Dix ans de prison ferme ont été requis contre l'auteur franco-algérien Boualem Sansal, devant la Cour d’appel d'Alger, ce mardi 24 juin, pour avoir affirmé que l'Algérie avait hérité, sous la colonisation française, de territoires auparavant marocains.
Un nouveau coup dur. La Cour d'appel d'Alger a requis une peine de 10 ans de prison ferme contre l'écrivain Boualem Sansal ce mardi 24 juin. Cette annonce intervient deux mois après sa condamnation en première instance à cinq ans de prison ferme et à une amende de 500.000 dinars (environ 3.500 euros), pour atteinte à l'intégrité du territoire national algérien.
L'écrivain franco-algérien de 80 ans a appris cette réquisition après un procès expéditif de moins de 15 minutes. Le Parquet «réclame 10 ans de prison et un million de dinars d'amende (6.600 euros)», a expliqué le procureur général de la Cour d'appel, qui rendra son verdict mardi 1er juillet.
Incarcéré depuis novembre 2024, l'intellectuel de 80 ans est poursuivi pour des propos tenus en octobre dernier auprès du média français Frontières, réputé d'extrême droite, où il a repris la position selon laquelle la colonisation française aurait amputé le Maroc de territoires annexés par l'Algérie.
Le premier procès, qui s'était tenu sans annonce préalable, avait surpris par la requalification des faits décidée par le juge d'instruction, conduisant l'accusé à comparaître devant un tribunal correctionnel plutôt qu'une cour criminelle. En outre, l'audience avait été également très brève, une vingtaine de minutes selon le journal arabophone Chorrouk présent sur place.
Boualem Sansal, atteint d'un cancer de la prostate, nie l'ensemble des accusations, notamment celles d'«atteinte à l'unité nationale, outrage à corps constitué, pratiques de nature à nuire à l'économie nationale et détention de vidéos et de publications menaçant la sécurité et la stabilité du pays».
La France plaide la clémence
«Une détention cruelle, vingt minutes d'audience, une défense inexistante, et au final, cinq ans de prison pour un écrivain innocent : une sentence qui trahit le sens même du mot justice. Son âge et son état de santé rendent chaque jour d'incarcération plus inhumain encore. J'en appelle au président algérien : la justice a failli, qu'au moins l'humanité prévale», avait dénoncé son avocat François Zimeray.
Cette affaire a suscité une vague de solidarité nationale, dans un contexte de crise diplomatique inédite avec l'État algérien, marquée par des expulsions mutuelles de fonctionnaires, le rappel des ambassadeurs respectifs et les restrictions aux détenteurs de visas diplomatiques.
Les relations entre les deux nations se sont fortement dégradées depuis que le président Emmanuel Macron a reconnu un plan d'autonomie sous souveraineté marocaine pour le Sahara occidental – un territoire dont le statut reste indéfini selon l'ONU – en juillet dernier.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a exprimé son inquiétude concernant l'état de santé de Boualem Sansal, rappelant que Paris espérait toujours un «geste d’humanité» de la part des autorités algériennes. «Je suis très préoccupé par son état de santé. C'est un homme qui est âgé et qui est fragilisé», a-t-il souligné à l'antenne de la radio France Inter en mai dernier.
À ce jour, les nombreuses demandes de libération ou de grâce présidentielle, y compris celles émises par au chef d'État français, sont restées sans réponse du gouvernement algérien.