Brexit : vers un quatrième vote des députés sur l'accord de Theresa May ?

La définition de l'obstination. Après avoir subi vendredi 29 mars un troisième revers au Parlement britannique, Theresa May envisagerait, dans les prochains jours, de faire voter une quatrième fois les députés sur son accord de Brexit négocié avec l'UE.

Ce qui donne de l'espoir à la Première ministre, c'est que son compromis a été rejeté vendredi par seulement 58 voix d'écart, soit nettement moins que lors des deux premiers votes, le 15 janvier (230 voix) et le 12 mars (149 voix). De plus, plusieurs parlementaires très eurosceptiques, comme Boris Johnson, Jacob Rees-Mogg ou Dominic Raab, ont finalement soutenu l'accord cette fois-ci, changeant leur fusil d'épaule. «Au moins nous nous dirigeons dans la bonne direction», a ainsi déclaré un porte-parole de Theresa May après le scrutin.

Mais si la locataire du 10 Downing Street souhaite soumettre de nouveau son texte au vote, elle devra d'abord convaincre John Bercow, le speaker de la Chambre des communes. Celui qui est connu pour son tonitruants «Order !» («De l'ordre !» en français) avait en effet refusé au gouvernement, le 18 mars dernier, la tenue d'un troisième scrutin, prétextant que le Parlement ne peut pas réexaminer un texte inchangé lors d'une même session parlementaire. Theresa May avait tout de même réussi à passer outre cette règle, en présentant aux députés seulement une partie de l'accord, le traité de retrait, qui règle les questions de la frontière irlandaise ou la facture à régler par Londres, en écartant la déclaration politique sur la future relation avec l'UE.

Les députés cherchent une alternative

Anticipant un troisième échec, la dirigeante britannique a elle-même reconnu vendredi la nécessité de se mettre d'accord sur une «autre voie». Cette dernière pourrait émerger des nouveaux votes «indicatifs» prévus lundi 1er avril au Parlement sur les scénarios alternatifs à l'accord de Theresa May. Mercredi 27 mars, les députés ont échoué à rassembler une majorité sur les huit options présentées. Cette fois-ci, John Bercow devrait soumettre aux parlementaires seulement celles qui ont obtenu le plus de voix mercredi, comprenant les options impliquant une union douanière avec l'UE ou un référendum de confirmation de tout accord de divorce.

Selon les médias britanniques, si une majorité se dégage pour l'un des scénarios, Theresa May pourrait cette semaine mettre les députés face à un choix : soit ils votent son accord, soit le projet alternatif, qui pourrait impliquer une version du Brexit plus «doux», c'est-à-dire avec le maintien de liens étroits avec l'UE. Avec cette stratégie, la Première ministre espère convaincre les députés eurosceptiques d'approuver son compromis, effrayés à l'idée que leur pays reste amarré à l'UE.

Mais le temps presse pour Theresa May, car si aucune solution n'est trouvée d'ici au 12 avril, le Royaume-Uni sortira de l'Union sans accord, une hypothèse appelée «no deal» et dont les conséquences sont redoutées à Londres comme à Bruxelles. Une autre possibilité est cependant toujours ouverte, qui consisterait en une longue extension du Brexit, au moins jusqu'à fin 2019 selon la Commission européenne. Mais un tel report devrait être approuvé à l'unanimité par les 27 Etats européens et impliquerait que le Royaume-Uni participe aux élections européennes fin mai, ce qu'a exclu à maintes reprises Theresa May, qui agite de son côté la menace d'élections générales anticipées.

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