Le 6 août 1945, il y a 80 ans jour pour jour, la bombe nucléaire «Little Boy» était largué sur Hiroshima, située au sud-ouest du Japon, par les forces armées américaines. En une fraction de seconde, l'explosion atomique a provoqué la mort de 75.000 personnes. Retour sur un événement qui a marqué l'histoire de l'humanité.
Le premier emploi d'une arme de destruction massive lors d'un conflit. Au mois d'août 1945, la Seconde Guerre mondiale est à son crépuscule. Depuis la capitulation de l'Allemagne nazie, entrée en vigueur le 8 mai de cette année-là, les combats ont cessé en Europe.
Les forces alliées ont alors concentré leurs efforts sur le Japon, bombardant sans relâche les grandes villes et les infrastructures militaires du pays. Par exemple, en deux nuits, les 24 et 25 mai, plus de 1.000 bombardiers ont rasé la moitié de la superficie de Tokyo, causant des centaines de milliers de morts.
Les Alliés adressent un ultimatum au Japon impérial
Face à la résistance japonaise, les puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale réunies à la Conférence de Potsdam, en Allemagne occupée, ont lancé un ultimatum aux dirigeants nippons le 26 juillet : le Japon doit capituler sans conditions, sous peine de destruction totale. Une éventualité rejetée d'un revers de main par le Premier ministre Kantaro Suzuki le 28 juillet.
Mais ce que le monde ignorait, c'est que le président américain Harry S. Truman avait un atout précieux dans sa manche : la bombe atomique. La veille de la Conférence de Potsdam, les forces armées américaines ont en effet réussi le premier essai nucléaire de l'Histoire le 16 juillet.
Il y a 80 ans jour pour jour, le 16 juillet 1945, a lieu au Nouveau-Mexique « Trinity », le premier essai nucléaire de l’histoire. Sur cette photo, prise la veille de l’explosion, le physicien Norris Bradbury pose au sommet d’une tour, devant la bombe au plutonium « Gadget ». pic.twitter.com/OmOW4kIlmq
— Michaël Mangeon (@Mangeon4) July 16, 2025
Dénommé Trinity, il est l'aboutissement du projet Manhattan, mené dans le plus grand secret au Nouveau-Mexique depuis août 1942 et dirigé par le physicien Robert Oppenheimer. Face au refus du gouvernement japonais de déposer les armes, Harry S. Truman a donc autorisé les bombardements atomiques du Japon.
«Enola Gay», le premier vecteur de l'arme atomique
Le 6 août 1945, à 2h45 du matin, un bombardier B-29 commandé par le colonel Paul Tibbets a décollé de l'aérodrome de Tinian, situé dans l'archipel des Mariannes, après plusieurs jours de préparatifs. À bord de l'appareil baptisé «Enola Gay», du nom de la mère du pilote, se trouvait la bombe «Little Boy».

Longue d'environ 3 mètres et d'un poids avoisinant les 4,5 tonnes, elle contenait 64kg d'uranium 235, un élément radioactif capable de générer une explosion sans précédent : environ 15 kilotonnes, soit l'équivalent de 15.000 tonnes de TNT.
Après plusieurs heures de vol, l'avion de reconnaissance «Straight Flush», qui précédait «Enola Gay», a confirmé la cible du bombardement, la ville de Hiroshima, soigneusement choisie par l'état-major. La métropole de plus de 250.000 habitants, qui abritait un centre de commandement de l'armée, avait été épargné par les attaques jusqu'à maintenant, permettant ainsi de mieux évaluer les dégâts de cette nouvelle arme.
Plus de 70.000 morts en une fraction de secondes
Larguée peu après 8h15, «Little Boy» a explosé à 8h16, après 43 secondes de chute libre, à 580 mètres d'altitude. En une fraction de seconde, un flash lumineux a aveuglé la ville, avant qu'une énorme bulle de gaz incandescent d'approximativement 400 mètres de diamètre apparaisse.
En dessous, la température a atteint brièvement plus de 4.000 °C. Tout est littéralement vaporisé, bâtiment et habitants compris, dans un rayon de 500 mètres. Des incendies d'une violence extrême se sont soudainement déclenchés jusqu'à 3,5 kilomètres de l'épicentre de la détonation. Quelques secondes plus tard, une onde de choc avec des vents de 300 à 800 km/h a tout soufflé sur son passage.

62.000 bâtiments, sur les 80.000 que comptaient la ville, sont entièrement détruits. Plus de 70.000 personnes ont perdu la vie dans les instants qui ont suivi l'explosion, dont près de 15.000 complètement désintégrées.
«Mon Dieu, qu'avons-nous fait ?»
Un champignon atomique, composé de poussières radioactives et de débris aspirés par les courants d'air chauds ascendants, s'est formé jusqu'à 18 kilomètres d'altitude. «Mon Dieu, qu'avons-nous fait ?», s'est questionné Bob Lewis, le copilote de l'«Enola Gay».
Pendant plusieurs jours, des dizaines de milliers d'habitants de Hiroshima ont souffert d'atroces blessures, notamment des brûlures causées par la chaleur des radiations. La destruction des hôpitaux, la mort de la plupart des infirmiers et des médecins de la ville a aggravé la situation sanitaire sur place.
Dans les semaines qui ont suivi, des personnes physiquement indemnes ont succombé à des lésions internes provoquées par la radioactivité. Selon diverses estimations, le premier bombardement atomique de l'Histoire a fait entre 90.000 et 140.000 victimes.
Le soir-même, le président Harry S. Truman a officialisé la nouvelle dans une allocution télévisée. «Le monde se souviendra que la première bombe atomique a été lancée sur Hiroshima, une base militaire», a-t-il avancé.
«Nous l'avons utilisée pour abréger les atrocités de la guerre, et pour sauver les vies de milliers et de milliers de jeunes américains. Nous continuerons à l'utiliser jusqu'à ce que nous ayons complètement détruit le potentiel militaire du Japon», a-t-il poursuivi.
Quelques jours plus tard, la ville de Nagasaki était, elle aussi, victime de l'arme nucléaire.