Pollution : quand respirer tue

À Pékin, le taux de pollution est jusqu'à cinq fois supérieur aux recommandations de l'OMS. À Pékin, le taux de pollution est jusqu'à cinq fois supérieur aux recommandations de l'OMS.[WANG ZHAO / AFP]

L’air pollué tue 7 millions de personnes par an à travers la planète, selon un rapport publié ce mercredi 2 mai par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Ce bilan annuel est plus élevé que ceux du sida et des accidents de la route réunis (respectivement 1,1 million et 1,3 million de morts). Le constat est d’autant plus vertigineux qu’il n’épargne personne : au total, 9 habitants de la planète sur 10 respirent un air trop pollué. Une bombe à retardement sanitaire nécessitant une réponse urgente des pouvoirs publics. 

Des facteurs multiples

Transports, industrie, agriculture, mais aussi mauvaise gestion de l’énergie par les ménages et incinération des déchets... De nombreux éléments contribuent à la diffusion de particules fines, nocives pour l’organisme. Cette pollution entre en jeu dans 29 % des décès par cancer du poumon, 25 % par accident vasculaire cérébral et 24 % par infarctus, selon l’OMS. 

Ces maladies sont liées à l’air ambiant, mais également à celui respiré à l’intérieur des habitations, notamment dans les régions où les fours à charbon restent répandus. Dans les pays pauvres, les femmes, qui passent beaucoup de temps dans les cuisines, sont particulièrement exposées à cette pollution domestique, responsable à elle seule de 3,8 millions de morts. Des décès beaucoup plus fréquents dans les pays à revenus faibles, dont les systèmes de santé ne permettent pas de prendre efficacement en charge les maladies respiratoires. 

Si les particules sont présentes dans quasiment toutes les villes du monde, leur concentration est particulièrement élevée en Asie. Des métropoles comme New Delhi, en Inde, ou Pékin et Shanghai, en Chine, atteignent régulièrement un taux de pollution cinq fois supérieur aux recommandations de l’OMS.

Les pays de Méditerranée orientale, qui subissent par ailleurs une pollution liée au sable et aux poussières provenant du désert, sont eux aussi confrontés à des seuils critiques. Le rapport pointe en outre un manque de données criant sur les villes d’Afrique, seuls 8 des 47 pays du continent communiquant des informations en la matière à l’organisme.

Une prise de conscience

Malgré ce tableau très alarmant, l’OMS salue les progrès des décideurs, de plus en plus investis sur ces questions. «Les responsables politiques à tous les niveaux de gouvernement, y compris les maires, commencent à s’intéresser à ce problème», se réjouit ainsi le directeur général de l’institution, Tedros Adhanom Ghebreyesus. De Paris à Mexico en passant par Stuttgart, les municipalités sont, en effet, de plus en plus nombreuses à prendre des mesures à l’encontre des vieux moteurs diesel, particulièrement polluants. En Chine, la fin du chauffage au charbon a été officiellement adoptée, et l’Inde travaille à réduire son utilisation. 

Ces mesures encourageantes se doublent d’un effort de coordination à l’échelle internationale, à travers, par exemple, l’accord de Paris sur le climat. Mais le retrait du texte des Etats-Unis, deuxième plus gros pollueur mondial, annoncé en juin 2017 par le président Donald Trump, rappelle la fragilité de ces démarches. La lutte contre la pollution commence à peine, et sa légitimité même est encore loin d’être acquise.

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