Effondrement d'un viaduc à Gênes : les opérations de recherche ont pris fin

L'effondrement d'une portion d'un viaduc de l'autoroute A10 à Gênes, mardi, a provoqué la mort de 43 personnes, dont 4 Français. Un bilan qui devrait être revu à la hausse, les secouristes italiens ayant annoncé avoir découvert de nouveaux corps sur les lieux du drame. Les funérailles d'Etat se sont tenues ce samedi à partir d'11h30.

Les opérations de recherche ont pris fin

Samedi 18 août, toutes les personnes disparues ont été retrouvées, permettant aux opérations de secours d'entrer dans une nouvelle phase. Mais les secours n'abandonnent pas les recherches d'éventuelles victimes non signalées. 

Les opérations de déblaiement se poursuivent, les pompiers s'attellent principalement à collecter des preuves pour permettre aux enquêteurs de comprendre pourquoi le pont s'est écroulé.

Le gouvernement italien pointe toujours du doigt la responsabilité de la société Autostrade per l’Italia.

Un bilan revu à la hausse

Samedi, le bilan humain de la catastrophe est monté à 43 victimes suite à la découverte de quatre nouveaux corps dans les décombres.

Le PDG d'autostrade per l'Italia présente ses excuses

500 millions d'euros débloqués pour aider la ville 

Les dirigeants d'Autostrade per l'Italia, société gestionnaire du pont qui s'est effondré mardi, ont annoncé samedi que 500 millions d'euros étaient prêts pour aider la ville et reconstruire l'ouvrage. 

«En faisant la somme, on arrive rapidement au demi-milliard d'euros. Ce sont des fonds qui seront disponibles dès lundi», a déclaré Giovanni Castelluccio, patron de la société qui a été mise en cause par le gouvernement, au cours d'une conférence de presse. 

Un hommage aux victimes musulmanes

Quatre «Allah akbar» ont retenti dans un silence respectueux lors d'une parenthèse ménagée en hommage à deux victimes musulmanes pendant les funérailles d'Etat catholiques après l'effondrement du pont de Gênes.

Dans un pays où l'extrême droite est au pouvoir et où les violences verbales et physiques se multiplient contre les étrangers et contre les musulmans, un hommage particulier a été rendu à deux Albanais musulmans figurant parmi les 38 victimes identifiées.

En présence de tous les plus hauts responsables de l'Etat et de dizaines de prêtres, un imam a mené quelques minutes de prière psalmodiée en silence et ponctuée de quatre «Allah Akbar» (Allah est le plus grand), conformément à la formule rituelle des prières funéraires.

«Nous offrons à Dieu nos prières pour toutes les victimes», a ensuite déclaré Mohamed Nour Dachan, président émérite de l'Union des communautés et organisations islamiques d'Italie (Ucoii), la principale fédération musulmane du pays. «Nous sommes proches de vous tous», a-t-il lancé aux milliers de personnes présentes dans le vaste hall du parc des expositions, «et nous demandons au Seigneur, lui qui dans son infinie miséricorde, nous a enseigné la valeur des ponts (...) de nous rendre conscients de nos responsabilités». «Nous prions pour Gênes, la superbe. Elle saura se relever avec fierté, notre Gênes qui en arabe signifie «la belle». Les communités musulmanes de Gênes, de Ligurie et de toute l'Italie prient pour que la paix soit avec vous tous. Que le Seigneur protège l'Italie et les Italiens», a-t-il ajouté, longuement applaudi.

De longs applaudissements à l'évocation des victimes

Des salves d'applaudissement ont salué la lecture, pendant les funérailles d'Etat, des prénoms des 38 morts identifiés du pont effondré et l'évocation des dernières victimes retrouvées samedi matin à Gênes, dans le nord de l'Italie.

Des applaudissements ont aussi retenti quand l'archevêque de Gênes, Angelo Bagnasco, a évoqué les efforts des pompiers et de tous les secouristes.

«L'effondrement du pont Morandi a transpercé le coeur de Gênes. La blessure est profonde», a déclaré le cardinal Bagnasco dans son sermon, en précisant avoir reçu vendredi un appel de solidarité du pape François. «Gênes ne se rend pas. L'âme de son peuple est traversée ces jours-ci de mille pensées et sentiments, mais elle continuera à lutter, comme les autres fois», a-t-il assuré, en référence à d'autres drames récents.

De nouveaux corps découverts

Les pompiers italiens qui fouillent les décombres du pont effondré à Gênes ont retrouvé dans la nuit de vendredi à samedi nouveaux corps dans une voiture écrasée par un bloc de béton, a annoncé la protection civile à l'AFP. Les secouristes n'ont pas souhaité se prononcer sur le nombre de corps, mais selon des médias italiens, il s'agit de la voiture d'une famille, un couple et une fillette de 9 ans, qui viennent s'ajouter aux 38 morts confirmés.

Le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, avait annoncé jeudi matin que le bilan provisoire avait été ramené à 38 morts, ainsi que 15 blessés. «Nous avons entendu la requête du président de la région et décrété l'état d'urgence pour 12 mois», a déclaré M. Conte devant la presse, à l'issue d'une réunion extraordinaire à Gênes du conseil des ministres.

«Nous avons débloqué, pour la mise en place des premières interventions, 5 millions d'euros du fonds d'urgence nationale», a-t-il stipulé. «C'est une première mesure du gouvernement face à cette tragédie», a commenté le président du Conseil.  «Nous proclamerons aussi une journée de deuil national, nous sommes en train de déterminer le jour pour le faire coïncider avec les funérailles des victimes», a-t-il encore annoncé. 

Révocation de la concession à la société autoroutière

La société gérant le tronçon d'autoroute de Gênes qui s'est écroulé s'est défendu de toutes négligences. La direction d'Autostrade per l'Italia (groupe Atlantia, contrôlé à 30% par la famille Benetton) a souligné dans un communiqué que le tronçon était analysé «à un rythme trimestriel en suivant les normes légales et avec des vérifications supplémentaires d'appareils hautement spécialisés». 

De plus, elle assure avoir eu recours à des organismes d'inspection mondialement reconnus pour évaluer l'état du viaduc. Le gouvernement italien a confirmé mercredi, à l'issue d'un conseil des ministres extraordinaire tenu à Gênes, qu'il entendait révoquer la concession à la société autoroutière.

Quatre Français parmi les victimes

«Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères confirme avec tristesse la présence de trois ressortissants français parmi les victimes de la catastrophe de Gênes, indique le communiqué. Nous adressons à leurs familles toutes nos condoléances.» Dans un nouveau communiqué, le Quai d'Orsay a annoncé qu'un quatrième français se trouvait parmi les victimes.

«Tous les espaces vides accessibles ont été explorés, maintenant on déplace les morceaux de débris les plus gros», a expliqué  Emanuele Gissi, un responsable des pompiers sur le site, alors que deux grandes grues ont été amenées sur le site pour ces opérations de déblaiement.

Sur son compte Twitter, le ministre de l'Intérieur italien prévient qu'il veut retrouver et punir les responsables de cette catastrophe. «Plus je pense aux morts de Gênes, plus je me mets en colère. Les responsables de cette catastrophe, avec leurs noms et prénoms, devront payer, tout payer, payer cher.» 

300 pompiers au total sont toujours en cours d'intervention sur les lieux du drame.

D'après la direction régionale des pompiers de Gênes, l'infrastructure s'est en grande partie écroulée sur des voies ferrées qu'elle surplombait. La foudre aurait touché la base d'un des piliers du pont, selon La Repubblica (en italien).

Le ministre eurosceptique, patron de la Ligue (extrême droite), a aussi évoqué les investissements nécessaires pour faire face à la vétusté générale de nombreuses infrastructures italiennes.

Des secouristes à l'oeuvre à Gênes, en Italie,  après l'effondrement d'un viaduc d'autoroute, le 14 août 2018 [ANDREA LEONI / AFP]
Des secouristes à l'oeuvre à Gênes, en Italie, après l'effondrement d'un viaduc d'autoroute, le 14 août 2018 [ANDREA LEONI / AFP]

«Il y a une bonne partie de l'Italie qui doit être mise en sécurité. S'il y a des engagements extérieurs qui nous empêchent de dépenser l'argent que nous devrons mettre pour la sécurité des écoles et des autoroutes, il faudra se poser la question de continuer à respecter ces engagements ou de mettre la sécurité des Italiens avant tout. De toute évidence, je choisis la deuxième option», a-t-il déclaré.

«Je suis avec une immense appréhension ce qui est arrivé à Gênes et qui se profile comme une immense tragédie», avait réagi le ministre des Transports et des Infrastructures, Danilo Toninelli.

Un viaduc s'effondre à Gênes [Simon MALFATTO / AFP]
Un viaduc s'effondre à Gênes [Simon MALFATTO / AFP]

Sur Twitter, les internautes s'interrogaient sur les raisons du drame.

Les premières images, diffusées par quelques médias, montraient le viaduc dans la brume avec plusieurs dizaines de mètres manquants.

Selon les informations des pompiers, déployés sur le site avec des équipes de recherches, le pont «Morandi» se serait effondré vers 12h.

L'effondrement du viaduc a effleuré les locaux d'une usine produisant de l'énergie dont l'entrée se trouve en contrebas, mais seul le parking semble avoir été touché. L'entreprise était vide à l'approche du 15 août, un jour férié, à l'exception de la présence d'une équipe de maintenance.

Sur Twitter, Emmanuel Macron a apporté son soutien aux victimes, à leur proche et au peuple italien. Il a également assuré que la France se tenait prête à apporter tout le soutien nécessaire.

La ministre des Transports, Elisabeth Borne, a également exprimé son émotion sur le réseau social.

En raison du relief très accidenté de la région de Gênes, entre mer et montagne, le parcours de l'autoroute est jalonné de longs viaducs et de tunnels.

Le pont Morandi qui s'est écroulé avait déjà essuyé des critiques dans le passé. Selon le site internet ingegneri.info, le pont d'une longueur de 1.182 mètres a été inauguré en 1967. Il a été construit entre 1963 et 1967 avec une structure mixte, en ciment armé précontraint et en ciment armé ordinaire.

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