Longtemps pointé du doigt pour son nationalisme hindou et le non-respect des droits de l’Homme dans son pays, le Premier ministre indien Narendra Modi, qui a remporté ce mardi sa troisième victoire électorale, est petit à petit devenu un acteur incontournable sur la scène internationale, leader du Sud global et partenaire de nombreux pays occidentaux.
Une victoire plus que symbolique. Après avoir notablement renforcé l'influence diplomatique de l'Inde en dix ans au pouvoir, le Premier ministre nationaliste hindou Narendra Modi entend au cours de son troisième mandat faire de son pays une star du Sud global. Le dirigeant s'est ainsi positionné comme l'un des principaux porte-paroles de ce groupe peu structuré, et cinq années supplémentaires à la tête du pays le plus peuplé du monde devraient l'aider à figurer parmi les leaders les plus puissants de la planète, malgré une majorité parlementaire réduite à l'issue des législatives.
Narendra Modi vanté sur la scène internationale
Régulièrement accusé par les défenseurs des droits et l'opposition d'instrumentaliser la justice et d'intimider les médias à des fins politiques, déclaré persona non grata aux Etats-Unis et au Royaume-Uni après la répression sanglante d’émeutes en 2002, et ostracisé en France pour sa politique nationaliste, Narendra Modi a été, à mesure du développement de son pays, reconsidéré sur la scène internationale au point d’en devenir un acteur majeur, malgré les grosses accusations qui pèsent sur sa personne et son gouvernement.
En effet, mis au ban lors de la dernière décennie par de nombreux pays occidentaux, ces derniers se bousculent désormais pour vanter les mérites de leur nouvel allié. Vladimir Poutine l’a ainsi considéré comme un «partenaire privilégié» pour la Russie, tandis que Joe Biden, qui l'a convié à s'exprimer devant le Congrès à Washington, a estimé avoir des «valeurs communes» avec Narendra Modi. Même Emmanuel Macron a fait du Premier ministre indien un invité d’honneur au défilé militaire du 14 juillet 2023, lui remettant la plus haute distinction nationale pour «l’excellente relation d'amitié et de confiance qui unit la France et l'Inde».
Narendra Modi, âgé de 73 ans, lui a d’ailleurs rendu la politesse en le recevant avec faste pour la fête de la Constitution en janvier dernier, quatre mois après avoir accueilli le gotha mondial à l'occasion du G20 de New Delhi. Un parcours aux allures de revanche pour ce fils d'un simple vendeur de thé, aux origines modestes, arrivé au pouvoir avec son parti Bharatiya Janata (BJP) en 2014, qui tient d’une main de fer sa ligne suprématiste hindoue, la religion majoritaire dans son pays d'1,4 milliard d'habitants, au détriment notamment de la minorité musulmane.
Une nouvelle Inde
Cette nouvelle place de choix dans les relations diplomatiques avec les Occidentaux ne s'est pas faite par hasard. Cette «nouvelle Inde» à l'économie modernisée et numérique est vue comme un contrepoids à la Chine et connaît la croissance la plus soutenue des grandes économies, 5e mondiale aujourd’hui, dépassant l'ancienne puissance coloniale britannique et devenant un client de choix pour les exportations d'armes, de pétrole et d'avions. Par ailleurs, Narendra Modi a promis de faire de l'Inde une des «trois principales économies du monde» d'ici à 2027 et de «lancer un assaut final et décisif contre la pauvreté».
Autre cheval de bataille : l'adoption d'un code civil unique, visant à uniformiser les lois sur des sujets comme le mariage, le divorce et l'héritage pour les diverses religions et croyances. Présenté comme un gage de modernité et d'égalité des sexes, ce projet est perçu par de nombreuses communautés, en particulier les quelque 210 millions de musulmans, comme une attaque contre leurs règles religieuses et leur identité. Narendra Modi juge que sa politique permet à l'Inde d'enfin assumer pleinement son statut de puissance majeure, après des siècles d'asservissement aux moghols musulmans puis à l'empire britannique.
Par ailleurs, Narendra Modi a su profiter de la présidence indienne du G20 en 2023 pour redorer son blason à l'étranger. Il espère aussi capitaliser sur la Coupe du monde de cricket organisée l'an dernier par son pays pour décrocher l’organisation des Jeux olympiques d'été 2036.
Des nouveaux partenariats
Dès lors, cette nouvelle Inde a changé de dimension sur la scène internationale, profitant de cette place de poids pour nouer de juteux partenariats économiques et militaires, et ce malgré l'inquiétude des défenseurs des droits qui dénoncent un autoritarisme croissant et un recul des libertés. Désormais, l’Inde fait ainsi partie, avec les Etats-Unis, le Japon et l'Australie, du Quad, une alliance militaire informelle créée en réponse aux ambitions croissantes de la Chine dans la région Asie-Pacifique.
En février dernier, les Etats-Unis ont approuvé la vente de drones de haute technologie pour 4 milliards de dollars à l'Inde, qui modernise sa défense face à la puissance des forces armées chinoises. L'Inde se rapproche aussi des pays européens, notamment de la France avec qui elle négocie de nouveaux contrats de défense de plusieurs milliards d'euros, dont des avions de chasse Rafale et des sous-marins Scorpène.
Même constat avec la Russie avec qui l’Inde entretient de bonnes relations depuis la guerre froide. Le pays de Vladimir Poutine reste de loin son plus grand fournisseur d'armes. L'Inde, qui a évité de condamner explicitement la Russie pour son invasion de l'Ukraine et s'est abstenue lors des votes de résolutions à l'ONU visant Moscou, est également devenue un des principaux débouchés pour le pétrole vendu à prix réduit par la Russie. Narendra Modi a même félicité en mars Vladimir Poutine pour sa réélection et s'est déclaré impatient d'accentuer leur relation «spéciale».
Leader du Sud Global
Mais surtout, l’Inde est désormais considérée comme un leader du Sud global. Alors que Narendra Modi a qualifié cette semaine New Delhi de «voix forte et importante du Sud», il a profité du sommet du G20 l’an dernier pour accueillir dans ses rangs l'Union africaine (UA), un signal fort pour l'Afrique qui a contribué à consolider la position du pays comme acteur principal du Sud global. L'Inde est aussi l'un des membres fondateurs des Brics, organisation représentant les puissances émergentes, avec notamment le Brésil, la Russie, la Chine et l'Afrique du Sud.
Même du côté du Pakistan, rival historique de l’Inde en raison de leur revendication territoriale commune du Cachemire, une région de l’Himalaya qui a été la cause de deux des trois guerres entre les deux pays, les relations tendent vers l’apaisement. En mars dernier, Narendra Modi a même félicité son homologue pakistanais Shehbaz Sharif pour son retour au pouvoir, ce qui a été interprété comme un geste de bonne volonté et ravivé l'espoir d'un dégel entre ces pays tous deux dotés de l'arme nucléaire.
![Narendra Modi est le Premier ministre de l'Inde depuis 2014. [© Adnan Abidi/REUTERS]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/2024-05-30t060823z_2081579469_rc2pv7arkfbc_rtrmadp_3_india-election-modi-profile-taille1200_665b5a28d1aa3.jpg?itok=wcMi7bQL)