Daesh est-il vraiment à terre ?

Le «califat» autoproclamé de Daesh a vécu ses derniers instants. Entamée en juin 2014, la longue offensive de la coalition internationale s’est en effet conclue samedi par la prise de Baghouz, dernière enclave jihadiste en Syrie.

Une victoire saluée par les dirigeants mondiaux, même s’ils veulent rester prudents. «Nous ne devons pas nous bercer d’illusions, [...] la situation reste précaire sur le terrain», a reconnu samedi Florence Parly, ministre française des Armées. Car bien que sans territoire, le groupe terroriste fait toujours planer son ombre sur la région.

une poudrière à surveiller

Si le territoire de Daesh est désormais réduit à néant, un grand nombre de ses combattants s’y étaient préparés, en entrant dans la clandestinité. Selon un rapport de l’Onu, publié en août dernier et dont les chiffres doivent désormais être revus à la hausse, jusqu’à 30 000 d’entre eux seraient ainsi disséminés dans les zones désertiques syriennes et irakiennes.

Des cellules dormantes qui «attendent le bon moment pour ressurgir», selon le général américain Paul LaCamera, commandant des forces de la coalition. En parallèle, les spécialistes craignent de voir apparaître de nouveaux jihadistes parmi la population locale. Dans une situation d’extrême pauvreté, elle deviendrait en effet un terreau fertile pour y puiser de nouveaux adeptes. «La poudrière est toujours là, les causes qui avaient permis aux terroristes de s’imposer se sont aggravées», décrit Pierre-Jean Luizard, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’islam au Moyen-Orient. «Si on ne défend pas les populations qui ont tout perdu, Daesh le fera». Et renaîtrait ainsi de ses cendres.

bientôt un problème kurde ?

En février, une note d’un responsable du Pentagone affirmait d’ailleurs que, si la pression militaire n’était pas maintenue après la victoire, l’organisation n’aurait besoin que de six à douze mois pour regagner son territoire maximal, qui correspondait, en 2015, à une étendue grande comme le Royaume-Uni.

Le maintien d’une présence armée est aussi appelé par les Kurdes, mais pour une raison différente. Les territoires qu’ils occupent au nord de la Syrie, après les avoir repris aux islamistes, sont désormais menacés, à la fois par le régime de Bachar al-Assad et par la Turquie, qui souhaitent en reprendre le contrôle. Pour éviter une escalade de la violence, qui serait désastreuse en cette période cruciale, Washington a promis de maintenir 400 soldats américains dans la zone.

une idéologie toujours présente

Vaincu en Syrie, Daesh peut néanmoins toujours s’appuyer sur plusieurs mouvances qui lui sont affiliées dans le monde. Ainsi, l’Afghanistan compte encore jusqu’à 4 000 jihadistes, qui s’entraînent dans des camps, selon l’Onu. Depuis quelques temps, l’Afrique est également devenue une base privilégiée. Des combattants ayant prêté allégeance sont actifs dans de très nombreux pays, comme au Yémen, en Libye, en Egypte, ou au Nigeria.

Dans le même temps, au sein des sociétés occidentales, le groupe islamiste continue de profiter d’Internet pour propager sa haine. Des loups solitaires peuvent ainsi encore être recrutés ou déclarer agir au nom de Daesh, avant de commettre un attentat. La France en a particulièrement été victime l’année dernière, à Trèbes et Strasbourg.

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