Pourquoi l’ONU est-elle à ce point endettée ?

Face à une importante crise financière, le secrétaire général de l'ONU avait pensé à vendre sa résidence. [Fabrice COFFRINI / AFP]

Une déclaration suprenante du secrétaire général de l'ONU, ce mardi, a relancé le débat sur le financement de l'organisation internationale. Antonio Guterres a en effet confié à des diplomates qu'il avait sérieusement envisagé de vendre sa résidence pour aider l'organisation à surmonter sa grave crise budgétaire.

«La première chose que j'ai faite quand je suis arrivé est de demander si je pouvais vendre la résidence» : cette confession du secrétaire général de l'ONU, nommé il y a maitenant deux ans à son poste, peut paraître insolite. Mais, dans le fond, ce n'est pas la première fois que le budget de l'organisation revient sur le devant de l'actualité.  

Le diplomate portugais tire la sonnette d'alarme depuis plusieurs mois déjà : «La situation financière en 2018 a été la pire dans l’histoire récente de l’organisation et devrait encore continuer de se détériorer en 2019», indiquait en mai le Secrétaire général dans son dernier rapport. Face à un fonctionnement administratif et budgétaire insidieux, l'ONU se trouve dans une énième crise financière. 

LES ETATS NE RÈGLENT PAS (OU PLUS) LEUR CONTRIBUTION

Le budget de l'ONU se décompose en deux parties : d'une part, les dépenses de fonctionnement, adoptées par l’Assemblée générale de l'organisation pour une période de deux ans, équivaut à 2,7 milliards d'euros par an : un budget plutôt restreint pour une telle organisation, qui permet seulement de financer les 10 000 fonctionnaires ainsi que son fonctionnement administratif quotidien. 

D'autre part, les fonds dédiés aux opérations de paix sont décidés tous les ans au mois de juin. Ce deuxième volet, qui comprend notamment le financement de la quinzaine de missions des 100 000 casques bleus, s'élève pour l'année à 6,7 milliards de dollars. Ce budget est constitué par les contributions des 193 pays, chaque quote-part étant fixé en fonction de la capacité de paiement du pays, son revenu national brut et la taille de sa population. 

De ce fait, les États-Unis représentent logiquement le premier contributeur, mais ont pour habitude, du fait de leur calendrier budgétaire, de réglent tardivement la facture. Les autres Etats réglent suivent également l'exemple : Au 30 avril 2019, les contributions non acquittées s’élevaient à 1,7 milliard de dollars pour le budget ordinaire, soit 146 millions de dollars de plus que l'année précédent. 

A l'autre bout de la hiérarchie mondiale, certains Etats aux budgets nationaux déjà limités sont régulièrement dans l'impossibilité de régler leurs contributions à l'instar des Comores, Sao Tomé-et-Principe ou la Somalie. Mais les arriérés de paiement de ces petits pays représentent peu face à ceux du premier contributeur.

Le chantage du plus riche

Ce sont en effet les Etats-Unis, Etat le plus riche du monde, qui accusent les dettes les plus lourdes : selon le dernier compte-rendu de la commission, Washington doit plus de 2,1 milliards de dollars à l’ONU.

Rien à voir avec d'imaginaires difficultés du trésor américain : «C'est une posture politique, rappelle Alexandra Novosseloff, consultante en géopolitique et chercheure associée à Paris 2. On parle quand même de sommes ridiculement basses, c'est des centimes pour eux, c'est de l'argent de poche pour un pays comme les Etats-Unis»

Pour contester la quote-part qui lui est demandée ou faire pression pour influer sur les réformes et résolutions adoptés par l'Assemblée générale, les Etats-Unis retiennent donc leur paiement. D'autant plus, depuis l'arrivée de Donald Trump, à l'opposé du multilatéralisme prôné par l'ONU. 

L'effet boule de neige

Dans le cadre du deuxième budget, les Etats contributeurs aux opérations de maintien de la paix, c'est-à-dire qui mettent eux-mêmes à disposition des troupes dans les garnisons des casques bleus sont remboursés par l'organisation, en fonction du nombre d'hommes envoyés et de la durée de leurs missions. Or, du fait d'une trésorerie qui ne cesse de se dégrader, ces remboursements sont de plus en plus différés. 

«Ce qui n'est pas perçu comme problématique pour un Etat développé peut l'être pour des pays en développement, avec des budgets très faibles», constate la chercheuse en relations internationales. A l'instar de pays pourvoyeurs d'hommes, comme l'Ethiopie, l'Inde ou le Bangladesh, de plus en plus d'Etat tapent du pied. «Le risque c'est que des pays, parce qu'ils ne sont pas remboursés des frais militaires, ne contribuent plus du tout».

Comme le rappelle la chercheuse, les difficultés financières actuelles de l'ONU restent cycliques. Depuis sa création en 1945, l'ONU a déjà dû faire face à d'importantes crises financières en 1986 ou 1995. «La dernière crise avait été créée par l'administration Bush, rappelle Alexandra Novosseloff, mais dès que la guerre du Golfe a éclaté, et qu'ils ont eu besoin de l'ONU, ils ont vite réglé leur contribution».

Un signe que Washington ne reste pas aussi opposé au multilatéralisme.  De toute façon, Antonio Guterres a rapidement découvert que les accords conclus entre l'ONU et les Etats-Unis, hôtes de l'organisation, ne lui donnaient pas la possibilité de céder sa résidence pour renfloue les caisses. 

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