Guerre commerciale : Etats-Unis et Chine signent un accord en forme de cessez-le-feu

Cet accord, qui clôt la «phase 1» des négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, sera signé ce mercredi à Washington par Donald Trump et le vice-Premier ministre chinois Liu He. Cet accord, qui clôt la «phase 1» des négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, sera signé ce mercredi à Washington par Donald Trump et le vice-Premier ministre chinois Liu He.

Une trêve, mais pas encore la paix. Les Etats-Unis et la Chine doivent signer ce mercredi 15 janvier à Washington un accord commercial, qui doit permettre de mettre en veille le guerre commerciale opposant les deux puissances depuis près de deux ans. Malgré le triomphalisme de Donald Trump, il ne s'agit que d'un premier compromis, loin de régler tous les sujets et ne clôturant pas définitivement le conflit.

«C'est un accord fantastique pour tout le monde. Merci !», avait tweeté Donald Trump mi-décembre, après l'annonce de la conclusion d'un accord préliminaire entre Washington et Pékin. Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin en a rajouté une couche sur Fox News dimanche, assurant qu'il s'agissait d' «un accord historique». Le tout sans en dévoiler le contenu. Le texte sera en effet rendu public dans son intégralité seulement mercredi, lors de la signature du document par Donald Trump et le vice-Premier ministre chinois Liu He.

Malgré tout, on en connaît déjà les grandes lignes. Selon Washington, Pékin s'est engagé notamment à acheter pour 200 milliards de dollars (180 milliards d'euros) de produits américains sur deux ans, dont 40 à 50 milliards (entre 36 et 14 milliards) de biens agricoles. Une façon de réduire son excédent commercial avec les Etats-Unis - l'une des principales revendications de Donald Trump -, qui a déjà chuté de 8,5 % en 2019 sous l'effet des droits de douane supplémentaires imposés aux produits chinois importés. L'accord prévoit également que Pékin protège davantage la propriété intellectuelle des entreprises américaines et qu'elle mette fin aux transferts de technologies forcés vers les firmes chinoises.

Des problématiques de fond en suspens

En échange, l'administration Trump a renoncé à imposer de nouvelles taxes douanières punitives à la Chine, et diminué de moitié celles imposés le 1er septembre dernier, sur 120 milliards de dollars (108 milliards d'euros) de biens chinois, qui vont passer de 15 % à 7,5 %. Prévue pour entrer en vigueur mi-décembre, la salve de droits de douane de 15 % sur quelque 160 milliards (144 milliards d'euros) de produits chinois a par ailleurs été annulée par Donald Trump. En revanche, les taxes de 25 %, portant sur 250 milliards de dollars de marchandises chinoises, resteront en place.

Une illustration du fait que le conflit entre Washington et Pékin est loin d'être terminé. En effet, l'accord signé mercredi ne met fin qu'à la «phase 1» des négociations, et ouvre la «phase 2» des discussions, qui pourrait être encore plus délicate. Devraient en effet être abordées durant celle-ci - qui pourrait s'achever après l'élection présidentielle de novembre 2020 selon Donald Trump - les divergences de fond entre les deux pays, non abordées dans l'accord préliminaire, telles que les énormes subventions accordées par l'Etat chinois à ses entreprises, que Washington veut voir réduire. Dans ce combat, le pays peut compter sur le soutien de l'UE et du Japon. Les trois puissances ont en effet adopté mardi une déclaration commune, demandant à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) de restreindre davantage les subventions dont bénéficient certaines entreprises, visant sans la nommer la Chine.

L'accord signé mercredi ne règle donc pas tous les sujets de désaccord entre les Etats-Unis et la Chine. Pire, selon les experts, son contenu n'est pas aussi exceptionnel que le laisse penser l'éloge de Donald Trump. «Au-delà du fait que l'accord manque de substance et ne comporte qu'une diminution des tarifs douaniers mineure - puisque les droits de douane demeurent sur les deux tiers des importations en provenance de Chine -, l'impact macroéconomique de l'accord est négligeable», ont ainsi résumé dans une note Lydia Boussour et Gregory Daco, deux économistes d'Oxford Economics.

Une victoire politique pour Donald Trump

Le résultat paraît d'autant plus modeste qu'il intervient «après d'importants dommages économiques», abonde Edward Alden, expert en politique commerciale au Council on Foreign Relations, un think-tank américain, cité par l'AFP. En effet, l'escalade des taxes douanières entre les Etats-Unis et la Chine a fait souffrir les économies des deux puissances. Côté américain, ce sont les agriculteurs qui ont été frappés les plus brutalement, obligeant l'administration Trump à débloquer 28 milliards de dollars (25 milliards d'euros) entre 2018 et 2019. Quant à la Chine, sa croissance a été plombée par la guerre commerciale avec Washington. Selon des experts, le pays pourrait ainsi annoncer vendredi son plus faible taux de croissance annuelle depuis 1990 (6,1 %, contre 6,6 % en 2018).

Malgré l'impact non négligeable qu'aura eu cette guerre commerciale sur l'économie américaine, et un accord loin d'être parfait, cet épisode aura été bénéfique pour Donald Trump. Le locataire de la Maison Blanche, en course pour sa réélection lors de la présidentielle du 3 novembre prochain, peut en effet se targuer d'avoir été «tenace» avec la Chine, estime Edward Alden à l'AFP. «Techniquement, il a obtenu un accord» qu'il avait promis à ses électeurs en 2016, souligne-t-il. De plus, ce compromis devrait calmer les marchés financiers, qui, ces deux dernières années, ont subi des soubresauts au gré des menaces, des vagues de tarifs douaniers ou au contraire des gestes d'apaisement. Ce qui est tout bon pour Donald Trump, qui mise beaucoup sur la bonne santé de l'économie américaine pour convaincre les Américains de voter de nouveau pour lui, afin de «préserver la grandeur de l'Amérique» («Keep america great» en version originale), son slogan de campagne.

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