Les Ukrainiens démontent les barricades du Maïdan

Des Ukrainiens démontent des barricades installées place Maïdan à Kiev, le 9 août 2014 [Sergei Supinsky / AFP] Des Ukrainiens démontent des barricades installées place Maïdan à Kiev, le 9 août 2014 [Sergei Supinsky / AFP]

La police avait échoué, la population l'a fait: plusieurs centaines d'Ukrainiens ont démonté samedi barricades et tentes qui occupaient toujours le Maïdan de Kiev près de six mois après la chute du président Viktor Ianoukovitch, au milieu de bagarres et de pneus en feu.

Dans une ambiance tendue, les services communaux soutenus par des habitants de la capitale ukrainienne sont arrivés en début de matinée sur la place de l'Indépendance, et le boulevard Khrechtchatik qui la traverse, coeur de la protestation proeuropéenne de l'hiver.

Quelques heures plus tard, la chaussée était prête à être rendue à la circulation, coupée depuis presque neuf mois. Seules quelques tentes restaient en place dans l'après-midi sur l'esplanade piétonne, tandis que des camions bennes se remplissaient d'amas hétéroclites de matelas, palettes de bois, lits superposés....

"Mes deux fils combattent dans l'est. Ceux qui restent sur le Maïdan au lieu d'aider l'armée alimentent la propagande des médias russes et de Poutine", a expliqué Serguiï Zakovinski, 57 ans.

Occupé jour et nuit au plus fort de la contestation proeuropéenne par des dizaines de milliers de manifestants dont d'influents artistes, dignitaires religieux et représentants de la classe moyenne, le Maïdan a connu ces derniers mois une nette dégradation.

Le maire de Kiev Vitali Klitschko participe au nettoyage de la place Maïdan à Kiev, le 9 août 2014 [Sergei Supinsky / AFP]
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Le maire de Kiev Vitali Klitschko participe au nettoyage de la place Maïdan à Kiev, le 9 août 2014

Ne restaient que les représentants les plus radicaux de groupes d'"autodéfense". Les réactions de rejet de la population allaient croissant, après des bagarres entre militants alcoolisés, voire des fusillades entre factions de manifestants.

"Ils discréditent le Maïdan et doivent partir au plus vite", a ajouté Serguiï Zakovinski, avant de poursuivre, désignant une boîte pleine de cocktails Molotov: "Contre qui comptent-il les utiliser?"

 

- "Contrôler le pouvoir" -

 

Les occupants ne se sont pas laissé faire et de nombreuses bagarres ont éclaté. Ils ont mis le feu à un tas de pneus, provoquant un épais dégagement de fumée.

"Nous devons continuer à contrôler le pouvoir", s'est justifié Mykola, 27 ans, batte de baseball à la main.

La police a fait état de trois blessés et l'atmosphère restait tendue dans l'après-midi. De vifs éclats de voix retentissaient au milieu des attroupements sur la chaussée, devant la scène où leaders politiques d'opposition et artistes venaient soutenir et haranguer la foule pendant l'hiver par des températures bien en dessous de zéro.

Des habitants de Kiev nettoient un camp de militants et des barricades de la place Maïdan, le 9 août 2014 [Sergei Supinsky / AFP]
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Des habitants de Kiev nettoient un camp de militants et des barricades de la place Maïdan, le 9 août 2014

Le Maïdan est devenu en novembre 2013 l'épicentre de la contestation pro-européenne ukrainienne, qui a débouché, après trois mois de confrontation de plus en plus tendue avec le pouvoir, sur la chute de M. Ianoukovitch. Les affrontements dans les jours précédant sa destitution et sa fuite en Russie ont fait environ cent morts.

Depuis, l'avenir du site fait l'objet d'un débat acharné entre d'un côté ceux qui y voient un sanctuaire inviolable et le garant des idéaux du mouvement de contestation de l'hiver, et de l'autre ceux qui pensent que le centre de Kiev doit retrouver une vie normale et que le combat se situe dans l'Est.

Des contestataires en treillis continuaient de monter la garde aux barricades et d'occuper le village de tentes.

Depuis son élection à la mairie fin mai, l'ex-boxeur Vitali Klitschko, l'un des leaders de la contestation, ne cachait pas son impatience, souhaitant voir la vie à Kiev reprendre son cours normal.

Une première tentative de nettoyer la place jeudi a échoué, après des heurts entre forces de l'ordre et manifestants, qui ont résisté à coups de pavés voire de cocktails Molotov.

Présent samedi, M. Klitschko a expliqué aux contestataires qu'il était temps de partir.

"Ce n'est plus l'EuroMaïdan", surnom du mouvement proeuropéen, a-t-il justifié. "Nous avons construit ces barricades pendant plusieurs mois, maintenant il est temps de les démonter".

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