La baisse annoncée des effectifs scolaires d'ici à dix ans a été révélée par le service statistique du ministère de l'Éducation Nationale, qui base ses projections sur des hypothèses de fécondité sur une période comprise entre 2025 et 2035.
Le ministère de l'Éducation nationale annonce que les écoles, collèges et lycées publics ou privés sous contrat auront perdu 1,7 million d'élèves en 2035. Ce chiffre fonde ses projections sur des hypothèses de fécondité.
L'étude de projection dévoile des chiffres assez précis sur le sujet : en 2035 il y aura 1.676.800 élèves en moins en France, soit une baisse de 14,2% par rapport à 2025. Le ministre de l'Éducation nationale parle de «vague sismique» qui rendra nécessaire de repenser «l'offre scolaire sur le territoire à long terme», selon lui.
Edouard Geffrey a justifié ces chiffres en affirmant que «ces projections suivent une baisse déjà entamée qui va devenir massive, puisqu'on va perdre près de 1,7 million d'élèves, dont 933.000 élèves dans le seul premier degré», comme il l'a déclaré dans un entretien au Parisien mercredi 7 avril.
«Tout le système éducatif va être impacté» par ce «mouvement extrêmement ample qui touchera tout le territoire», avec des «disparités nationales assez fortes», ce qui amène à «réfléchir à ce que doit être l'offre scolaire sur le territoire à long terme», affirme-t-il.
des fermetures d'école et des suppressions de poste redoutées
Au sujet d'éventuelles fermetures d'écoles, le locataire de la Rue de Grenelle estime qu'il faudra analyser la situation selon les territoires, la situation étant différente entre les villes et les campagnes. Si «l'année prochaine encore, on ne fermera aucune école sans l'accord du maire», «compte tenu de ces chiffres, ce principe a vocation à se conjuguer différemment», annonce le ministre de l'Éducation.
Si «dans les territoires ruraux, il peut y avoir des regroupements pédagogiques intercommunaux», en revanche «en milieu urbain, il va falloir s'interroger sur le maillage», explique Édouard Geffray, en particulier à Paris, au «maillage d'écoles, de collèges et de lycées extrêmement dense» et «qui va perdre 30% de ses élèves en dix ans, cela impose de s'adapter» estime-t-il.
Des déclarations qui ne vont pas apaiser les syndicats enseignants, qui protestent depuis plusieurs mois contre les récentes suppressions de postes annoncées. La secrétaire générale du principal syndicat enseignant Snes-FSU, Sophie Vénétitay, déplore la vision du ministre de l'Éducation : «On ne peut pas suivre aveuglément la boussole démographique» déclare-t-elle à l'AFP, rappelant que la priorité devrait être de remplacer les «300.000 professeurs» qui doivent partir à la retraite «d'ici à 2030» d'après une étude de la DARES de 2025. Même son de cloche du côté d'Aurélie Gagnier, secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire, qui estime auprès de l'AFP que ne pas supprimer de postes donnerait l'opportunité de «faire baisser le nombre d'élèves par classe».
L'Éducation nationale devra donc choisir entre l'opportunité de faire des économies sur des départs en retraite non compensés et au contraire la possibilité de remplacer les professeurs partants afin d'offrir aux élèves de meilleures conditions d'apprentissage, avec des effectifs réduits dans les classes. Un véritable dilemme alors que le rapporteur du budget 2026, Philippe Juvin, préconisait en novembre dernier une baisse du nombre de fonctionnaires dans l'Éducation Nationale.
trois scénarios établis
Les déclarations du ministre de l'Éducation sont étayées par le document de travail de la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp), qui affirme que c'est dans le premier degré qu'il y aura la plus forte baisse, de l'ordre de 15,2% de ses effectifs, soit 933.000 élèves en moins dans le primaire, alors que le secondaire perdra 13,2% de ses effectifs, soit 743.800 élèves en moins. Ces calculs ont pris en compte un scénario intermédiaire «sur l'ensemble de la période».
Le document se base sur trois scénarios de fécondité : haut, bas et intermédiaire. Dans le cadre du scénario intermédiaire établi dans le document, l'étude prolonge la baisse de la fécondité pour atteindre 1,5 enfant par femme à l'horizon 2030.
Puis, elle table sur une stabilité de ce chiffre jusqu'en 2035. Ainsi, les effectifs de l'école primaire (maternelle et élémentaire) passeraient de 6.149.400 élèves en 2025 à 5.216.400 élèves en 2035, et ceux du second degré (collèges et lycées) de 5.619.700 élèves en 2025 à 4.875.900 élèves en 2035.
Face à la baisse du nombre d'élèves ainsi que des nombreux départs en retraite de professeurs, l'Éducation nationale devra établir une orientation stratégique claire pour les dix prochaines années.