassemblées devant le haut-commissariat de la République à Nouméa pour «faire entendre jusqu'à Paris» leur opposition à la réforme constitutionnelle. À Lifou, île située au large de l’archipel, une vingtaine de personnes s’était aussi réunie à Wé, a rapporté Outre-mer La 1re.
La veille, un meeting était organisé par le FLNKS en région parisienne. «On veut porter le débat auprès des parlementaires et discuter de la pertinence d’un texte mal ficelé, qui ne s’inscrit pas dans une trajectoire de décolonisation», a expliqué Emmanuel Tjibaou.
En mai 2024, des émeutes en Nouvelle-Calédonie ont fait 14 morts et plusieurs milliards d'euros de dégâts. Elles avaient été déclenchées alors qu’une réforme constitutionnelle prévoyant le dégel du corps électoral de l'archipel arrivait à l’Assemblée nationale.