Tensions Inde-Pakistan : les clés pour comprendre le conflit

L'escalade de la violence paraît enclenchée entre l'Inde et le Pakistan. Ce mercredi 27 février, New Delhi a annoncé avoir abattu un avion pakistanais, tandis qu'Islamabad a affirmé avoir détuit deux appareils indiens. Au centre de ce conflit, qui dure depuis plus de 70 ans, la région frontalière du Cachemire.

La partition de l'empire colonial britannique comme point de départ

En 1947, les Britanniques accordent l'indépendance aux territoires composant leur empire colonial des Indes. Face au déferlement de violence entre hindous et musulmans, c'est le choix de la partition qui est fait. Ainsi, le 15 août, naissent deux Etats : l'Inde, majoritairement hindoue, et le Pakistan, musulman.

Mais une région pose problème : le Cachemire, à la frontière entre les deux nouveaux pays. Il refuse de choisir entre l'Inde et le Pakistan, et opte pour l'indépendance, mais une guerre éclate après l'incursion de tribus venues du Pakistan. Le prince régnant, hindou, demande l'aide militaire de l'Inde pour contrer les attaques pakistanaises et accepte d'être rattaché à l'Union indienne, en dépit d'une population majoritairement musulmane.

L'ONU intervient, à la demande de l'Inde, pour faire cesser les combats. Après plusieurs mois de conflit, l'organisation internationale réussit à négocier un cessez-le-feu, qui entre en vigueur le 1er janvier 1949. Le Cachemire est divisé en deux parties : un tiers pour le Pakistan et les deux tiers restants pour l'Inde. Mais aucune frontière «officielle» n'est érigée, la ligne de cessez-le-feu jouant ce rôle. Cette issue ne met donc pas fin aux revendications territoriales sur cette région stratégique car située entre l’Inde, le Pakistan et la Chine.

Une région marquée par des flambées régulières de violences

Véritable poudrière depuis l'indépendance de l'empire britannique des Indes en 1947, le Cachemire vit régulièrement des poussées de violence depuis maintenant plus de sept décennies.

Entre août et septembre 1965, une seconde guerre indo-pakistanaise éclate dans cette région himalayenne, après l'intrusion dans la partie indienne d'un millier de partisans du Cachemire indépendant, soutenus par le Pakistan. Le conflit s'achève par une médiation soviétique et une défaite d'Islamabad.

Après une nouvelle guerre entre les deux pays en 1971, mais au sujet d'une autre région, le Pakistan oriental (qui deviendra à l'issue du conflit le Bangladesh), le Cachemire retombe dans la violence dans les années 90. D'une véritable guerre entre les deux voisins, la bataille se transforme en insurrection séparatiste dans la partie indienne, lancée fin 1989.

Malgré l'absence des forces pakistanaises dans ces hostilités, l'Inde accuse son voisin de soutenir en sous-main les infiltrations des indépendantistes et la rébellion armée. L'un des épisodes les plus meurtriers de cette période se produit en 1999. New Delhi accuse Islamabad d'avoir infiltré sa portion du Cachemire avec des combattants islamistes et des soldats pakistanais, dans le but de s'emparer du glacier du Siachen. Les combats, notamment dans la région de Kargil, font plus de mille morts des deux côtés de la ligne de contrôle.

Après plus d'une décennie relativement calme, une nouvelle flambée de violences survient dans le Cachemire indien en 2016, après la mort sous les balles indiennes d'un charismatique commandant rebelle, Burhan Wani, âgé de 23 ans. 90 personnes trouveront la mort entre juillet et septembre dans des heurts violents entre manifestants et police, et entre rebelles et soldats indiens.

Un attentat visant des militaires indiens remet le feu aux poudres

Le 14 février dernier, 41 paramilitaires indiens sont tués dans un attentat-suicide à la voiture piégée dans le Cachemire indien, où environ un demi-million de soldats indiens sont basés, ce qui en fait l'une des zones les plus militarisées du monde. Il s'agit de l'attaque la plus meurtrière contre l'armée indienne dans cette région depuis le début de l'insurrection séparatiste, en 1989. Celle-ci est immédiatement revendiquée par un groupe islamiste basé au Pakistan, Jaish-e-Mohammed.

Une nouvelle fois, l'Inde accuse le Pakistan de laisser les organisations terroristes opérer en toute liberté sur son territoire et de s'en servir comme base arrière dans son combat contre New Delhi, ce que nie en bloc Islamabad.

En réponse à cet attentat, les autorités indiennes procèdent le 26 février à une frappe aérienne «préventive» au Pakistan, visant selon les autorités indiennes le principal camp d'entraînement de Jaish-e-Mohammed. Une véritable «agression» selon Islamabad, puisque c'est la première fois que l'Inde bombarde son frère ennemi depuis la guerre de 1971.

Le point de départ de l'escalade de violences que vit depuis quelques jours la région du Cachemire, illustrée par les annonces des belligérants, qui ont tous deux déclaré ce mercredi 27 février avoir abattu des avions du camp opposé. Cette poussée de fièvre alarme la communauté internationale, qui redoute un conflit ouvert entre les Etats, détenteurs de l'arme nucléaire depuis 1998, même si les deux pays ont répété vouloir éviter «l'escalade».

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