Alors que la flambée des prix du carburant pèse de plus en plus lourd sur l’économie française, avec une inflation mesurée à 1,7% en mars, le gouvernement se refuse à prendre des mesures globalisées, insistant sur des dispositifs ciblés. Oppositions et syndicats réclament pourtant des actions d’urgence.
La France va-t-elle agir pour limiter les conséquences de la flambée des prix, notamment des carburants, consécutive à la guerre en Iran, qui pèse de plus en plus lourd sur l’économie nationale ? Si des dispositifs spécifiques ont été mis en place pour les secteurs des transports, de la pêche ou de l’agriculture, l’opposition et les syndicats réclament des mesures généralisées, sur le modèle de l'Espagne ou de l'Italie, pour donner de l’air aux Français frappés de plein fouet par l’inflation.
Depuis le déclenchement du conflit il y a un mois, le prix du gaz a augmenté de 70% en Europe et le pétrole d'environ 60%, soit une hausse de la facture de 14 milliards d'euros pour l'Union européenne. Face à cette flambée, les Européens ont réagi en ordre dispersé. Le gouvernement français, contraint à la discipline budgétaire pour maintenir le déficit à 5% du PIB cette année, a jusqu'ici refusé de réduire la fiscalité sur les carburants, se contentant de dispositifs «mineurs».
Alors que l’Espagne a présenté un plan de 5 milliards d'euros incluant une baisse de la TVA et une remise de 30 centimes par litre de carburant, tandis que l’Italie a mis en place un décret-loi qui réduit temporairement le prix des carburants de 25 centimes par litre, la France s’est contentée de palier les difficultés de trésorerie des secteurs les plus touchés - pêche, agriculture, transports - avec des aides «ciblées», éventuellement reconductibles, pour un total de 70 millions d'euros mensuels.
Blocage des prix et réduction des taxes
Pas suffisant pour les oppositions, qui réclament des mesures fortes. À commencer par le blocage des prix. La France insoumise a déposé une proposition de loi pour un gel temporaire des prix de l’énergie pendant une durée maximale de trois mois. Ce dispositif «strictement encadré» et «proportionné aux circonstances» vise à «garantir que les conséquences des crises énergétiques internationales ne soient pas supportées principalement par les consommateurs» selon les signataires du texte.
Le Parti communiste français a également déposé une proposition de loi au Sénat en ce sens : un blocage des prix de l’essence et du gaz pendant six mois. Les parlementaires défendent également l’encadrement «des marges en période de crise». Pour le PS et les Écologistes, opposés au blocage des prix en raison du «surplus de recettes pour l’État», le gouvernement doit compenser la hausse des prix par des «chèques énergie ciblés», notamment pour «les ménages les plus vulnérables».
Le Rassemblement national propose d’aller encore plus loin. Il réclame au gouvernement la baisse de la TVA sur les énergies de 20 à 5,5%. «Sur un plein de 40 à 50 litres, cela représente une baisse de 18 à 22 euros», a indiqué le député Jean-Philippe Tanguy. «La première chose à faire quand on a un surplus de fiscalité dans une situation de crise où il faut des décisions extrêmement rapides, c'est d'y renoncer, en baissant la TVA et en baissant les taxes sur les carburants», a abondé Marine Le Pen.
Les syndicats vent debout
Dans le sillage des oppositions, les syndicats ont également mis la pression sur le gouvernement. «Mon message au Premier ministre a été très clair : nous ne voulons pas de mesurettes. Il nous faut une remise de 30 centimes du litre de GNR (gazole non routier) en pied de facture pour le carburant. Tout de suite», a lancé Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, principal syndicat agricole, dans une réunion publique à Caen.
Il a aussi estimé qu'il fallait «d'urgence faire fléchir» l'UE sur la taxe carbone aux frontières sur les fertilisants : «nous ne pouvons pas, dans ce contexte, voir les engrais s'envoler», a-t-il dit. Il a rappelé que le gouvernement français avait porté à Bruxelles une demande de suspension de ce dispositif alors que le prix des engrais flambe avec la guerre au Moyen-Orient, tout en relevant «la fin de non-recevoir» du Commissaire européen : «Nous ne pouvons le tolérer», a-t-il tonné.
Même son de cloche pour l’Organisation des Transporteurs Routiers Européens (OTRE) qui a obtenu la «reconduction» de l'aide de 50 millions d'euros limitée jusque-là au mois d'avril, et qui réclame le maintien d'une «aide forfaitaire par véhicules», l'élargissement du dispositif à l'ensemble des entreprises du transport routier (marchandises, voyageurs et sanitaire), le traitement «immédiat et accéléré» des demandes de report de charges et le versement «rapide» des aides.
Inflation à 1,7% au mois de mars
Le SP95-E10 a atteint mercredi la barre symbolique des 2 euros le litre dans l'Hexagone, prenant 28 centimes depuis le début du conflit en Iran, soit un bond de 16,26%. Le gazole, carburant le plus utilisé des Français, avait lui atteint cette barre symbolique le 9 mars. Il se vendait en moyenne à 2,255 euros le litre, mercredi, après avoir atteint, la semaine dernière, un record absolu depuis 1985 en moyenne hebdomadaire, dépassant les plus hauts niveaux atteints après l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Une flambée des prix qui n'est pas sans conséquence. Cet important rebond des prix et particulièrement des produits pétroliers (+7,3% sur un an contre -2,9% en février), selon l'Institut national de la statistique et des études économiques, a provoqué une hausse de l'inflation en France de 1,7% au mois de mars. Une tendance dont l'ampleur reste encore incertaine pour les mois à venir.