Y a-t-il encore des génocides aujourd'hui dans le monde ?

Une série de crânes alignés au musée du mémorial du génocide à Kigali. Une série de crânes alignés au musée du mémorial du génocide à Kigali.[Jacques NKINZINGABO / AFP]

Alors que le Rwanda commémore le 7 avril, pour la 25e fois, le génocide qui a touché le pays en 1994, faisant au moins 800.000 morts, le mot d'ordre est : «plus jamais ça». Un slogan qui revient à chaque journée du souvenir, que ce soit pour le génocide rwandais ou encore la Shoah. Malgré cela, plusieurs minorités ethniques ou religieuses sont ou ont été menacées de génocide ces dernières années.

Les Tutsis au Burundi

Les conflits opposant les ethnies Tutsis aux Hutus ne sont pas concentrés uniquement au Rwanda. Depuis 2015, et la réélection du président Pierre Nkurunziza, des centaines de morts ont été recensées dans le pays, et plus de 300 000 habitants ont fui dans les pays voisins (Ouganda, RDC, Rwanda et Tanzanie), en majorité des Tutsis. Le président du pays est accusé par des experts de l'ONU d'appeler à la haine de manière récurrente contre cette minorité. La Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH) assure donc qu'il y a un «grand danger de génocide». À savoir que, selon la définition de la convention des Nations unies de 1948, ce mot définit les actes «commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux». Un terme qui n'est pas employé «à la légère à la FIDH. La dernière fois, c'était en 1993 (pour le Rwanda, ndlr)», assurait Florent Geel lors d'une conférence de presse en 2016. C'est d'ailleurs à cette occasion que l'ONG avait diffusé une fausse bande-annonce de blockbuster, mettant en scène un génocide dans le pays avec la mention «le film qui ne doit pas sortir».

Les Rohingyas en Birmanie

Les risques de génocide sont régulièrement mis en avant par les ONG et les institutions internationales. En revanche, il est rare que ce terme soit utilisé directement pour caractériser des crimes commis à différents endroits. Soit car les informations manquent, car les Nations Unies restent prudentes, ou tout simplement parce que les critères ne sont pas suffisant. Ce ne fut pas le cas pour les exactions commises en Birmanie contre les Rohingyas. Cette communauté musulmane a été forcée à un exode massif vers le Bangladesh alors que l'armée birmane a massacré près de 10 000 personnes en moins d'un an. Les autorités ont expliqué que tout ceci était orchestré pour des raisons sécuritaires. Alors, devant ces atrocités, un rapport de l'ONU a affirmé en septembre 2018 que «l'armée birmane doit subir une enquête et être poursuivie devant un tribunal international pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre».

Les Yazidis en Irak

Depuis l'instauration du califat de Daesh en Syrie et en Irak, plusieurs populations ont eu à souffrir de la violence des jihadistes. Les Yazidis ont été l'une des cibles privilégiées des terroristes. Cette communauté kurdophone vivait en grande majorité dans la ville de Sinjar, dans le nord de l'Irak. Mais depuis 2014, entre 1 500 et 3000  Yazidis sont morts selon les estimations, victimes d'exécutions de masse pour la plupart, alors que plus du double seront kidnappés, en particulier des femmes qui serviront d'esclaves sexuelles. Une bonne partie des 320 000 membres de cette communauté habitant Sinjar sont devenus des réfugiés, s'exilant hors du pays, ou dans des camps loin de Daesh dans le Kurdistan irakien. 

Les Banunu en RDC

Selon les rapports, le nombre de morts oscille entre au moins 535, et au moins 890. Au mois de décembre 2018, un conflit entre les communautés Batende et Banunu éclate en République Démocratique du Congo. Les derniers enterrent alors un chef coutumier en terre Batende. En représailles, des attaques, qualifiées de crimes contre l'humanité par l'ONU, ont été entreprises contre les Banunu. Outre les morts, près d'un millier de bâtiments ont été détruits, dont des écoles et des églises. Une enquête de l'ONU a établi que les attaques étaient préméditées. Ce massacre n'a donc pas été qualifié de génocide par les Nations unies, mais certains observateurs les accusent d'excès de prudence. C'est par exemple le cas de Jean-Mobert Nsenga, activiste congolais et chercheur à Amnesty International, qui déclarait en mars à RFI que : «les faits, tels que décrits dans ce rapport, pourraient plutôt constituer un crime de génocide. En cela qu’il y a eu, d’après les enquêteurs, intention de détruire la communauté Banunu en tant que telle. C’était prémédité et systématique. Il y a eu les meurtres, les destructions de maisons, entre autres, dans l’intention de détruire tout ou partie de cette communauté. C’est ça qui fait toute la différence avec les crimes contre l’humanité.» 

Des risques partout dans le monde

En 2015, le musée du mémorial de l'Holocauste américain a lancé un projet, nommé Early Warning. Il s'agit d'une étude annuelle estimant les risques de génocides dans tous les pays du monde, afin d'éviter qu'ils surviennent. Pour calculer les risques, ils prennent en compte une série de facteurs, comme celui d'un coup d'État dans les cinq dernières années, la fracture ethnique, les différentes libertés (Religion, politique...).capture_decran_2019-04-07_a_13.49.15.png

Carte des risques de génocide dans le monde en 2018-2019. En haché, les pays qui connaissent actuellement des tueries de masse. Source : Simon-Skjodt Center for the Prevention of Genocide.

Les pays qui présentent le plus grand risque de génocide sont actuellement la République Démocratique du Congo, l'Afghanistan en raison de la guerre civile avec les talibans, et l'Égypte. Des informations à prendre avec attention, quand on sait que le projet annonçait en 2015 un risque de génocide en Birmanie contre les Rohingyas. 

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