Isabelle Autissier, présidente du WWF France : «On ne peut pas survivre sur une planète qui serait un désert»

Pour Isabelle Autissier, l'une des solutions pour enrayer la perte de biodiversité serait d'interdire l'utilisation des pesticides. Pour Isabelle Autissier, l'une des solutions pour enrayer la perte de biodiversité serait d'interdire l'utilisation des pesticides. [Capture d'écran Vimeo - L'Atelier Transmedia]

Une nouvelle alerte pour la planète. Environ un million d'espèces sont menacées d'extinction, d'après un rapport sans précédent publié ce lundi 6 mai par l'IPBES, un groupe d'experts de l'ONU. Une étude capitale selon Isabelle Autissier, présidente du WWF France, car elle permet de mettre un coup de projecteur sur la biodiversité, souvent oubliée au profit du réchauffement climatique.

En quoi ce rapport sur la biodiversité est-il novateur ?

Il n'est pas très nouveau pour les associations de protection de la nature comme le WWF, puisque cela fait des années que nous alertons sur la perte de biodiversité. Par contre, il est assez inédit pour tout-un-chacun, qui ne se rendait peut-être pas compte de l'ampleur et de la gravité de ce phénomène.

Il touche en effet tous les espaces : marins, terrestres... L'IPBES parle d'un million d'espèces à risque sur les quelque huit millions qu'il y a sur cette planète. C'est alarmant, car chaque espèce permet d'en alimenter une autre. On a une chaîne qui est en train de se rompre.

Pourquoi la biodiversité est-elle essentielle pour l’Homme ?

Si vous respirez aujourd'hui, c'est parce qu'il y a du plancton et des arbres qui vous fournissent de l'oxygène. Si vous buvez de l'eau pur, c'est parce qu'il y a des organismes qui épurent les eaux à travers le sol. Si vous mangez, c'est parce qu'il y a des insectes et des oiseaux qui pollinisent les plantes. A tous les coins de rue, la biodiversité supporte la vie. On n'existe pas sans elle. On ne peut pas survivre sur une planète qui serait un désert.

Pourtant cette biodiversité paraît souvent oubliée...

Elle est le deuxième grand challenge de nos sociétés humaines aujourd'hui, avec le climat. Jusqu'à maintenant, elle était un peu le parent pauvre. Ce rapport va permettre de porter ce sujet au niveau international et des gouvernements, tout comme le grand sommet prévu l'année prochaine en Chine. Ce dernier doit être à peu près l'équivalent pour la biodiversité de la COP21 sur le climat à Paris en 2015.

Quel est le lien entre réchauffement climatique et perte de biodiversité ?

Par exemple, lorsque l'on coupe des arbres, c'est une atteinte à la biodiversité, mais aussi au climat, car la forêt aide à capturer les gaz à effet de serre. De même pour l'eau de mer. C'est le plancton qui fournit l'oxygène et, si sa quantité se réduit, la fourniture d'oxygène diminue. A l'inverse, le réchauffement climatique menace les espèces, car il modifie leurs milieux de vie.

Quelles sont les autres causes de disparition de la biodiversité ?

Aujourd'hui, ce qui affecte le plus la biodiversité, ce sont les méthodes d'agriculture industrielle, avec la déforestation, la surpêche, et l'utilisation des pesticides. En effet, celles-ci détruisent les habitats naturels des espèces.

Ce rapport peut-il provoquer une prise de conscience ?

Il s'agit du premier grand rapport de l'IPBES, qui est une organisation beaucoup plus jeune que le GIEC pour le climat. C'est la première fois que tous les scientifiques mondiaux qui s'intéressent à ces questions sont d'accord et produisent ensemble une étude. Cele devrait faire réagir les décideurs de manière importante.

Quelles solutions sont possibles pour enrayer ce fléau ?

L'une des solutions serait d'arrêter d'utiliser des pesticides. Certains endroits dans le monde le font, comme l'Etat de Sikkim en Inde, et cela marche très bien. On peut très bien utiliser la biodiversité pour les cultures. Les oiseaux consomment en effet énormément d'insectes, et aident donc à lutter contre les maladies des plantes. Mais si on tue tous les insectes, les oiseaux meurent de faim. Et s'il n'y a plus d'oiseaux, on est obligé d'utiliser encore plus de pesticides. On est dans un circuit nocif, mais on peut faire autrement.

Cela nécessite un véritable changement de mentalité et de modèle...

Pas tant que cela. Les pesticides sont une innovation qui a seulement quelques dizaines d'années, car elle est née après la Seconde Guerre mondiale à peu près. Aujourd'hui, il y a des modèles extrêmement précis et sérieux, qui montrent que, en utilisant seulement de l'agroécologie au niveau européen, on nourrirait mieux les humains, tandis que l'agriculture européenne continuerait à pouvoir exporter.

Les Etats sont-ils prêts ?

Visiblement pour l'instant non. On espère que ce rapport va les réveiller. Il y a des petites choses qui se font, mais les réponses ne sont pas à la hauteur des enjeux. Les Etats ont pourtant un rôle important à jouer, car ils sont prescripteurs et ont entre les mains la loi et l'argument fiscal. Ils peuvent encourager ou décourager la transition écologique avec leur politique.

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