Yann Graff : « On a essayé de faire une exposition qui plaise à la fois aux lecteurs fans de Batman et au grand public »

Le célèbre Chevalier Noir a pris ses quartiers au festival d'Angoulême. Le célèbre Chevalier Noir a pris ses quartiers au festival d'Angoulême. [© Jorge Alvarez / FIDB]

Batman fête ses 80 ans cette année. Un rendez-vous incontournable pour le festival international de la bande dessinée d’Angoulême, qui présente du 24 au 27 janvier l’exposition « Batman 80 ans : un genre Américain démasqué ? ». Yann Graff, son co-organisateur, nous en dit plus sur l'icône américaine.

Comment est née cette exposition ?

Il y a quelques années, on avait eu une idée avec Stéphane Beaujean, le directeur artistique du festival. Il voulait faire une exposition sur les villes et les super-héros. On avait commencé à travailler dessus mais finalement ça ne s’était pas fait. Et cette année, à l’occasion des 80 ans de Batman, Stéphane nous a recontacté. On a donc eu l’idée de la mettre en scène à travers les différents lieux mythiques du personnage, chaque salle représente un lieu mythique comme le bureau du manoir Wayne,  la ville Arkham ou encore la Batcave. On veut montrer qu’au-delà du personnage de Batman, ses histoires lèvent le voile sur l’évolution de l’histoire des États-Unis, à travers par exemple la montée du crime dans les villes, et la crise économique au cours des 40 dernières années.

Concrètement, comment est-elle construite ?

L’exposition fait 600 m2 avec sept salles et deux grands SAS, on retrouve toute l’évolution du personnage à travers ces sept salles, de 1939 à nos jours. Le grand public connait Batman grâce aux films et dessins animés donc on voulait vraiment une exposition immersive et ludique. À l’intérieur des scénographies, il y a des présentations de couvertures et de pages tirées de 80 ans d’épisodes avec des textes explicatifs. Pour nous, une image vaut plus qu’un grand discours, on retrouve par exemple un mur qui est consacré entièrement au joker, on parle de ses apparitions des années 1940 jusqu’aux plus récentes, avec des grandes couvertures classiques ou des pages qui le montrent dans des situations mythiques.

Le visiteur termine sa visite dans une salle qui contient une soixantaine de planches originales qui vont des années 1960 à nos jours. Une Batmobile se trouve par ailleurs à l’extérieur de la médiathèque. La Batcave a aussi été reconstituée.

On a essayé de faire une exposition qui plaise à la fois aux lecteurs fans de Batman et au grand public.

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© Jorge Alvarez / FIDB

Batman, c’est le personnage phare de Urban Comics, c’était important de lui dédier un événement de cette ampleur ?

C’est la locomotive de DC Comics et c’est aussi notre personnage phare à Urban, mais ça s’explique en fait par la qualité de ses interprétations, il y a rarement eu un personnage de super-héros de comics américain qui sur 80 ans attire autant d’auteurs et les tirent vers le haut. Les auteurs donnent le meilleur d’eux-mêmes quand ils sont sur Batman et l'emmènent à chaque fois  dans des directions nouvelles et intéressantes.

Les dessinateurs et scénaristes Frank Miller, Paul Dini et Jock seront présents, comment vous vous y êtes pris pour les inviter ?

On les avait déjà invités à d’autres conventions avec Urban Comics, Paul Dini était présent à la Paris Comics Expo, Jock était déjà venu à Angoulème, par contre Franck Miller c’est la première fois qu’on l’invite sur ce festival. On leur a rappelé l’importance qu’ils avaient pour Batman, puisque Franck Miller a complètement modernisé le personnage dans les années 1980, tout comme Jock avec l’aide de Scott Snyder, un jeune scénariste. Quant à Paul Dini, il a participé à la série animée dans les années 1990. Sur les 40 dernières années, ce sont des auteurs importants, chacun représente une génération d’auteurs sur Batman, avec des visions différentes : Franck Miller est scénariste-dessinateur, Jock est dessinateur et Paul est scénariste, ils couvrent tous les spectres de la création d’une BD. Ils ont accepté facilement de venir sur cette nouvelle édition, par ailleurs, Franck Miller avait toujours eu envie d’y aller.

D’ailleurs, est-ce que vous parlez beaucoup des auteurs dans cette exposition ?  

Dans la dernière salle, celle qui est à côté des planches originales, vous avez toute une colonne qui retrace toutes les décennies de Batman en faisant ressortir à chaque fois les auteurs importants et notamment Paul Dini et Jock. Ce qu’on avait aussi envie de montrer, c’est que la légende de Batman est créée par des gens, par des hommes, il y a des artistes derrière elle et c’est très important pour nous en tant qu’éditeurs de toujours mettre en avant le travail de ces auteurs.

Des temps pour des dédicaces sont-ils prévus ?

Oui, tout le déroulé est à retrouver sur notre page Facebook, une master class aura lieu par ailleurs vendredi matin de 10h30 à 12h.  

Quel lien entretenez-vous personnellement avec l’univers de Batman ?

J’ai commencé comme lecteur, ensuite j’ai été libraire puis depuis 10 ans je travaille à Urban Comics et notamment sur les albums de Batman. Je pense que c’est le personnage de fiction que je préfère, en tout cas c’est un de mes trois personnages de fiction préférés, c’est avec lui que j’ai grandi, j’ai regardé tous les films, tous les dessins animés, j'en suis vraiment fan.

Dans les années 1980, avant le film de Tim Burton, c’était déjà Batman mon préféré, aujourd’hui c’est le personnage n°1 mais à l’époque c’était le personnage n°2, il était derrière Superman.

Comment pourriez-vous résumer l’évolution de ce personnage de BD au fil des années ?

Ce qui est intéressant c’est que le personnage évolue graphiquement et narrativement dans les BD. Sur chaque décennie, on peut dire qu’on a un Batman différent. Les années 1940 sont des années formation, tous les éléments du personnage sont créés puis dans les années 1950, Batman perd ce côté détective pour laisser place à de la science-fiction, les éditeurs ne peuvent plus montrer des crimes au risque d’être arrêtés. Dans les années 1960, il y a des liens forts avec le pop art et les mouvements psychédéliques notamment avec la série TV Batman assez parodique et qui cartonne sur petit écran. Dans les années 1970, en réaction à cette série, ils reviennent à quelque chose de plus sombre, de plus mystérieux et qui vire au fantastique et à l’horreur dans certaines histoires. Les années 1980 sont très marquées par le regard noir et sombre de Frank Miller sur Gotham City. Les années 1990 sont des années d’expansion en termes de public parce que vous avez à la fois les films de Tim Burton et la série animée, on touche un nouveau public. Les années 2000 sont des années de synthèse, les années ou va reprendre tous les mouvements qui ont eu lieu dans les 50 années précédentes et enfin dans les années 2010, Batman redémarre au n°1, avec une ligne artistique inédite.

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© Jorge Alvarez / FIDB

Vous parlez de Batman comme un « miroir » de la société américaine, que va t-il refléter selon vous dans les années à venir ?

Oui, on peut penser qu'il va se saisir des bouleversements climatiques ou économiques. Il y a plein d’angoisses collectives qui reflètent nos angoisses individuelles et en ce moment Batman c’est un peu la figure qu’on appelle à la rescousse dans la fiction pour essayer de résoudre ces angoisses.  

Comment il se distingue dans l’univers DC par rapport à d’autres supers héros comme Superman par exemple ?  

Superman est à visage découvert, il est invincible et a des pouvoirs contrairement à Batman qui n'en a pas et qui est humain. On s’identifie davantage à lui, je pense que ses origines jouent beaucoup, perdre ses parents c’est l’angoisse de tous les enfants.

Que pensez-vous du duel Marvel vs DC ?

C’est deux visions qui sont complémentaires chez les supers héro, il y a un côté plus panthéon chez DC Comics et un côté plus terre à terre, new yorkais chez Marvel. Il existe une rivalité forcément mais la vitrine comic-books se porte bien parce que ces deux compagnies existent et travaillent côte à côte. Et quand vous êtes gamin, vous voulez tout lire, vous vous en fichez de la marque de ces personnages.

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© Jorge Alvarez / FIDB

Les 5 albums incontournables que vous recommanderez pour quelqu’un qui ne s’y connait pas trop, une feuille de route pour découvrir l’univers Batman ?

Année 1, Killing Joke, Mad Love, Un long Halloween et White Knight.

L’album qui a connu le plus de succès en France ?

Batman, la cour des hiboux, une série en 9 tomes, c’est la série qui a le plus fonctionné.

Après des albums simples marchent aussi très bien, Killing Joke, c’est notre plus grosse vente.

Si on devait attribuer le nom de Batman à quelqu’un aujourd’hui dans notre monde, à qui l’attribuerez-vous ?  

À personne, il n’y a personne d’aussi intelligent que Batman dans le monde dans lequel on vit ou alors vraiment s’il existe, qu’il se fasse connaitre !

Les super-héros sont nés aux États-Unis pour redonner de l’espoir aux enfants pendant la dépression des années 30, aujourd’hui, à quoi servent-ils réellement ?

C’est un fantasme de puissance, de contrôle sur l’environnement, on peut aussi avoir du pouvoir et agir dans le bon sens, comme Batman. Il a le pouvoir de changer les choses et le met au service des autres, ça rassure et ça console.

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